HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBRARY OF SAMUEL GARMAN ^/êr'y'7(rc^(^^e l^ ^ 7/'^^RIM. DE V.* BKRGEU-LKVHAULT. HISTOIRE NATURELLE DES POISSOI\S, PAR M. LE B.^^ CUVIER, Pair de France, Grand-Officier de la Le'gion d'honneur, Conseiller d'Elat et au Conseil royal de l'Instruction publique, l'un des quarante de l'Académie française, Associe' libre de l'Académie des Belles-Lettres, Secrétaire per- pétuel de celle des Sciences, Membre des Sociétés et Académies royales de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Stoclcholm, deïurjn, de Gcetlingue, des Pays-Bas, de Munich, de Modène, etc.; ET PAR M. A. VALENCIENNES, Membre de l'Académie royale des sciences de l'Institut, Professeur de Zoologie au Muséum d'Histoire naturelle. Membre de l'Académie royale des sciences de Berlin, de la Société zoologique de Londres, de la Société impériale des naturalistes de Moscou, etc. TOME VINGT ET UNIÈME. A PARIS, Chez P. BERTRAND, éditeur, LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE, rue Saint- André-des-arcs, n." 65. STRASBOURG, chei V.' Levrault, rue de» Juifs, n." 33. 1848. S AVERTISSEMENT. Le volume qui va paraître comprend l'his- toire des Anchois et des genres voisins de ce poisson, et je termine ainsi l'exposé des carac- tères des diirërentes espèces de la famille des Clupéoïdes. J'essaie ensuite de montrer que le genre des Notoptères forme mi groupe distinct, de ceux auprès desquels il avait été placé. Enfin, je commence l'histoire naturelle de la famille des Saumons. Je l'ai divisée en trois trihus, comme plusieurs ichthyologistes l'ont déjà tenté. Le lecteur verra que je me fonde sur des caractères différents de ceux employés avant moi. J'expose dans ce volume l'histoire des espèces et des genres de la première tribm Je crois avoir trouvé, pour distinguer les truites et les saumons, des caractères qui avaient échappé à mes prédécesseurs, et qui sont de VJ AVERTISSEMENT. même valeur que ceux qui ont été le résultat de mes recherches sur les Chipéoides. Il ne me paraît pas nécessaire de les exposer dans ce préambule, parce que je ne pourrais pas donner assez d'étendue à cette analyse sans entrer dans d'inutiles répétitions. Au Jardin des plantes, février 1848. TABLE DU VINGT ET UNIÈME YOLUME. SUITE DU LIVRE VINGT ET UNIEME, ET DES CLUPÉOÏDES. Paget. Planch, CHAPITRE XII. Du genre Anchois (Engraiiîisy 2 L'Aiicliois vulgaire (^Eiigr. encrasicholus } Clupea encrasicholus j Linné) 7 607 L'Ancliois bâillant (Engj\ ringens^ Jen.). ... 27 L'Anchois japonais {Engr. jajjonicusj Temm. et Sclil.) 28 L'Anchois aux fortes dent^ (Engr. dentex ^ nob.) 28 L'Anchois athérinoïdc {Engr. atlierinoides ^ n.). 3i L'Anchois de Forskal (Engr. Bœlama^ nob.) . 35 L'Anchois spinigère {Engr. spinifer^ nob.). . . 39 Le Piquilinga de Marcgrave {Engr.Brownii^ n.) 41 L'Anchois argyrophane {Engr. argjrophanus ^ Kuhl et Hasselt) 49 L'Anchois de Mitchill {Engr. Mitchilli^ nob.) . 5o L'Anchois édenté {Engr. edentulus ^ Cuv.) . . 5i L'Anchois au fdet court {Engr. hrei^ijilis ^ nob.) 64 L'Anchois telara {Engr. telara^ noh.) 5 6 608 L'Anchois phasa {Engr. phasa^ nob.) ig L'Anchois taty {Engr. taty^ nob.) 60 L'Anchois à filets déliés {Engr. tenuifdis ^ nob.). 6:4 Vllj TABLE. r.-igrs. riancb. Le Myste à épaulettes {Engr. malaharicus ^ nob.) 63 609 Le Myste purava (^Engr. purava^ nob.) .... 65 L'Anchois de Hamilton (Engr. Hamiltoiii, nob.) 66 L'Anchois porte- moustaches {Engr. mjstax^ n.) 67 L'Anchois le Dussumier {Engr. Dussumieri j n.) 69 L'Anchois sétirostre {Engr. setirostris, nob.) . 69 L'Anchois myste {Engr. mjstus^ nob.) 73 CHAPITRE Xin. Des CoïLiA 7 7 Le Coïha de HamiUon {Coilia Hamiltoni^ nob.) 79 Le Coïlia de Reynaud {Coilia Reynaldi^ nob.) 81 Le Coilia de Dussumier ( Coilia Dussumieriy nob.) 81 610 Le CoiHa aux quarante rayons {Coilia (juadragesi- malis^ nob.) 83 Le Coïha de Gray {Coilia Graji, Richards.) . 84. Le Coïha de Playfair {Coilia Plajfairiij Rich.) 86 CHAPITRE XIV. Du genre Odontognathe 87 L'Odontognathe aiguillonné, Lac. {Gnathoholiis wMcro«flf«^, Schneid.) 91 611 CHAPITRE XV. Du genre Chaïoesse {C/iatoessits) 94 Le Chatoesse Cépédien {Chatoessus Cepedianus, nob.) 99 ^12 Le Chatoesse nason {Chatoessus jiasus^ nob.) . 104 Le Chatoesse d'Osbeck {Chatoessus Osheckii, n.) 1 06 Le Chatoesse ponctué {Chatoessus punctatus, Temm. et Schl.) 107 TABLE. ^ IX P;iSCi. l'I-iiKii. Le Chatoesse tacheté (Ckatoessus macitlatusj Gray) 108 Le Chatoesse aqueux (Chat, acjuosus^ Richards.) 109 Le Chatoesse chrysoptère (Ckatoessus chrysov- terus ^ Richards.) 110 Le Chatoesse chacunda (Ckatoessus ckacunda^ nob.) 111 Le Chatoesse manmina (Ckatoessus manmîna^ n.) 114 Le Chatoesse Cortius (Ckatoessus Cortius^ nob.) 1 15 Le Chatoesse Chanpole (Ckatoessus Ckanpoley nob.) 116 Le Chatoesse Tampo (Ckatoessus Tampo j nob.) 117 CHAPITRE XVL Du genre Notoptère (Notopterus) ng Le Notoptère de Pallas (Notopterus Pallasii^ n.) 1 3o Le Notoptère de Bontius (Notopt. Bontianus^ n.) 147 6 1 3 Le Notoptère de Buchanan (Not. Buchanani^ n.) 148 LIVRE VINGT-DEUXIÈME. De la famille des Salmonoïdes i5 3 CHAPITRE PREMIER. Du genre Saumon (5'«!/mo, nob.) 166 Le Saumon commun ('5'eita. Cetti parle aussi, dans ses Pèches de la Sardaigne, de ce poisson, dont on ne tire, à la vérité, aucun parti. Les côtes de Catalogne et de Galice nourrissent aussi beaucoup d'an- chois. On l'y nomme Roqueron ou Anchoa^ selon Cornide. ^ L'unanimité de tous ces auteurs prouve donc que l'anchois est un poisson très-commun dans toutes les mers de l'Europe. On peut re- marquer que les individus péchés dans l'Océan , sur les côtes de la Manche ou de Galice, sont plus gros que ceux de la Méditerranée; mais on prétend que ceux-ci sont plus délicats. On en 1. Jen. , Brit. anim. , p. 439, n." 123. 2. Briinnich , Fisc, mass., p. 83, n." 101. 3. Cornide, Poiss. de Galice, p. 99. CHAP. XII. Ai^XHOIS. 21 fait lobjet d une péclie importante, particuliè- rement en France et en Espagne. Elle varie suivant que le poisson est plus ou moins abon- dant sur telle ou telle côte, ou selon les avantages que la sardine a fournis. On pèche peu d'anchois dans les eaux de l'Archipel grec, ainsi que dans la mer Noire. Nordmann assure qu'on le prend rarement en grand nombre autour d'Odessa ou sur la côte de Crimée, où les pécheurs le nomment Chanisa. Cependant Pallas * dit que pendant l'hiver et le printemps, surtout en mars, il émigré en troupes considérables sur le littoral de la Crimée , où les tempêtes en rejettent quel- quefois sur le rivage de quoi en faire des chargements, transportés par les charrois tar- tares ou grecs vers les différents points de la Méditerranée. Il ajoute qu'il est quel- quefois défendu de le vendre cru à Sébasto- pol, de peur que son abondance ne déve- loppe des fièvres dans la classe indigente à la suite des temps des abstinences. Il paraît que l'anchois se prend en plus grande quan- tité sur les côtes de Dalmatie; la pèche se fait aussi avec quelque régularité dans les environs de Baguse , mais elle y est moins 1. Pallas, Faurm ross., l. Ill, p. 212, n." 153. 22 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. suivie que celle de la sardine. Elle est aussi très-productive en Sicile, et les salaisons que l'on en fait sont l'objet d'une exportation considérable. On péclie aussi beaucoup d'an- chois autour de l'île d'Elbe et des petites îles voisines. La Corse en fait aussi l'objet d'un commerce assez étendu. L'anchois abonde sur les côtes d'Antibes, de Fréjùs, de Saint-Tropez. Les filets que l'on emploie sont le sardinale et la rissole des Provençaux. Presque tous les bateaux montés pour la pèche de ce poisson portent des fanaux. Pour préparer les anchois, on les jette dans de grands barils pleins de saumure. Des ou- vriers prennent les poissons un à un, et avec une grande adresse ils coupent avec l'ongle la tête de chaque poisson; ils les passent à d'au- tres ouvriers qui, avec une égale dextérité, rangent les poissons dans des barils en faisant des couches alternatives de sel et de poisson. En peu de jours le poisson est suffisamment imprégné ; on ferme le baril qui est prêt pour l'expédition. Les anchois des côtes de Provence, salés et préparés, sont généralement portés à la foire de Beaucaire, d'où ils se répan- dent dans l'intérieur de la France et dans presque toute l'Europe. On porte aussi à cette foire le produit des pêches de Cata- CMAP. XII. ANCHOIS. 25 logne. L'anchois n étant pas aussi abondant dans la Manche, ne donne pas lieu à des pèches aussi régulières. Il est cependant pro- bable cju'elles ont été prises autrefois en con- sidération , puisqu'il en est question dans plusieurs actes du règne de Guillaume III et de Marie. Ce poisson est plus commun sur les côtes de la Zélande et de la Belgique : il entre quelquefois en grandes troupes dans les bras de l'Escaut ou de la Meuse, et il y a des années où le produit de cette pèche n'est pas à dédaigner par ces populations. Sur les côtes du Finistère et du Morbihan et à Belle- Ile, on prend aussi beaucoup d'anchois. Il paraît même que les Bretons s'adonnaient au- trefois à cette pèche beaucoup plus que de nos jours. On préparait le poisson de la même manière que dans la Méditerranée, et on le transportait aux foires de Beaucaire, oii il était vendu pour anchois de Cannes et de Martigues. Il est curieux de remarquer que l'on n'en prend dans cette rade que des indi- vidus isolés et en très-petit nombre. Le commerce des anchois à Vannes et à Quimper était à cette époque un objet assez considérable. Ces villes en expédiaient douze à quinze mille barils chacune. Nos "pêcheurs des côtes de Bretagne croient toujours que 24 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. la présence d'une trop grande quantité de ce poisson est d'un mauvais augure pour la péclie de la sardine. Cette clupée se trouve aussi en grande abondance à l'embouchure de la Seine : il remonte jusqu'à Quillebceuf. D'après ce que j'ai dit dans la description détaillée du poisson, il est facile de voir que je ne crois pas à la seconde espèce établie par M. Cuvier sous le nom dUEn^raulis rue- letta. Les individus observés par M. Cuvier sont encore conservés dans le Cabinet du Roi : ils me paraissent être des jeunes de l'anchois commun. Le poisson figuré par Du- hamel lui avait été envoyé de Corse sous le nom de Melet, accepté dans le Règne animal. On le lui avait donné comme étant si peu estimé , que le peuple seul en faisait usage. J'ai comparé entre eux dix exemplaires d'an- chois à bande argentée, envoyés au Cabinet du Roi par nos correspondants de La Rochelle et de diverses localités de la Méditerranée, telles que Toulon , Marseille , la Corse , Gênes et la Sicile. J'ai compté avec soin sur tous ces individus les rayons de l'anale : ils sont en même nombre que ceux de nos anchois de localités différentes. J'en ai ouvert plusieurs; je leur ai constamment trouvé la vessie aérienne; mais comme elle est presque toujours vide, il CHAP. XII. ANCHOIS. 25 est difficile de la voir : il faut y regarder avec attention, et pour m'assurer de sa présence, j'ai eu soin de la gonfler, en insufflant par l'œso- phage. Je ne puis donc croire à l'observation de Brùnnich ^ , qui aurait trouvé dans la mer Adriatique un anchois à raie d'argent sans vessie aérienne. D'ailleurs en ce qui concerne l'article de cette petite Ichthyoîogie méditer- ranéenne, je ferai remarquer que le savant Danois n'a point donné de nom spécifique à cette clupée, et je ne crois pas me tromper en pensant qu'il y a erreur dans l'expression des nombres de rayons indiqués dans cet ouvrage. Je suppose que Brùnnich a inscrit, par suite d'une confusion de notes, ceux donnés par Gronovius à l'article i52 de son Muséum. On verra plus loin comment j'établis que la description de l'auteur hollandais appartient à WEngraulis atherinoides. C'est, d'ailleurs, aux naturalistes qui vivent sur les bords de l'Adriatique à rectifier ce qu'il peut y avoir d'erroné dans mes suppositions. Cependant l'espèce de XEngraulis nieletta a été acceptée par le prince de Canino^ Ce savant zoologiste soupçonne que YEngraulis 1. Briinn. , Spolia e mari adriatico reportai a , p. 101 , n." 15. 2. Cal. méUi. des poissons d'Europe, p. 34 , n." ^'èZ. 26 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. Desniaresti de Risso est de cette espèce. Je n'hésite pas à adopter cette opinion, tout en observant que la description de l'ichthyologie de Nice est certainement un composé de plusieurs traits caractéristiques de différents poissons que Risso rapprochait souvent de mémoire , de sorte que Vespèce d'Engraiilis Desniaresti ne doit pas être conservée dans un ouvrage où l'on ne parle que d'espèces certaines. La bandelette dorée, signalée par cet auteur, ne peut servir de guide pour re- trouver l'espèce de Risso, attendu que M. Lau- rillard, dont on connaît la sévère exactitude, m'a rapporté de Nice un dessin colorié qui montre une belle raie longitudinale bleue tout le long des flancs et au-dessus des tons dorés, que l'on doit facilement voir sous cer- tains reflets , comme une bandelette. Ces cou- leurs doivent varier aux différentes époques de l'année. M. le prince de Canino a aussi admis XEii- ^raulis aniara de M. Risso. Je ne puis pas encore me prononcer sur cette prétendue es- pèce, mais j'ai peine à croire qu'elle soit dis- tincte de notre anchois ordinaire. La descrip- tion de M. Risso n'offre d'ailleurs aucun trait caractéristique. chap. xii. anchois. 27 L'Anchois baillant. (Engraulis ringens , Jen.) Je place ici un anchois que je nai pas vu, mais qui a été décrit dans l'Ichtliyologie du voyage du Beagle, par le R. Léonard Jenyiis. L'épaisseur du corps est d'environ un sixième de la longueur totale. La dorsale est insérée au milieu de la longueur; les ventrales sont attachées sous l'aplomb du premier rayon de la dorsale. La tête est plus grosse et plus longue que celle de l'anchois commun, et égale le quart de la longueur totale. Le dos est bleu foncé; le ventre est argenté : ces deux couleurs sont nettement séparées. D. 15; A. 19; C. 19; P. 16; V. 7. Tels sont les caractères principaux que je puis tirer de l'excellent travail de M. Jenyns, sur les poissons de l'expédition du Beagle. Cet ichthyologiste n'a vu que deux individus, entièrement semblables, rapportés d'Iquique, au Pérou, par M. Darwin. M. Jenyns dit que l'espèce ressemble entièrement à l'anchois com- mun de l'Europe, mais qu'elle en diffère prin- cipalement par sa grosse tête, et parce que les ventrales sont un peu plus reculées eu égard à la dorsale. 28 livre xxi. clupéoïdes. L'Anchois japonais. {Engraulis /aponiciis, Temm. et Sclil.) Il serait très-possible qu'on ne distinguât pas (le l'espèce précédente celle décrite et figurée dans le Fauna japonica. Les natura- listes qui en ont parlé ne connaissaient que la figure et les notes descriptives faites au Japon par M. Burger. Cet anchois a la forme générale de l'espèce euro- péenne; le museau me paraîtrait un peu plus gros. Les nombres indiqués sont : B. 12; D. 14; A. 18; V. 7; P. 18; C. 20. Ce poisson a le dos mêlé de verdâlre et de bleuâ- irej du brun jaunâtre sur la tête. Les nageoires sont pâles ; la caudale seule est rembrunie. C'est le Jetarei-wasi des Japonais. Il ne paraît pas dépasser trois ou quatre pouces. On le prend en abondance, surtout au printemps et en automne, à l'entrée des baies de toute la côte S. O. du Japon , où il cherche un re- fuge contre les poursuites des baleines. On le mange séché et salé. L'Anchois aux fortes dents. {Engraulis dentex, nob.) Je reviens maintenant aux espèces étian- CHAP. XII. ANCHOIS. 29 gères que j'ai vues, et qui sont plus différentes de celles de nos mers européennes. La rade de Rio de Janeiro nourrit en assez grande abondance un anchois qui se distingue de notre espèce et de toutes les autres de ce genre , par la grosseur des dents ; celles de la mâchoire inférieure sont en herse et beaucoup plus longues que celles des autres espèces. Les dents palatines et ptérygoïdiennes sont également très -visibles, et on en aperçoit deux rangées de trois ou quatre seulement sur le vomer. Cet anchois a d'ailleurs le corps beaucoup plus haut et beaucoup plus com- primé que celui de nos mers. Je trouve la hauteur comprise cinq fois dans la longueur totale. La tête est un peu plus courte que le tronc n'est élevé. La dorsale est petite, insérée beaucoup en arrière des ventrales. Ces nageoires sont tellement avancées que l'extrémité de la pectorale touche à leur premier rayon. L'anale est longue et coupée en lame de faux ; les rayons se cachent entre deux rangées d'écaillés; il y en a une très-longue dans l'aisselle de la pectorale. B. 13; D. 15; A. 24; C. 21; P. 15; V. 8. Les écailles sont minces, plus hautes que lon- gues, et marquées de quelques grosses stries pliées en chevron vers le milieu. J'en compte quarante rangées entre l'ouïe el la caudale. La couleur me paraît avoir été un brillant argenté glacé de vert sur le dos. On aperçoit sous certains reflets une large 30 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. bandelette longitudinale, mais l'argenté du ventre ne paraît pas se détacher même par une longue macération dans l'alcool, de manière à laisser sur les flancs cette bande d'argent à laquelle je crois que les auteurs ont donné cependant une trop grande importance caractéristique. Nous avons déjà fait une remarque presque semblable dans la des- cription de notre anchois d'Europe. Nos individus sont longs de sept à huit pouces. MM. Delalande, Gay et Ménétrier ont envoyé cette espèce de Rio , mais nous la voyons remonter au Nord jusqu'à Bahia, et descendre au Sud jusqu'à Buenos-Ayres, où M. d'Orbigny l'a pêchée. Il a fait un dessin du poisson frais sur lequel nous voyons le dos peint en vert sombre , le glacé du ventre ; la dorsale est bleue avec une large bordure jaune. La caudale est bordée de noir; l'anale est bleuâtre ; les nageoires paires sont rougeâtres. Les observations qu'il a recueillies et qu'il a bien voulu nous communiquer nous disent que ce poisson se pèche dans la Plata, depuis le mois de septembre jusqu'à la fin de dé- cembre; qu'elle devient plus abondante vers l'arrière-saison. Elle se tient sur les fonds de sable, voyage en petites troupes. On la prend à la seine : c'est un excellent manger. Quand CHAP. XII. ANCHOIS. 34 le poisson est salé, il a le goût des anchois de Provence. On le vend à Buenos -Ayies jusqu'à douze sous de notre monnaie. Les habitants lui ont transporté le nom européen de Sardina. J'ai aussi observé cette espèce dans le ca- binet de Berlin , où elle a été envoyée par M. Diepering. Z/'Anchois athérinoïde. {Ejigraulis atherinoides , nob.) Nous retrouvons dans l'espèce dont il va être question, une telle fixité de la couleur argentée le long de la bandelette latérale des flancs, que nous la voyons très-nettement dessinée sur tous les individus. Cette ligne a engagé Linné à comparer à une Athérine le poisson qui a paru pour la première fois dans la douzième édition du Systema natii- rœ , et qui venait, comme les nôtres, des côtes de la Guyane. Mais ce n'est pas sur ce seul caractère de coloration que nous établirons les caractères spécifiques de notre poisson. li diffère du précédent parce que les dents sont un peu plus petites, quelles sont à peu près d'égale 32 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. force aux deux mâchoires. Le palatin est couvert d'une plaque granuleuse beaucoup plus large , et les dents vomériennes sont extrêmement petites, difficiles à voir : elles sont réduites à deux ou trois petites granules. Le maxillaire me paraît un peu plus court. L'anale est très- longue. La pectorale atteint presque à l'extrémité de la ventrale : elle est par conséquent plus longue que celle de l'espèce précédente. B. 10; D. 12; A. 31; C. 21; P. 13; V. 8. La membrane branchiostège n'a pas autant de rayons que celle des deux espèces précédentes. Nous les avons comptés sur plusieurs individus et nous n'en avons trouvé que dix. La carène du ventre est beau- coup plus aiguè, mais il n'y a aucune de ces écailles épineuses qui font, dans les dupées, la dentelure en scie du ventre. Tous les poissons conservés dans l'alcool ont le dos et le bas du ventre roux. Le milieu des côtés est recouvert d'une bande d'argent très- brillante. Les nageoires sont incolores. Le plus grand individu a sept pouces et demi de long. MM. Leschenault et Doumerc en ont en- voyé un assez bel exemplaire pris à Surinam. J'ai pu en acheter, pendant que j'étais à Am- sterdam, des individus de même provenance. Les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale sont tellement semblables a ceux de Linné, qu'il me paraît impossible de douter CHAP. XII. ANCHOIS. 53 de cette détermination spécifique. Il n'y a aucune synonymie sous l'espèce du Cliipea atherinoides y et cependant Linné aurait pu en mettre une, c'est celle qu'il» a tirée des deux ouvrages de Gronovius; mais il l'a placée dans sa douzième édition d'une manière toute fâcheuse, en l'inscrivant sous Argentina sphy- rœna. M. Cuvier a démontré, dans un mé- moire spécial , inséré dans le Recueil des mémoires du Muséum, que l'Argentine ap- partient à la famille des Truites. Le genre de Linné a été adopté dans le Muséum icli- thyologicum , tome I, page 6, n.° 24, avec le caractère d'avoir des dents aux mâchoires et sur la langue. Mais dans le second fascicule de son Muséum, Gronovius ^ y associe une espèce qui aurait eu la bouche sans dents et la mâchoire supérieure conique , plus longue que l'inférieure. Ce caractère seul prouve que le poisson, décrit dans ce second article, ne pouvait pas être le même que celui du pre- mier fascicule , et la description détaillée qui suit la diagnose vient établir d'une manière positive la conclusion que l'on peut déduire de la phrase spécifique. Le poisson venait de Surinam, et bien que l'auteur ne lui accorde 1. GronoYius, t. II, p. 4, n.° 152. 21. 3 54 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. que huit rayons aux branchies et vingt-quatre à l'anale , je ne doute pas un seul instant qu'il n'ait voulu désigner le Clupea atlieri- noides de Linné. Or, nous trouvons cette citation dans le Sjstema naturœ, rapportée par Linné lui-même, à une Argentine qui n'a que dix rayons à l'anale. Gronovius a repris dans son Zoophjlaciuni l'anchois décrit dans le second fascicule de son Muséum. On voit qu'il modifie le caractère du genre Argentine d'après des anchois qu'il avait sous les yeux , mais en conservant plusieurs traits diagnos- tiques pris au genre Argentine de Linné. Quant à l'espèce d'anchois si bien décrite, sauf le nombre de rayons , dans le second fascicule du Muséum, il la dénature complè- tement. En effet, l'espèce dont il parle et la synonymie tirée de Rondelet, de Ray ou de Gessner se rapporte à l'anchois commun. Ce n'est plus une espèce américaine, puisqu'il la donne comme se trouvant communément, pendant fautomne, aux bouches de l'Escaut. Il ajoute seulement à tort, parmi sa syno- nymie, la véritable Argentine de Ray. Cette discussion sert à prouver que Gronovius a vu fanchois athérinoïde de Surinam, mais qu'il l'a bientôt confondue avec l'espèce d'Europe. Bloch a eu dans sa collection le Clupea atlie- CHAP. XII. ANCHOIS. 35 rinoides de Linné, et il l'a figuré dans sa grande Ichthyologie ; mais sa description et sa synonymie sont le résultat de la confusion de plusieurs espèces. Ainsi il commence par citer Briinnich, qui ne parle que de l'anchois commun. Il ajoute pour second synonyme la seconde espèce d'Argentine du Zoophjla- ciwn, qui se rapporte à l'espèce figurée par Brown dans l'histoire de la Jamaïque, sur le- quel repose \ Athei^ina menidia, ou, ce qui est la même chose, le Piquitinga de Marc- grave. Enfin, il confond encore avec cet an- chois athérinoïde les individus reçus de la côte de Coromandel; or ceux-ci appartien- nent à ce Pigidtinga : c'est là ce qui explique comment Bloch fait vivre cette espèce à la fois dans la Méditerranée, à Surinam et aux Indes orientales. Z'Anchois de Forskal. {Engraulis Bœlama, nob.) On trouve , dans la mer des Indes , un anchois qui a beaucoup d'affinité avec notre Engraulis dent ex , par la forme de l'anale, par la position de la dor- sale, par la longueur des pectorales et des ventrales; 5G LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. mais il en diffère par plusieurs caractères impor- lanls. Celui que je signalerai en première ligne re- pose sur les chevrons épineux qui embrassent le ventre et qui rattachent ainsi les anchois aux autres clupéoïdes. Les dents maxillaires sont encore plus fines que celles de VEngrauUs atherinoides ^ mais les dents vomériennes sont plus grosses; les dents ptérygoidiennes sont petites j la plaque palatine est très- large. B. 11; D. 15 el 32; P. 13; V. 7. Nous avons compté les rayons de la membrane branchiostège et nous en avons trouvé onze. Le maxillaire offre une particularité qui peut aider beaucoup à faire reconnaître l'espèce : il est tron- qué, et cet élargissement est dû principalement à la dilatation du maxillaire supplémentaire en une sorte de petite palette. La surface de l'os paraît granuleuse avec une forte loupe. Ce poisson a aussi un rudiment de bord membraneux à l'opercule; de nombreuses veinules sur les joues et sur le scapu- laire : elles sont dessinées par les ouvertures de pores très-nombreux ouverts sur la tête. Il n'y a que trente -six rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale. M. Dussumier nous apprend que le poisson frais a le dos plombé; les flancs et le ventre argenté; les opercules noires. Une tache rouge-brique existe sur le scapulaire. La dorsale et la caudale sont un peu plus claires que la tache humérale. Le bout de la nageoire du dos est noire; les autres nageoires sont blanches. CHAP. XII. ANCHOIS. 37 Nos plus grands exemplaires ont cinq pouces. Ils viennent des S échelles. L'espèce se trouve aussi à l'Ile-de-France; Pérou et Lesueur l'en avaient rapportée et M. Julien Desjardins l'a aussi envoyée de cet endroit- Elle se porte aussi dans la mer Rouge : M. Ehrenberg y en a pris de nombreux individus , et a bien voulu en céder quelques-uns au Cabinet du Roi. Plus tard, M. Botta l'y a prise. Les observations de M. Ehrenberg ont fourni les moyens de retrouver dans cette espèce le Clupea Bœlama de Forskal. Cette épithète est la dénomination arabe de ce poisson. Les Abyssins de Massawah le nomment Bava. J'ai comparé avec soin les individus péchés aux Séchelles par M. Dussumier, et ceux que m'a donnés M. Ehrenberg : je n'y ai trouvé aucune différence. Cependant sur le dessin que mon savant confrère de Berlin a eu la bienveillance de me donner, je vois que la tache humérale est dorée et que l'extrémité du museau est jaune et transparente comme de l'Ambre. M. Dussumier a recueilli des documents curieux sur les habitudes et sur la nature de cette espèce. C'est la Sardine des habitants de cet archipel. Elle se montre par grandes bandes pendant une partie de l'année, puis elle quitte ces rivages. Sa chair est venimeuse si on la 58 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. prépare sans arracher la tête et les intestins. M. Dussumier assure qu'un seul de ces pois- sons peut faire mourir un homme. Les chiens et les volailles périssent s'ils en mangent. Mal- gré ces qualités malfaisantes , qui devraient fixer l'attention des habitants et la faire bien reconnaître, ils la confondent avec une espèce de sardine très-voisine de la nôtre, tout aussi inoffensive , quoique moins bonne , et que j'ai décrite dans le chapitre précédent sous le nom di^lausa edulis. Nous en avons plusieurs individus qui nous sont venus d'Amboine. Ce poisson est, à n'en pas douter, celui de Forskal \ Broussonnet s'est trompé quand il a rapporté la description de son prédécesseur au Clupea setirostris qu'il tenait de Banks. La simiUtude dans les nombres des rayons l'aura probablement conduit à commettre cette erreur qu'il aurait certainement dû éviter, puisqu'il fait la remarque que Forskal ne fait aucune mention, dans son Clupea Bœlama, de la prolongation sétacée des maxillaires. Cette erreur une fois commise, elle a été co- piée par Gmelin , par Bonnaterre dans l'En- cyclopédie méthodique, et ce qu'il y a même 1. Forsk., Faun. arah. , p. 73, n.° 107. CHAP. XII. ANCHOIS. 39 de plus curieux, par M. de Lacépède, qui établissait pour le Clupea mjstus un genre où il devait nécessairement faire entrer le Clupea setirostrisy s'il eût seulement jeté les yeux sur la figure de Broussonnet. Mais mal- heureusement cet éloquent écrivain ne remon- tait pas toujours aux sources, il s'est contenté de copier la treizième édition du Sjstema naturœ. Nous rétablissons donc par cette dis- cussion une espèce mentionnée par Forskal et très-différente du poisson de Forster avec lequel les auteurs précédents la confondaient. Il est de notre devoir d'ajouter que nous suivons en cela la rectification que Bloch avait heureusement faite dans le Système post- hume, où le Clupea Bœlama est séparé du Clupea setirostris. Z/'AnCHOIS SPINIGÊRE. {Engraidis spinîfer^ nob.) Les mers d'Amérique ont un anchois qui a les dents encore plus petites que l'espèce précé- dente. Celles du maxillaire sont tellement fines qu'on pourrait leur donner le nom de cils; celles des palatins et des ptérygoïdiens sont aussi d'une extrême petitesse, ainsi que celles du vomer. L'oper- cule donne à son angle inférieur une petite épine 40 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. triangulaire et plate qui devient un caractère facile pour reconnaître cette espèce. La pectorale a les rayons prolongés en filaments très-courts; les ven- trales sont avancées entre les pointes de la nageoire thorachique, La dorsale est haute et pointue; l'anale est étendue sous toute la queue , haute de lavant et allant en diminuant jusque vers les derniers rayons. La caudale est fourchue. B. 14; D. 15; A. 38; C. 21; P. 12; V. 7. Cette espèce a un rayon de plus à la membrane branchiostège que notre anchois commun : nous en avons trouvé quatorze. Les écailles sont très- joliment réticulées par l'entre-croisement de nom- breuses petites stries ou de canaux muqueux ; des- sinant tantôt des mailles hexagonales et tantôt des espèces de demi-cercles qui donnent aux compar- timents l'apparence de petites écailles imbriquées. La couleur paraît avoir été verdâtre sur le dos et argen- tée sur le reste du corps. La caudale, rouge, est bordée de noir ; les autres nageoires sont jaunâtres. Nos individus ont six pouces de long. Ils nous ont été envoyés de Cayenne, à deux reprises difl'érentes, par les soins de M. Poiteau. Nous avons aussi retrouvé des individus de cette espèce dans une petite collection qui a été donnée au Muséum par M. Leconte, savant naturaliste des États-Unis. CHAP. XII. ANCHOIS. 41 Le PiQUITINGA DE MarCGRAVE. {EngrauUs Brownii, nob.) Voici une de ces espèces qui présentent la condition assez rare en ichthyologie d'être ré- pandues dans toutes les mers. Aussi ce petit poisson a-t-il été observé par presque tous les voyageurs, par presque tous les ichthyolo- gistes, qui lui ont chacun donné un nom sans s'occuper des travaux de leurs prédécesseurs. Il en résulte que la synonymie est très-com- plexe, mais avant de nous en occuper je vais commencer par donner les caractères de cet anchois. Il ressemble assez bien à celui de nos mers ; cepen- dant il est plus court et plus trapu. La tête fait le cinquième de la longueur totale. Les dents sont très -fines; cependant on aperçoit encore très -bien celles du vomer et des palatins. Le maxillaire com- mence à être assez long, car il atteint le bord posté- rieur de l'opercule, où, quand on ouvre la bouche, les deux pointes dépassent les branches de la mâ- choire inférieure. Les pectorales sont courtes et n'atteignent pas la ventrale. La dorsale est triangu- laire; l'anale répond à peu près au milieu de celte nageoire; la caudale est fourchue. B. W; D. 14; A. 21j C. 21; P. 13; V. 7. 42 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. Les écailles sont caduques, de sorte qu'on n'exa- mine le plus souvent dans les collections que des exemplaires dépouillés de celte partie des tégu- ments. Mais M. Dussumier , qui en a pris un à l'embouchure du Gange, et qui l'a conservé dans de l'alcool un peu concentré, l'a rapporté avec toutes ses écailles : elles sont assez résistantes, un peu grenues, et elles s'étendent sur l'anale. J'ai été obligé de les détacher d'un côté pour compter les rayons de cette nageoire. A l'état frais , le corps était blanc, transparent, à reflet nacré; le dos, au- dessus de la bande argentée, d'un beau vert chan- geant en bleu. La caudale, jaune, est bordée de noir. L'écaillé de la pectorale n'est pas très-longue. Tout le corps est blanc, transparent, teinté de verdâtre sur le dos. Une bandelette argentée règne tout le long des flancs. Les nageoires sont blanches; la cau- dale est lisérée de noir. Tel est ce poisson , dont les nombreux exemplaires du Cabinet varient entre trois pouces et demi et quatre pouces. Les pre- miers que nous ayons reçus ont été rap- portés du Brésil par MM. Quoy et Gaimard à leur passage dans le port de Rio de Janeiro lorsqu'ils montaient la corvette l'Uranie, sous les ordres de M. Freycinet. Ces exemplaires nous ont servi à reconnaître le Piquitinga que Marcgrave y avait observé trois cents ans auparavant, et qui est resté pour ainsi dire inconnu jusqu'à notre travail. Nous avons en- CHAP. XII. ANCHOIS. 45 suite reçu cette espèce de la Vera-Cmz; de la Martinique , où on l'appelle la Pisquette , par MM. Achard et Plëe j de la Havane, par M. Poey. Ce naturaliste nous apprend que ce petit poisson est le Majua des habitants de la Ha- vane, qu'il est non-seulement très-agréable à voir, à cause de la bande argentée, ressem- blant à une feuille d'argent non polie, appli- quée sur ses flancs , mais que son goût est ce que l'on estime le plus en lui. Les individus de cette espèce vivent en société, et on les prend en très-grand nombre aux embouchures des rivières. Nous en avons reçu de New-York par M. le comte de Castelnau. M. Lesueur l'a aussi observé à la Barbade et à Saint- Chris- tophe. Il nous en a envoyé une très -bonne description : c'est son EngrauUs fasciata. Ces différentes indications prouvent que ce poisson vit sur toute la côte américaine bai- gnée par l'Atlantique , depuis le 44° ^^ latitude septentrionale jusqu'au 23° de latitude aus- trale. Mais nous avons aussi la preuve que cette espèce habite dans la mer des Indes; car M. Dussumier en a rapporté des exem- plaires pris à Bombay, et M. Leschenault l'a envoyé longtemps avant de Pondichéry. Cet observateur nous a donné pour nom T[\d\dhdiïQTeran-Kinij, et il dit, comme M. Poey, 44 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. que Ton pèche ce petit poisson en abon- dance à l'embouchure de la rivière d'Arian- Coupang, qui vient se jeter dans la rade. M, Regnaud Ta pris à Batavia, et les médecins de la dernière expédition de M. Dumont d'Urville, l'ont rapporté de la baie des îles à la Nouvelle-Zélande. Ces derniers exem- plaires ont le mérite de fixer nos conjectures sur \ Atherina australis de John White. La plus ancienne citation des auteurs qui ont mentionné ce poisson, est celle de Marc- grave, qui en a donné une figure plus recon- naissable par la bandelette argentée dessinée le long des flancs que par le dessin de la tête \ mais le peu de mots qu'il dit dans sa descrip- tion supplée à ce qui manque à ses figures. Cette indication a été associée par Linné à une autre des Aménités académiques ' , qui appartient à un poisson certainement diffé- rent, de sorte que \Esox hepsetus, composé de la réunion de deux animaux, est une espèce nominale, frappée de nullité au mo- ment même de son introduction dans le Sjstema naturce. Brown"" a donné ensuite, dans son Histoire de la Jamaïque, une nou- 1. Amœnitates acad. , Ij p. 331. 2. PiroAvn , Jamaif. , t. XLV, fîg. 3. CHAP. XII. ANCHOIS. 45 velle figure du poisson que nous traitons dans cet article. Celle-ci est parfaitement recon- naissable à la brièveté de son anale : c'est sur elle que Gronovius' a fonde, dans le Zoopliy- lacium, sa seconde espèce d'Argentine. Linné, dans sa douzième édition, a cité Brown et Gronovius sous son Atherina menidia, qu'il recevait de Garden. Nous avons déjà établi, en parlant des adié- rines, que les citations de Browai et de Gro- novius se rapportent à un anchois. Nous avons d'ailleurs reconnu ï Atherina menidia^ de Linné aux vingt -quatre rayons de son anale. Toutefois nous ferons observer, qu'il y a un anchois à bande argentée sur les côtes de l'Amérique septentrionale, dont l'anale a vingt- quatre rayons , comme cette athérine. Oïi l'appelle aussi Siher-fish. Les pécheurs les confondent avec les athérines à raie d'argent, tout aussi bien que nos Provençaux réunissent les athérines et les melettes, à cause de leur bande argentée. Or, Garden ayant déterminé le Siher-fish par le nom à'Argentina cai^o- lina, je ne serais pas étonné que ces diffé- rentes nomenclatures vulgaires n'aient donné lieu à plus de confusion encore que nous 1. Gronovius, ZoopL, p. 112, n." 350. 2. Hist. nat. des Poiss., t. X, p. 462. 46 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. n'avons jusqu'à présent osé le dire. 11 ne se- rait pas impossible que VÀrgentina carolina que nous avons rapportée à XElops sauras, d'après le caractère des vingt -huit rayons comptés par Linné à la membrane branchios- tège, n'ait été, dans la pensée de Garden, le petit anchois de la Caroline, et qu'alors XA- therina nienidia ne serait aussi qu'un anchois. Cependant nous n'avons pas osé, par respect pour l'illustre auteur du Systenia naturœ, supposer qu'il eût associé dans un même genre un poisson à deux dorsales ou une véri- table athérine , et un poisson à une seule dorsale et aussi éloigné d'une athérine que peut l'être un anchois. Cependant si nous fai- sions cette supposition, la citation de la figure de Brow^n faite par Linné sous son Atherina nienidia, serait une excuse que les naturalistes accepteraient. D'ailleurs il faut bien recon- naître que la figure de Brown ne représente pas très- exactement l'anchois de l'Amérique septentrionale, parce que celui-ci a l'anale sensiblement plus longue. Gmelin a heureusement séparé ï Atherina menidia des deux synonymies que Linné y ajoutait à tort, et il a établi pour ceux-ci un Atherina Brownii, qui habite , selon lui, dans l'Océan américain et dans l'Océan pacifique. CHAP. XII. ANCHOIS. 47 Toutefois , si \Atherina rnenidia appartient bien au genre des Atheiines, Gmelin aurait dû en retirer cet Atherina Brownii. S'il avait ajouté les nombres des rayons du poisson à sa description, il eût établi une bonne espèce; et il aurait complété cette utile réforme, s'il n'avait pas fait un second emploi, en acceptant \ Atherina japonica d'Houttuyn , qui ne me paraît être qu'une description incomplète du poisson dont il s'agit dans cet article. Cet Atherina Brownii a été cité par Bloch dans son Système posthume, comme l'anchois, et il ne s'est pas prononcé sur Y Atherina ja- ponica. Commerson a trouvé l'anchois dont nous parlons sur les côtes de l'Ile-de-France en 1770. Ce poisson se pressait par myriades à l'embouchure des ruisseaux. Le compagnon de Bougainville en a laissé une description dé- taillée, aussi exacte que toutes celles sorties de sa plume. Un dessin fait au crayon par Jossigny, représente avec une grande fidélité les carac- tères de l'espèce. Ces matériaux furent em- ployés par M. de Lacépède, et, comme il lui est presque toujours arrivé, il en fit un double emploi. Le dessin servit à établir un genre particulier, celui des Stoléphores^ et l'espèce fut dédiée au voyageur dont il la tirait, sous 48 LIVRE XX î. CLUPÉOÏDES. le nom de Stoléphore conimersonien. A cause de la bande argentée qui règne le long des flancs, M. de Lacëpède y adjoignit l'espèce non caractérisée de XAt.japonica d Houttuyn ou de Gmelin. Mais en même temps il composa, avec la description de Commerson , sa Chipée raie d'argent. Shaw ' a, dans sa Zoologie générale, donné une copie du Stoléphore de Lacépède, en l'appelant l'Athérine de Commerson; mais il a oublié d'en faire mention dans le texte. Nous avons dit que c'était aussi XAtherina australis de JohnA^hite; M. de Lacépède, qui a cité plusieurs fois cet auteur, n'a pas fait mention de cette espèce. Nous la trouvons aussi dans Russell, qui en a donné une bonne figure, en indiquant que les Indiens de Vi- zigapatam l'appellent Natoo ou. Nettooli. L'au- teur compte, à peu près comme nous, les rayons de l'anale; il le rapprochait, mais avec doute, du Clupea atherinoides de Linné. C'est aussi sous cette espèce que Bloch a confondu les individus ôHEngraulis Brownii envoyés de Tranquebar à Berlin par le mis- sionnaire John. Je trouve aussi cette espèce mentionnée par M. Richardson'', qui lappelle En^raulis 1. Shaw, Gemr. Zool. , vol. V, part. 1, pi. 113, fig. 1. 2. Rich., Ichthyol. dés mers de Chine el du Japon, p. 309. CHAP. XII. ANCHOIS. 49 Commersonianus. Sa synonymie est conforme à celle que M. Cuvier avait indiquée dans les notes du Règne animal; seulement il veut en exclure le Nattoo de Russell. On voit que je ne suis pas de son avis à cet égard; cet habile zoologiste croit que l'on pourrait aussi y rap- porter son Cliipea Jlos- maris ^. Les doutes d'un zoologiste aussi exact sur cette espèce, me font un devoir de renvoyer le lecteur à son excellent travail. L'Anchois argyrophane. (Engraulis argyrophanus , Kuhl et Hasselt.) Les naturalistes hollandais que nous avons si souvent cités dans cet ouvrage ont rapporté un nombre considérable d'exemplaires d'un anchois qui a quelque affinité avec le précé- dent, mais qui s'en distingue par ses formes et par quelques autres caractères. Il a le corps plus long et plus allongé; la fenie de l'ouie plus oblique ; la pectorale et l'anale beau- coup plus courtes; les dents d'une excessive petitesse. B. 11; D. 15; A. 17. Il n'y a que onze rayons à la membrane branchios- lège. La couleur est bleue, plus foncée sur le dos 1. Rich., 1. cit., p. 305. 2 1. 4 50 LIVRE XXÏ. CLUPÉOÏDES. que sous le ventre. Une bande argentée règne le long des flancs. Ces poissons ont près de quatre pouces. Rubl et Van Hasselt les ont pris dans l'océan Atlantique équatorial pendant leur traversée d'Europe à Batavia. L'Anchois de Mitchill. {Engraulis Mitchilli, nob.) Nous trouvons encore sur les côtes de l'Amérique septentrionale un petit anchois à bande latérale argentée, qui a le corps un peu plus large, moins arrondi j la tête plus courte que le Piquitinga avec lequel on pourrait très -bien le confondre. On le reconnaîtra à sa dorsale moins avancée au delà de l'anale qui est plus longue. Le dos est bleu foncé; la ligne argentée est très-brillante. D. 15; A. 25, etc. Nous avons reçu des exemplaires de cette espèce par MM. Milbert et Leconte, qui l'ont envoyée de New-York, et M. Lesueur en a donné de petits individus péchés dans le lac Ponchartrain près de la Nouvelle-Orléans. J'ai dit dans l'article précédent que le nom- bre des rayons de son anale pourrait faire supposer que cet anchois a peut-être servi à XAthej^ina menidia. C'est dans lui que nous CHAP. XII. ANCHOIS. 5i retrouvons le Clupea vittata de Mitchill* et probablement aussi son Clupea cœrulea. Ces deux espèces nominales sont inscrites dans la Faune de New-York par M. Dekay^, et dans les Poissons du Nord de l'Amérique par M. Storer^; mais ces deux auteurs pensent qu'on peut les considérer comme des variétés l'une de l'autre. M. Lesueur a eu aussi cette espèce qu'il a décrite et figurée sous le nom d\En- graulis Louisiana y (ï autres des individus qu'il avait observés dans le lac Ponchartrain , à la Nouvelle-Orléans. Zv'Anchois édenté. (Engraulis edentiiliis, Cuv.) Après toutes ces espèces à mâchoire plus ou moins fortement dentée, nous arrivons à parler d'un anchois américain dont M. Cuvier a déjà signalé le caractère remarquable dans le Règne animal, en l'appelant Engraiilis edentuliis. C'est une espèce à corps raccourci et trapu. La hauteur surpasse un peu le quart de la longueur totale. La tête est assez grosse ; l'œil est grand ; le 1. Mitch., Fîsk. of New-York, vol. I, p. 456. 2. Dekaj, New-York Faun., p. 254. 3. Storer, Synops. of the fish. of North-America , p. 205. 52 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. maxillaire ne dépasse pas l'arliculalion de la mâ- choire inférieure. La pectorale est courte et large; la ventrale répond à sa pointe; la dorsale est plus avancée que l'anale : celle-ci est de longueur mé- diocre. La caudale est fourchue. Les écailles, cou- chées le long de chaque lobe, sont très-prononcées. On ne voit ni on ne sent aucune dent aux mâchoires ni aux différentes pièces osseuses du palais. B. 1; D. 16; A. 26; P. 15; V. 7. La membrane branchiostège est beaucoup plus large et ses rayons sont plus longs que ceux de toutes les espèces précédentes : nous n'en comptons que sept. Les écailles sont fermes et adhérentes, et au nombre de quarante-trois entre l'ouïe et la cau- dale. Une d'elles, exarainée à la loupe, montre les plus admirables réticulations, qui sont tout à fait disposées comme des écailles imbriquées. D'après un croquis envoyé du Brésil par M. Mé- nétrier, nous voyons que cette espèce, lorsqu'elle est fraîche, a le dos bleu plombé; le ventre argenté, la dorsale et la caudale jaunes; les autres nageoires ont une légère teinte jaunâtre. Le poisson est dé- signé sous le nom de Sardinia ou de Boca torde ^ dénomination qui rappelle celle de la Havane et qui dérive du nom espagnol de l'anchois. Nos différents individus ont près de six pouces. Nous en avons reçu un assez grand nombre de Rio de Janeiro par MM. Quoy et Gaimard, Lesson et Garnaud, Ménétiier et Gay. Mais l'espèce nous est venue en outre CHAP. XII. ANCHOIS. 55 de Cuba par M. Desmarets, de la Guadeloupe par M. Riccord. M. d'Orbigny l'a retrouvée à Monte- Video. M. Poey nous l'a donnée de la Havane sous le nom de Bocon. Il dit qu'on prend cette espèce dans les rivières, et qu'elle ne pèse jamais au delà d'une demi-livre. Il y a une figure fort reconnaissable de ce poisson dans le Voyage à la Jamaïque publié par M. Sloane ; il l'a confondu avec le Sprat ^ disant même qu'il ne pouvait trouver aucune différence entre cette espèce américaine et celle des côtes d'Angleterre; ce qui prouve que cet habile naturaliste n'a pas comparé les deux espèces sur la nature, mais qu'il s'est fié à sa mémoire. D'ailleurs la figure de Sloane a été oubliée par nos prédécesseurs. Je trouve dans l'Inde un certain nombre d'anchois formant un petit groupe naturel caractérisé par le prolongement du premier rayon de la pectorale, donnant naissance à un filet plus ou moins long. C'est le seul ca- ractère que j'aie pu saisir, et comme je le vois se modifier d'une espèce à l'autre par des nuances insensibles, je n'ose donner à cette subdivision l'importance d'une coupe géné- rique. Les naturalistes qui croiront devoir le 54 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. faire , pourraient leur donner le nom de Telara, qui a été imposé par Hamilton Buchanan à l'une de nos espèces. Tous ces poissons ont le museau prolongé et le maxillaire court des anchois; cet os ne dépasse pas l'articulation de la mâchoire inférieure. Les râtelures des branchies sont un peu plus fortes que celles des autres anchois, et chaque pointe porte des aspérités assez rudes qui doivent servir à retenir la proie. Z/'Anchois au filet court. {Engraulis hrevifilis , nob.) Je commence la description de ces espèces par celle dont le rayon de la pectorale est le moins prolongé; il n'atteint guère qu'au pre- mier rayon de l'anale. Ce poisson a le corps u^ès-comprimé, car l'épais- seur est comprise quatre fois et demie dans la hau- teur , qui fait le quart de la longueur totale. Le ventre est tranchant et dentelé. Les pièces en che- vron sont recouvertes, pour la plus grande partie, par les écailles du ventre. Les épines ou branches montantes de ces chevrons sont rigides et dures presque comme des os. Les dents du vomer, des palatins et des ptérygoidiens sont fines, mais assez résistantes. Le bord de l'opercule fait trois festons : celui qui répond au scapulaire est assez ouvert. La CHAP. XII. ANCHOIS. 55 dislance du bout du museau à la dorsale mesure à peu près les deux cinquièmes du corps. L'inser- tion de l'anale se fait à une distance égale à partir de la saillie du museau. La première de ces deux nageoires est courte et deux fois et demie plus haute que longue. L'anale est prolongée sous toute l'étendue de la queue, de sorte que sa longueur égale la moitié de celle du corps en n'y compre- nant pas la caudale. Une série d'écaillés embrasse la base des rayons, mais ceux-ci ne sont pas re- couverts et cachés , de sorte qu'on ne peut pas dire que la nageoire soit e'cailleuse. Celle de la queue est fourchue; le lobe supérieur est large et tron- qué; les rayons mitoyens sont courts; le lobe infé- rieur est pointu à son extrémité : son bord interne est assez convexe. La pectorale est insérée près de la carène du ventre, derrière la fente des ouies. Elle a dans son aisselle un appendice écailleux libre, large et peu pointu, et en dessous d'autres écailles complètent en quelque sorte la gaine dans laquelle elle se meut. Ces nageoires s'ouvrent en s'écartant horizontalement du corps , mais elles ne peuvent pas se coller contre le thorax. Les ventrales sont très -petites. B. 14 - 18; D. 13; A. 75; P. 14; V. 7. Nous comptons un rayon de plus à la membrane branchioslège droite qu'à celle de gauche. Les écailles sont grandes, assez adhérentes : elles n'offrent au- cune strie remarquable; il y en a cinquante- sept rangées le long des flancs. Lu couleur du poisson me paraît être un argenté brillant et uniforme; ie 56 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. dos pouvait avoir quelques teintes verdâtres. Les nageoires sont incolores. Nous ne possédons qu'un seul individu de cette espèce, long de onze pouces et qui a ëtë envoyé du Bengale par M. Alfred Duvaucel. Je ne vois pas que Buchanan ait connu cette espèce, puisque les deux lobes de la caudale ne sont pas également pointues. Elle est ce- pendant la seule dont le nombre des rayons de l'anale soit égal à celui du Clupea pliasa de Buchanan. Je trouve encore une autre raison de l'en distinguer, dans la brièveté du rayon de la pectorale, dont on ne pourrait pas dire radio longissimo. L'Anchois telara. {Engraulis telara, nob.) Une seconde espèce , voisine de la précé- dente par la forme générale, me paraît avoir le corps plus allongé; car la hauteur n'est que le cinquième de la longueur totale. Le premier rayon de l'anale est plus avancé que celui de la dorsale, et la distance de celte nageoire au bout du museau est moindre que dans l'espèce précédente. Le filet de la pectorale dépasse la moitié de la longueur de l'anale. Les ventrales sont plus cachées entre les deux nageoires de la poitrine. L'échancrure du bord de l'opercule est moins profonde. CHAP. XII. ANCHOIS. S7 B. 14—13; D. 13; A. 70; P. 14; V. 7. Quoique l'anale fasse plus de la moitié de la lon- gueur du corps, la caudale non comprise, elle a cependant cinq rayons de moins que celle de l'es- pèce précédente. La caudale est tout à fait semblable à celle de l'espèce précédente, c'est-à-dire, que le lobe supérieur est tronqué. J'ai observé ce carac- tère, qui n'avait point échappé à Buchanan, sur une dizaine d'individus de différentes provenances, conservés dans le Cabinet du Roi. Les écailles me paraissent beaucoup moins adhérentes : il n'y en a pas sur les nageoires. M. Dussumier, qui a vu ce poisson frais , dit que le corps est argenté , bleu- verdâtre sur le dos; la dorsale et la caudale sont jaunes; l'anale et les ventrales incolores et trans- parentes; les pectorales, d'un vert très- foncé, ont le filet blanc. Le Muséum possède un assez grand nombre d'échantillons de ce poisson, dont la taille varie de six à sept pouces. Outre ceux que nous tenons du voyageur cité plus haut, nous en avons reçu par les soins de M. Duvaucel, et d'autres se sont trouvés dans les collections faites à l'embouchure du Gange par M. Rey- naud. Ce professeur l'a entendu nommer Ga- loua. Les couleur» qu'il nous a indiquées sont assez semblables à celles que nous a indiquées M. Dussumier, mais il dit que les nageoires sont jaunes de soufre et que l'anale est bordée S8*' LIVRE XII. CLUPÉOÏDES. d'une ligne rouge. Je ne trouve pas de diffé- rence dans les formes; il pourrait se faire ce- pendant que la variété de couleur, signalée par deux observateurs aussi exacts, fut cons- tante et un caractère distinctif entre deux espèces voisines. Je laisse ceci à décider aux naturalistes qui observent les poissons sur les lieux. Je n'observe pas non plus de différence sen- sible entre ces individus péchés dans le Gange et ceux que le même officier de la marine a péchés dans l'Irrawaddi, à Rangoon, dans le pays des Birmans. Il l'a entendu nommer Na-tarot. Les exemplaires que j'ai sous les yeux ne sont pas en très-bon état. Ils me pa- raissent avoir le dos un peu plus droit. Ce poisson est, à n'en pas douter, de la même espèce que le Clupea telara de Bucha- nan*, qui observe que c'est un des poissons que les Bengalis appellent Phasa, mais il a adopté pour sa dénomination spécifique le nom donné à ce poisson dans le district de Dinajpur. Je ferai cependant observer que cet auteur compte à Fanale soixante - quatorze rayons, nombre que nous ne trouvons pas sur nos exemplaires; mais ce qu'il dit de son 1. Buchanaii, Gnng. fish. , p. "241 et 382, pi. 2, %. 72. CHAP. XII. ANCHOIS. 59 Clupea phasa peut me faire supposer que le nombre des rayons de l'anale varie dans ces espèces. Z'Anchois phasa. {Engraulis phasa, nob.) L'auteur de l'Iclithyologie du Gange a fait précéder la description de l'espèce que nous venons de rappeler, par celle d'un poisson très -semblable, nommé Clupea phasa. Il a le premier rayon de la pectorale très -long; la forme du corps semblable à celle du précédent; l'anale serait seulement un peu plus longue, puis- qu'elle aurait de soixante-quinze à soixante-dix-huit rayons. Son caractère dlstinctif consiste dans la forme de la caudale, qui a les deux lobes pointus et en croissant. D. U; A. 75 — 78; C? P. 13; V. 7. Le bout du museau est transparent; le dos est brun olivâtre; les côtés et le ventre sont argentés; toutes les nageoires sont transparentes; la caudale seule est jaune, avec un liséré noir au lobe supérieur. M. Buchanan dit que le nom de Phasa est commun dans tout le Bengale, que ce poisson est de la taille d'un petit hareng et d'une assez grande beauté. J'ai rapporté cette description de M. Bucha- nan, telle que l'auteur l'a conservée, mais je doute beaucoup de la réalité de cette espèce, 60 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. car il me semble que les notes de l'auteur n'ont pas du être prises sur ce poisson avec une grande exactitude, puisqu'il indique pour nombre des rayons branchiostèges Br. 3.? Il est bien clair qu'il avait mal écrit B. 1 3. L'es- pèce que je décris plus loin, sous le nom cïEjîgraulis tenuifilis a bien les deux lobes de la caudale pointus, mais l'anale n'a que cinquante-un rayons; on ne peut donc pas la comparer à l'espèce actuelle. C'est à cause de cette variation dans la forme de la nageoire de la queue, que je n'ai pas osé rejeter ce Clupea phasa, mais je ne doute presque pas que les ichthyologistes qui examineront de nouveau les poissons du Bengale ne fassent cette réforme. Z;' Anchois taty. {Engraulis taty y nob.) L'espèce désignée sous ce nom malabare se distingue de la précédente par la brièveté de son anale entièrement écailleuse. Le filet de la pectorale est aussi beaucoup plus long que dans toutes les autres espèces; il atteint aux deux tiers de l'anale, et il dépasse la moitié de la longueur totale. L'anale ne fait guère que la moitié du tronc, c'est-à-dire que, mesurée dans le corps entier, elle v est comprise deux fois et un peu plus CHAr. XII. ANCHOIS. 61 des deux tiers. Son premier rayon répond au milieu de la nageoire du dos, tandis que dans les autres es- pèces il est beaucoup en avant du premier rayon de cette nageoire. La dorsale est couverte d'écaillés comme l'anale. D. 13; A. 52, etc. Ce poisson a le corps assez trapu. La hauteur est trois fois et trois quarts dans la longueur totale. Les écailles sont grandes, caduques, et sont réticu- lées de stries hexagonales, élégamment disposées. Ce poisson, argenté et très-brillant, a le dos vert. M. Leschenault dit que les nageoires sont rougeâtres, et M. Dussumier indique celles de son exemplaire d'un jaune vif. La caudale est bordée de noir. On pèche cette espèce pen- dant toute l'année dans la rade de Pondichéry. Elle est bonne à manger : on la porte au marché sous le nom de Tatj pooroowa. Nos individus ne dépassent pas six pouces. Je crois que l'on pourrait rapprocher de cette espèce un dessin envoyé de Malacca à la Compagnie des Indes par le major Farqhuar. Il représente le poisson avec son anale courte, ses filets aussi longs. Le corps et les nageoires sont colorés en jaune; il y a du bleu sur la tête , une tache rouge et brillante derrière l'opercule et une bande longitudinale rou- geâtre le long des flancs. Toutes les nageoires sont bordées de noir. Le dessin porte pour 62 LIVRE XXÏ. CLUPÉOÏDES. nom malais Eekan-Becang-Becan^. Je n'ose vraiment pas établir une espèce d'après ce seul document , cependant j'ai eu plusieurs fois l'occasion de vérifier l'exactitude de ces des- sins. Il me paraît donc assez probable qu'un poisson venant de Malacca et peint de cou- leurs si différentes deviendra le type d'une espèce particulière. /.'Anchois a filets déliés. {Engraulis tenuifilis^ nob.) J'ai encore à citer une espèce dont la forme du corps est assez semblable à celle du pré- cédent : elle a l'anale aussi courte, mais les rayons de la pectorale sont beaucoup plus courts, puisqu'ils ne dépassent pas le quatrième ou le cinquième rayon de la nageoire de l'anus. Le filet est d'une grande ténuité. D. 13; A. 51, etc. Le poisson, verdâtre sur le dos, est argenté sur tout le reste du corps. La caudale était bordée de noirâtre. Les deux exemplaires que M. Reynaud a rapportés de Rangoon sont longs de quatre pouces et demi. J'arrive maintenant aux espèces que M. Cu- CHAP. XII. ANCHOIS. 63 vier avait voulu réunir dans un genre parti- culier sous le nom de Thrisse; mais j'ai fait déjà sentir que le prolongement du maxillaire ne fournissait qu'un caractère artificiel , et que le genre sur lequel il repose ne serait nulle- ment caractérisé : c'est ce que les descriptions suivantes vont encore mieux prouver. Le Myste a épaulettes. {Engraulis malaharicus , nob.) Pour justifier ce que je viens de dire, je commence la description des espèces de ce groupe par celle qui a les maxillaires les moins prolongés. C'est un poisson à corps assez court, mais plus haut que tous les autres. La hauteur est trois fois et un tiers dans la longueur totale. Le tronc est très-com- primé , car son épaisseur est comprise quatre fois et demie dans la hauteur. La tête est petite et courte. Le maxillaire dépasse de très-peu le bord de l'oper- cule ; il n'atteint pas la pectorale. Cette nageoire est petite et touche à peine à l'insertion de la ventrale. L'anale commence au milieu de la longueur du corps. B. 12 ; D. 13 ; A. 40 ; P. 13 ; C. 19 ; V. 7. Ce poisson paraît avoir été verdâtre sur le dos, argenté sur tout le reste du corps. Sur les côtés des joues, des opercules et des maxillaires, il y a un fin sablé de points pigmentaires rembrunis. Derrière 64 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. l'épaule, les premières écailles sont recouvertes d'une plaque adipeuse, couverte de lignes brunes rappro- chées. Quand on l'examine à la loupe, on voit que ces lignes sont formées de points semblables à ceux de la tête. Leur réunion constitue une tache rem- brunie très- caractéristique dans cette espèce. Les pectorales et les ventrales sont noirâtres- mais les rayons internes de cette dernière nageoire ne sont pas colorés. L'anale et la caudale ont une large bor- dure noirâtre. La dorsale, qui est pointue, a son premier rayon bordé d'un fin liséré noir. L'extré- mité des derniers est aussi un peu rembrunie. L'exemplaire que nous avons reçu de Bom- bay , par M. Roux, a six pouces de long. Les proportions le font ressembler sous tous les points au Clupea inalaharica que Bloch a représenté à la planche 432. Bloch, cepen- dant, ne lui donne que trente-huit rayons à l'anale, mais comme il ne compte que huit rayons à la membrane brancliiostège , nous avons là une preuve qu'il ne faut pas lui de- mander tant cVexactitude. Ce poisson, que le missionnaire John avait envoyé à Berlin, a été aussi observé par Bussell, qui en a donné une figure très-reconnaissable sous le n.° 194 de ses poissons de Vizigapatam. CHAP. XII. ANCHOIS. ()5 Le'MYSTE PURAVA. {Engraulis piirm'a , nob.) Cette seconde espèce a le maxillaire un peu plus long, car son extrémité louche à l'aisselle de la pectorale. Le corps est plus allongé. Sa hauteur est quatre fois et un cinquième dans la longueur totale. Les pectorales dépassent un peu l'insertion des ventrales, et l'anale est insérée un peu au delà de la moitié du corps. B. 12; D. 13; A. 45; P. 14; V. 7. La couleur est, suivant M. Leschenault, qui l'a observée fraiche, blanc, argenté sur tout le corps, avec des teintes azurées sur le dos. La dorsale et la caudale sont jaunes; les autres nageoires blanches. La longueur des individus est de six à sept pouces. M. Leschenault dit que l'espèce est commune à l'embouchure c^e la rivière d'Arian- toupang, mais qu'elle est plus rare dans la rade. Les pécheurs de la côte de Coromandel le dé- signent par le nom d'/4tou~pooroiwa. Il est bon à manger, quoique le corps soit rempli d'arêtes. L'espèce a été observée longtemps avant par Sonnerat, qui en avait rapporté quelques peaux desséchées. C'est bien certai- nement l'espèce que Puissell ' a figurée sous le nom de Peddah poorawah. 1. Russell, Corom. fish., pi. 190. 2 1. 5 J66 livre XXI. CLUPÉOÏDES. Des individus de dix pouces de long fai- saient partie des collections de M. Bélanger. Mais il paraît que l'espèce devient encore plus grande et c est même pour cela , selon M. Buclianan, quil a le nom indien cité par Russell et qui veut dire gra?id Poorawah. M. Bucbanan ' dit que le Purava atteint un pied de long, qu'il meurt aussitôt qu'il est sorti de l'eau. L'Anchois de Hamilton. {Engraiilis Hainiltoniy nob.) Nous retrouvons encore sur cette côte un Myste dont le maxillaire s'allonge encore plus que chez les espèces précédentes; car son extrémité dépasse sen- siblement l'insertion de la pectorale. L'anale est courte et commence au delà de la moitié du corps, de sorte qu'elle paraît plus reculée que la dorsale. Le prolongemeiit du maxillaire et ce rapport de po- sition entre les nageoires font à l'instant reconnaître cette espèce; elle a, d'ailleurs, la tête plus grosse et plus longue; le corps un peu plus trapu. D. 13; A. 37, elc. M. Gray a figuré ce poisson à dos plombé, jau- nûlre sur le reste du corps. La dorsale, les pecto- \. Cliipea purava. Hani. Buch., Gang. fish. , p. 238 et 382. CHAP. XII. ANCHOIS. 67 raies, les ventrales et la caudale sont jaunes; celle-ci est bordée de noir; l'anale est bleuâtre. Nos individus ont de huit à neut pouces de long. Nous en avons reçu plusieurs pris à Bombay par M. Roux. M. Leschenault l'a en- voyé de Pondichëry, où on paraît le confon- dre avec l'espèce précédente. M. Dussumier l'a eu aussi à la côte malabare^ enfin, j'en vois un autre exemplaire provenant des col- lections faites sur la Zélée par M. Leguillon, et un autre donné par M. Leclaucher, chirur- gien à bord de la frégate la Reine Blanche^ sans autre indication de localité. Je conserve à cette espèce le nom que M. Gray ' lui a imposé dans une récente publi- cation, quoiqu'il ne soit pas le premier auteur qui ait fait connaître ce poisson. Russell en avait longtemps auparavant donné une figure, accompagnée d'un dessin très-reconnaissable, dans son Histoire des poissons de Vizigapatam. C'est, selon lui, le Poorawah des Indiens. L'Anchois porte-moustaches. {Engraulis mjstax , nob.) Il me paraît qu'il existe encore sur la côte 1. Gray, Illust. ofind. zooL, by maj. gen. Hardwicke , pi. 92, fiff. 3. ()8 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. de la presqu'île de l'Inde un autre Myste, voisin des deux espèces précédentes. Il a, en effet, le maxillaire prolongé, de manière à dépasser l'inserlion du premier rayon de la pecto- rale et sans avoir l'anale aussi longue que celle de ÏEngraulis parafa; elle l'est davantage que celle de VEngraulis HamiJtoni. Enfin, ce qui est un ca- ractère propre à l'espèce dont 11 s'agit, c'est que les pectorales sont assez prolongées pour embrasser, quand elles sont rapprochées du corps, les deux petites ventrales. D. 13; A. 42; P. 13; V. 7. La couleur est verdâtre, mêlée quelquefois de fauve; le tout glacé d'argent. Toutes les nageoires sont blanches, à l'exception de la caudale, qui est jaune, bordée de noir. Ce poisson atteint un pied, sa chair est de bon goût, mais elle est remplie d'arêtes. C'est sans aucun doute l'espèce qui a été figurée par Bloch ', dans son édition de Schnei- der, oii la longueur des maxillaires, celle des pectorales et le faciès général du poisson ont été parfaitement représentés. Cependan t Bloch, dans son texte, ne donne que trente -quatre rayons à l'anale, mais nous sommes habitués depuis longtemps aux erreurs de cet ichthyo- logiste. 1. Bloch -Schn., p. 426, n." 14, pi. 83. chap. xii. anchois. 69 Z'Anchois de Dussumier. {Engraulis Dussumieri , nob.) M. Dussumier a encore rapporté une espèce particulière d'Anchois de la division des Th risses , dont les maxillaires s'allongent de manière à atteindre près des deux tiers ou des trois quarts de la pecto- rale. L'anale est courte; les ventrales sont petites et ne sont pas cachées par les nageoires de la poitrine. Le corps est trapu et haut de l'avant. La hauteur du thorax est comprise quatre fois et quelque chose dans la longueur totale. D. 13; A. 35, etc. Le poisson a le dos bleu verdâtre, et une large tache bleue foncée, sur la nuque, le fait tout de suite recon- naître. La caudale est jaune, bordée de noir. Je ne vois pas de différence dans les autres parties du corps. L'Anchois séti rostre. {Engraulis setirostris , nob.) Dans les espèces que nous venons de dé- crire, nous avons vu le maxillaire s'allonger successivement, commençant par dépasser la mâchoire inférieure, puis le bord de l'oper- cule; il atteignait ensuite dans d'autres espèces 70 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. l'aisselle de la pectorale , dans une autre il l'a dépassée. L'espèce que nous allons décrire est caractérisée par un allongement plus considérable encore de cet osj car son extrémité devient une sorte de filet grêle, qui dépasse de beaucoup les ventrales et touche presque à l'anale. Ce poisson a un autre caractère remarquable : son museau, court et obtus, dépasse à peine la mâchoire inférieure. C'est vers le milieu du corps que l'on trouve la plus grande hauteur du tronc; elle y est comprise quatre fois et demie dans la longueur totale. La tête y est tout près de six fois. Tous les caractères de la dentition sont ceux des Anchois. Le ventre est dentelé. L'anale est courte. B. 9; D. 13; A. 34; C. 19; P. 13; V. 7. Je ne trouve que neuf rayons à la membrane bran- chiostège. La couleur de notre poisson paraît argentée, avec une teinte verdâtre sur le dos. La caudale a conservé quelques traces d'une bordure noire. Telle est la description d'un poisson que j'ai pu comparer au dessin conservé dans la bibliothèque de Banks, et dont mon illustre confrère, M. Robert Brown, m'a permis de prendre une copie. Nous retrouvons, dans la récente publication que M. Lichtenstein a faite des manuscrits de Forster, la description prise sur les lieux. Jie crois que les différences CHAP. XII. ANCHOIS. 71 que l'on peut observer entre le savant compa- gnon de Banks et de Cook, et celles que je viens de donner, peuvent tenir à la prëcipi- tation qui pousse naturellement un voyageur. Les dents de notre poisson sont petites ; mais on ne pourrait pas dire avec Forster, qu'elles n'existent pas. Il porte à onze ou à douze le nombre des rayons de la membrane bran- chiostège ; cette incertitude peut s'expliquer par la difficulté qu'il a eue de voir cette mem- brane dont il dit vix conspicua. Elle est en effet cachée entre les branches de la mâchoire ; mais quand on les écarte suffisamment , on peut l'étendre assez bien pour compter les rayons 5 il faut seulement faire attention de ne pas comprendre avec eux le sous -opercule; erreur qu'il est très-facile de commettre dans toute cette famille. Je crois que Forster se trompe également, en disant que le palais est lisse, du moins il ne faut pas entendre que les palatins, qui se portent tout à fait sur le côté cjuand on ouvre largement la gueule , n'ont pas d'aspérités. D'ailleurs nous sommes éclairés sur ce sujet, parce qu'un des exemplaires de Forster avait été donné par Joseph Banks à Broussonnet. Celui-ci l'a fait graver dans sa Décade ichthyo- logique sous le nom de Clupea setirostris. La 72 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. figure qu'il en donne, convient sous tous les points à notre poisson, et nous voyons dans la description que l'ichthyologiste de Mont- pellier a bien reconnu les dents des mâchoires et les scabrositës du palais. Il y a cependant une légère difFérence entre sa description et la nôtre , puisqu'il porte à dix le nombre des rayons de la membrane branchiostège. Il est probable qu'il aura compris parmi eux le sous -opercule. Il n'avait certainement donné qu'avec beaucoup de doute le Clupea Bœ- lama de Forskal pour synonyme de son poisson. Gmelin, qui a accepté ce Clupea setirostrisy a copié sans aucune hésitation ce synonyme. Bonnaterre et Lacépède ont suivi cette même erreur. C'est Bloch qui, dans son Système posthume, a rétabli le Clupea Bœ- lania, en laissant seul le Clupea setirostris. Russell ' a aussi observé ce Clupea setiros- tris, que les naturels lui ont donné sous le nom de Yka-poorawali. Les individus que j'ai sous les yeux vien- nent de Pondichéry et de Suez : ils sont cer- tainement identiques, et, autant que j'en puis juger sur ces exemplaires conservés depuis longtemps dans l'alcool, je leur trouve les 1. Russell. I. II. p. 80. n." 201. CIIAP. XII. ANCHOIS. 73 mêmes couleurs qu'aux autres mystes , et je vois même des restes de bordures noires à la caudale. Ce qui me paraît singulier, c'est que M. Leschenault ait confondu, dans son Cata- logue, ce poisson avec celui décrit plus haut sous le nom diAton. Est-ce que les pêcheurs réuniraient sous une même dénomination deux poissons si différents ? Ces hommes de la na- ture sont ordinairement plus habiles pour distinguer les espèces beaucoup plus voisines les unes des autres que celles-ci ne le sont. Tous nos individus ont six pouces de long. Z^'Anchois myste. {Engraulis mjstuSy nob.) 11 est évident qu'il faut placer à la suite de ce genre le Clupea mystus de Linné dont la première description a paru dans cette thèse des Aménités académiques ^, sous le titre de Chineusia Lagerstrœniiana. Elle avait été soutenue à Upsal en 1754 par Odliel. Il est certain que le poisson a, comme nos anchois de la division des Thrisses, des dents au palais ; les maxillaires prolongés. Les pectorales sont assez longues pour atteindre à la 1. Amoen. acad. , t. IV, p. 252, ii." 31. 74 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. dorsale; mais ce qui distinguera l'espèce actuelle de tous nos autres Thrysses, c'est que l'anale, très-longue, est réunie à la caudale, et celle-ci est arrondie. Linné dit que la membrane brancliiostège a neuf rayons. Je ferais seulement remarquer que , dans la figure des Aménités académiques, la caudale et l'anale ne sont pas comple'tement réunies ; mais le texte est trop explicite pour que l'on puisse douter de cette réunion. Linné compte les rayons de la manière suivante : B. 9; D. 12; A. 84; C. 11; P. 17; V. 6. Je n'ai pas eu occasion d'examiner ce pois- son d'après nature , mais les beaux dessins chinois que nous devons à la générosité de M. Dussumier, qui ont été cités plusieurs fois dans cet ouvrage et dont nous avons souvent vérifié l'exactitude, nous donnent une repré- sentation de cette espèce, de manière à nous laisser désirer fort peu de chose. Il nous montre un poisson à corps très-allongé, car la hauteur n'est guère que le septième de la longueur totale. Les maxillaires, prolongés, dépassent un peu l'insertion de la pecto- rale. Ces nageoires, terminées en pointe, atteignent à la base de la dorsale. A la vérité, cette petite nageoire est reportée tout à fait en avant sur le dos, au delà du quart de la longueur totale. Le ventre est dentelé; l'anale égale la moitié de la longueur du corps, en n'en comprenant pas la caudale. CHAP. XII. ANCHOIS. 75^ La couleur est un verdâtre mêlé de quelques teintes jaunes, glacées d'une couche d'argent des plus bril- lantes. Les nageoires sont quelque peu jaunâtres; la caudale, arrondie et lancéolée, est jaunâtre. Voilà donc le poisson cle Linné entière- ment reconnu ; examinons maintenant com- ment il a été placé dans le Sjstema natiirœ. Il est bien clair qu'il a été la première pen- sée du Clupea mystus, mais en l'inscrivant dans la dixième édition, Linné a tout de suite gâté cette espèce en y associant le Clupea rnjstus d'Osîjeck, qui est un de nos Coilia, Le Clupea mjstus du Sjstenia naturœ a donc été frappé de nullité dès son apparition. Re- produit dans la douzième et dans la treizième édition, il est devenu dans M. de Lacépède le type d'un genre appelé Mjste (Mfstus), caractérisé d'une manière un peu vague par la réunion de l'anale à la caudale, par la ca- rène d'un ventre dentelé ou très-aigu et par plus de trois rayons à la membrane bran- chiostège. M. Cuvier a cité le Clupea mjstus comme une des espèces de son genre Thrysse, mais comme contre son ordinaire, il n'est pas remonté aux sources, il n'a point reconnu les erreurs commises par Linné, et il a de plus associé un poisson, qui a quatre-vingt-quatre rayons à l'anale , avec le Pedda poorawah de 76 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. Russell, qui n'en a que quarante- cinq j d'où | l'on voit que si le genre Thrysse pouvait être I admis en ichthyologie , cette espèce viendrait * toujours en altérer la composition. CHAP. XIII. COÏLIA. n CHAPITRE XIIÏ. Des CoïLiA. Nous avons remarqué en signalant les carac- tères généraux des espèces comprises clans les diverses subdivisions des Anchois, la tendance que la nature montre à prolonger quelques- unes des parties de l'animal en filaments plus ou moins longs. Elle semble avoir accru ces prolongements filiformes dans le genre des Coïlia. Ce sont des poissons qui ont les caractères généraux de nos Anchois. Ils ont comme eux la gueule très-fendue, les ouïes très-ouvertes, le museau saillant et soutenu par l'ethmoïde; les maxillaires, libres sur les côtés de la bouche, dépassent la fente de l'opercule et atteignent même au delà de l'insertion de la pectorale chez quelques espèces. La dorsale est placée sur le devant du corps. Celui-ci est le plus souvent prolongé en une queue très -grêle, comprimée et s'atténuant en pointe jusqu'à l'extrémité. L'anale réunie à la caudale, longue et basse, ajoute encore à cette forme carac- téristique, mais nous la voyons cependant se modifier dans une espèce où la queue rac- courcie, et la caudale élargie et arrondie, 78 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. reviennent aux formes ordinaires des autres poissons. Mais ce qui nous a paru devoir né- cessiter cette coupe générique, c'est que la pectorale porte au-dessus d'elle deux groupes de filets partant d'une base commune, mais tout aussi distincts des rayans de la nageoire que le sont ceux des Trigles et des Polynèmes. Je vois que quelques voyageurs ont cru à une sorte de ressemblance entre ces Coïlia et les Polymènes ^ mais il faut observer que dans ceux-ci les rayons libres sont au-dessous de la pectorale, tandis que dans le genre que nous traitons ils sont insérés au-dessus. Les connexions sont donc tout à fait différentes. C'est un nouvel exemple de la variation in- finie que la nature sait créer avec les mêmes éléments. La dentition de nos Coïlia et la disposition des viscères sont semblables à celles de nos Anchois , et surtout à celles des espèces dont le maxillaire prolongé constituait, dans les idées de M. Cuvier, le groupe des Thrysses. On peut seulement observer que les plaques pharyn- giennes antérieures sont un peu plus visibles et hérissées de petites dents assez visibles. Il ne faut pas cependant donner trop d'impor- tance à ce caractère, car il tend à s'effacer. Les Coïlia sont des espèces marines ou des CHAP. XIII. COÏLIA. 79 eaux saumâties des bouches du Gange, de rinawaddi et des grands fleuves de la pres- qu'île de Un de. Le CoïLiA DE Hamilton. (Coilia Hamiltoni , nob,) Je commence à décrire les espèces de ce genre par celle que je trouve figurée, d'une manière très-reconnaissable, dans les Illustra- tions du général Hardwicke. La saillie du mu- seau, la grandeur de la fente de la bouche, la longueur des maxillaires, ressemblent tout à fait aux Anchois ; mais la forme du corps est extrêmement différente, parce qu'à partir de l'anale le poisson devient com- primé, et tellement aigu à l'extrémité du corps, que c'est tout au plus si l'on peut mesurer la hauteur de la queue à Finseriion de la nageoire terminale ; elle serait au plus le dixième de la plus grande hau- teur du tronc, qui est comprise cinq fois dans celle du corps, et ne mesurant pas la caudale; celle-ci est courte et pointue. La tête est comprise six fois dans la distance sur laquelle nous avons porté la hau- teur du tronc. La dorsale naît au quart antérieur de la longueur du corps; la ventrale est insérée en avant du premier rayon de la dorsale; l'anale l'est un peu au delà de la nageoire du dos; la pectorale, insérée tout près du profil du ventre, a l'air d'être formée de deux nageoires, l'une composée de deux 80 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. rayons, divisés chacun en trois filets qui atteignent au delà de la moitié de la longueur du corps- l'autre, très-petite, arrondie, échapperait facilement à l'ob- servation. B. 10; D. 14; A. 100; C. 11 ; P. 6 + 6; V. 10. Les dents sont excessivement fines; il y en a de très-petites et qu'on n'aperçoit guère que par la dis- section sur le chevron du vomer; puis il y a une ligne longitudinale sur le bord externe du palatin et peut-être en arrière sur le ptérygoidien; car je crois que ces deux os sont soudés ensemble. Entre les arceaux branchiaux nous trouvons des ptérygoï- diens supérieurs plus visibles que dans les Anchois ordinaires, et qui sont garnis de petites dents. Ces os forment une petite plaque oblongue très -facile à observer dans cette espèce, à cause de sa dimension. Les écailles sont assez résistantes et très-élégamment recouvertes d'un réseau à mailles hexagonales, qui rappellent ce que nous avons observé sur notre En- graulis edentulus. On en compte soixante-huit ran- gées le long du corps. Il y a sous le ventre une carène dentelée, formée par seize chevrons très-aigus, et dont les épines sont très-acérées. La couleur est un bleu verdâtre sur le dos, jaune sur tout le reste du corps. Nos plus longs exemplaires ont sept pouces et demi. Nous avons reçu ces poissons de la rivière du Gange par les soins de MM. Rey- naud et Bélanger. Le premier de ces natura- listes nous a indiqué pour dénomination du CHAP. XIII. COÏLIA. 81 pays le nom de Teltahi. La figure publiée par M. Gray^ convient parfaitement sous tous les rapports. Je ne doute pas que nous ne retrouvions dans cette espèce, le Mjstus Ramcarati de Buchanan. ^ Le CoïLiA DE Reynaud. {Coilia Rejnaldij nob.) Nous avons trouvé dans les collections de ce même voyageur trois autres Coïlias , qui ont l'anale encore plus longue que l'espèce pré- cédente. La distance du bout du museau à cette na- geoire est moindre que le tiers de la longueur totale. D. 14; A. 110, etc. Ce poisson a la queue plus effilée; le museau plus pointu ; l'œil plus petit. Je n'en ai que trois exemplaires : le plus grand a quatre pouces. Ils viennent de Ran- goon sur rirrawaddi. Le CoÏLIA DE DUSSUMIER. {Coilia Dussumieri, nob.) M. Dussumier nous a rapporté un assez 1. Gray, lllust. of Ind. zool. , bymaj. gen. Hardwicke , pi. 10, fig. 3, vol. 1. 2. Ham. Buch. , Gang, fish. , p. 233 et 382. 21. 6 82 LIVRE XXr. CLUPÉOÏDES. grand nombre de coïlias, distincts des pré- cédents par la longueur et la largeur de leurs pectorales, dont les rayons, libres, sont cependant un peu plus courts. La dorsale me semble un peu moins pointue; mais je ne vois pas d'autres différences dans les formes. D. 14; A. 80: C. 11; P. 6 — 10; V. 7. Les dents sont plus fines que celles de l'espèce précédente. Les plaques pharyngiennes sont telle- ment petites quelles sont comme perdues dans la nmqueuse de la bouche; il faut la distendre forte- ment pour apercevoir le petit groupe de dents. Il y a soixante-dix rangées d'écaillés le long des flancs. Les nervures de leur réseau sont un peu plus lâches. C'est un beau poisson à corps jaune doré très-brillant. Sur la moitié inférieure du corps il y a deux ou trois rangées irrégulières de belles taches nacrées qui rappellent tout à fait celles dont la nature a orné un assez grand nombre de Lépi- doptères. Nos individus ne dépassent guère six pouces. Les appendices du cœcum sont co- lorées en noir, et m'ont paru presque aussi nombreuses que celles de notre anchois. Le péritoine brille comme de l'argent poli ; la vessie natatoire est simple, à parois épaisses, fibreuses et nacrées. M. Dussumier en a pris un assez grand nombre d'individus à Bombay, et nous les a donnés comme un poisson bon CHAP. XIII. COÏLIA. 85 à manger. Il dit que les Maures de Bombay nomment ce poisson Mandely. Il est commun et abondant pendant toute l'année, et on es- time sa cliair, parce qu'elle a peu d'arêtes. Il l'a pris aussi à Mahé. M. Bélanger l'a rapporté de Pondiclîéry. Le CoÏLlA AUX QUARANTE RAYONS. {Coilia quadragesimalis y nob.) Nous voici arrivés à parler d'une espèce im- portante, parce qu'elle nous sert à fixer nos idées sur le Clupea mjstus d'Osbeck, dont M. Bichardson avait déjà apprécié les affinités. Ce poisson diffère des précédents par une queue beaucoup plus courte, terminée par une caudale arrondie et large. La hauteur du tronçon de la queue, mesurée à l'insertion de la nageoire, est le tiers de la hauteur du tronc, qui est contenue quatre fois et trois quarts dans la longueur totale. La dorsale est placée sur le devant du corps, sur la fin du tiers antérieur. La pectorale est petite, courte, surmontée de ses deux rayons, divisés chacun en trois filets, dont le plus long égale la moitié de la longueur totale. L'anale commence à peine au-devant du milieu de la longueur; elle est raccourcie comme la queue; aussi n'a- 1- elle plus que quarante -deux rayons, lorsque nous en comptons de quatre-vingts à cent dix dans les espèces précédentes. J'ai voulu 84 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. rappeler ce caractère dans le nom spécifique, donné à ce poisson. B. 10 ; D. 15 ; A. 42 ; C. 25 et plus ; P. 6 - 6 ; V. 8. Ce poisson a le museau obtus; l'œil petit; le maxillaire ne dépasse pas l'angle de la mâchoire in- férieure; il est tronqué. Les dents sont fines; les plaques vomériennes sont très -visibles. Les écailles sont semblables à celles des espèces précédentes. La couleur est argentée et dorée, avec des reflets nacrés. Les nageoires sont jaunes , mêlées de verdàlre ; celle du dos a une bordure verte. Les pectorales et leurs longs filets sont d'un très-beau jaune. L'exemplaire du Cabinet du Roi a six pouces de long : il a été pris dans le Gange par M. Dussumier. Le CoïLiA DE Gray. (Coilia Graji, Richard.) Le docteur Richaidson a décrit et figuré dans richthyologie du Sulfur' un Coilia rap- porté des mers de Chine, et que ce naturaliste aurait, sans aucun doute, beaucoup mieux fait d'appeler le Coilia d'Osbeck; car c'est évidem- ment le Clupea mjstus du Voyage en Chine. C'est un poisson qui a la queue encore très-allon- gée, mais moins étroite à son extrémité que celle 1. Rich., Ichih. of Sulfur, pi. 54, fig. 1. CHAP. XIII. COÏLIA. 85 du Coiîia Dussumieri II a aussi la caudale plus large. Ce qui le distingue des précédents, c'est que les maxillaires dépassent de beaucoup l'opercule et l'insertion de la pectorale; celle-ci est à peu près aussi large que celle du C. Dussumieri. Les rayons sétacés me paraissent un peu moins longs; l'anale a aussi beaucoup moins de rayons. B. 10; D. 12; A. 86; C. 20; P. va — 10; V. 7. Les écailles sont grandes. La couleur est blanche. Il est bien évident que c'est le Clupea mjs- tus d'Osbeck; car il est le seul de nos Coïlias qui ait sept filets au-dessus de la pectorale. M. Richardson a donc cité avec raison l'espèce d'Osbeck sous son Coilia de Canton; mais ce que nous avons dit plus haut, à l'occasion du Clupea mjstus de Linné, prouve qu'il a eu tort de joindre à cette synonymie celle des Aménités académiques, et à plus forte raison, celle de Lacépède. Nous trouvons une excellente figure du Coilia Graji dans les poissons de Siebold, publiés par MM. Temminck et Sclilegel' : ces naturalistes l'ont appelé Coïlia nasus. La des- cription qu'ils en ont donnée est, comme toutes celles de ce bel ouvrage, remarquable par son exactitude. Ils me pardonneront de ne pas prendre pour nom spécifique de cette espèce 1. Faun.jap., Fisc, p. 243, pi. 109, %. 4. 86 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. celui qu'ils ont imposé, puisque tous les Coïlia mériteraient l'épithète de nasus. Le Coïlia de Playfair. {Coilia Plajfairii , Richard.) Le naturaliste qui a fait connaître l'espèce précédente , a aussi figuré et décrit , dans l'ichthyologie de ce voyage, un second Coïlia, qu'il a appelé C. Plajfairii. Cette espèce paraît avoir la queue un peu plus étroite que la précédente. Les rayons de la pectorale plus courts; les maxillaires moins prolongés; le nez un peu plus long, et ce qui le distingue de celui d'Osbeck, c'est qu'il n'a que six rayons à la pecto- rale. La largeur de la caudale le caractérise et em- pêche de le confondre avec nos Coilia du Gange. D. 12 ; A. 86 ; C. 21 ; P. VI — 14 ; V. 7. Cette espèce vient des mers de Chine. Des individus sont conservés dans le British Muséum. Les voyageurs qui l'ont rapportée , disent que le brillant argenté des écailles est em- ployé en Chine dans la fabrication des perles artificielles. L'espèce se mange à Canton. CHAP. XIV. ODONTOGNATHES. 87 CHAPITRE XIV. Dii genre Odontognathe. Le genre Odontognathe a été établi par Lacépède d'après un poisson, que le Muséum d'histoire naturelle avait reçu de Cayenne par l'un de ses voyageurs - naturalistes , feu Leblond. Les idées systématiques que cet illustre naturaliste s'était faite sur les poissons, l'ont empêché de saisir les véritables rapports de ce curieux poisson, qui méritait bien, en effet, de devenir le type d'un genre particu- lier, mais qui ne devait pas être rapproché, il s'en faut, des anguilles. A la vérité, l'ordre des apodes de M. de Lacépède est composé de poissons si différents, si éloignés les uns des autres, que celui-là pouvait bien aussi y trouver place. Quoiqu'il ait décrit le pois- son d'après nature et qu'il ait orné sa des- cription de tous les charmes de son style, il n'a pas nommé les pièces sur lesquelles il a fait reposer ses caractères. La lame, longue, large, recourbée et dentelée, placée de cha- que côté de la mâchoire supérieure, entraînée par tous les mouvements de la mâchoire de dessous , n'est autre que le maxillaire. Si M. de Lacépède ne se fut pas laissé dominer par 88 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. ses idées systématiques et qu'il eût consulté la nature, au lieu d'écrire son ouvrage d'après le catalogue de Gmelin, il se serait fort aisé- ment aperçu que ces lames ne diffèrent pas des maxillaires des Mystes , genre qu'il éta- blissait plus tard , et il n'aurait pas dit que rOdontognathe avait un mécanisme particu- lier de mâchoire dont on ne trouve d'exemple dans aucun poisson connu. Schneider a été plus près de la vérité que M. de Lacépède, en reconnaissant dans ces lames une des pièces de la mâchoire des poissons, mais il n'a pas, su distinguer si ces lames appartiennent à l'intermaxillaire ou au maxillaire; il est même'' probable qu'il les a prises pour les intermaxil- laires, de même qu'il considérait comme tels les maxillaires des Clupées. D'ailleurs Schnei- der, trompé par la figure singulièrement alté- rée que Desène , fort mauvais dessinateur, avait faite du poisson, a préféré composer un nom nouveau au lieu d'accepter celui que M. de Lacépède avait imaginé. La vérité est, que ni l'un ni l'autre ne sont bons, mais puisqu'ils sont faits, il vaut mieux tout sim- plement les accepter, en exposant en quoi consistent les caractères de ce genre. Les Odontognathes ont le corps très-comprimé; le ventre tranchant et très-fortement dentelé CHAP. XIV. ODONTOGNATHES. 89 depuis la gorge jusqu'à l'auus. Il n'y a cer- tainement point de ventrales. La dorsale est si petite qu'on a peine à la trouver. L'anale est très-longue , étendue sous toute la carène de la queue, et se termine tout près de la caudale qui est fourchue. Les pectorales sont assez longues. La bouche est petite; la mâ- choire inférieure dépasse un peu la supé- rieure : celle-ci, tronquée dans le milieu, est formée de deux petits intermaxillaires placés transversalement à l'extrémité du museau. Les deux maxillaires articulés à la suite de ceux- ci sont longs, très - mobiles , élargis un peu avant leur extrémité; leur bord antérieur se prolonge en une pointe assez aiguë, qui dé- passe l'articulation de la mâchoire quand la bouche est fermée, ou que l'on voit libre et comme détachée au-dessous des branches de la mâchoire inférieure quand celle-ci est ou- verte. De petites dents garnissent le bord des deux mâchoires ; il y en a aussi sur les pala- tins, les ptérygoïdiens et sur la langue. Celles des mâchoires sont inégales et coniques , quoique petites ; celles de l'intérieur de la bouche sont en râpe très -fine : il n'y en a pas sur le chevron du vomer. Les Odontognathes ainsi caractérisés sont donc des poissons offrant une réunion de 90 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. caractères pris à plusieurs genres de nos Clu- péoïdes. Les maxillaires sont semblables à ceux de nos Anchois de la division des Tlirysses; les intermaxillaires et le système de la dentition rappellent les caractères de nos Harengules et de nos Pellones. Enfin , les Odontognathes sont apodes comme les Pris- tigastres. Je me suis déterminé à placer les Odonto- gnathes à la suite des Anchois , à cause de la disposition très-remarquable des maxillaires; mais un naturaliste qui tiendrait compte en première ligne de la saillie de la mâchoire inférieure et de la troncature de la mâchoire supérieure, qui est plus courte que l'autre, pourrait très-bien rapprocher, comme l'a fait M. Cuvier, les Odontognathes des Pristigastres. Je n'attache pas à cette place une grande importance , l'essentiel étant de présenter et de discuter les affinités de ce genre avec ceux de la même famille. Les viscères des Odontognathes ressemblent assez bien à ceux de nos Anchois, et l'épais- seur des parois de la branche montante semble montrer de légères affinités avec le gésier évi- demment musculeux que nous verrons dans les espèces du genre suivant. On ne connaît encore qu'une seule espèce d'Odontognatlie, CHAP. XIV. ODONTOGNATHES. 91 que nous nommons d'après Lacépède et Schneider. Z'Odontognathe aiguillonné, Lac. {Gnathoholus mucronatus , Schneid.) L'Odontognathe a le corps très-comprimé et allongé, car l'épaisseur ne fait que le cinquième de la hauteur, qui est com- prise cinq fols et demie dans la longueur totale. La tête égale ou est à peine plus courte que la hauteur du tronc. L'œil est assez grand. Les ouïes sont très- fendues. La membrane branchiosiège n'a que six rayons. La bouche est petite; la mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure. Les maxillaires sont articulés à l'exirémité de petits intermaxillaires, armés de quelques petites dents. Les maxillaires sont libres, élargis en palette et prolongés sur les côtés de la bouche, de manière à ce que l'extrémité dé- passe de beaucoup la branche de la mâchoire infé- rieure quand la gueule est ouverte. C'est sous ce rapport que ce poisson ressemble aux Anchois du groupe des Thrysses. Les maxillaires ne dépassent pas le bord de l'opercule; il a tout le bord hérissé de petites dents inégales, alternativement plus petites et plus grandes. Je ne crois pas qu'il y ait de dents sur le chevron du vomer; mais on en voit sur le palatin, sur le ptérygoidien et sur la langue. Elles sont en râpe excessivement fines. La pectorale est longue et assez pointue. L'anale commence aux deux cinquièmes de la carène inférieure du corps; elle 92 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. s'étend jusque auprès de la caudale; elle est, par con- séquent, très-longue, et égale, à peu de chose près, la moitié de la longueur totale. La caudale est four- chue ; le lobe inférieur est un peu plus long que le supérieur. La dorsale est si petite qu'on ne l'aperçoit qu'avec la plus grande attention. Les rayons sont excessivement grêles; elle est reculée sur le dos et vers la fin du second tiers du corps. B. 6^ D. 12j A. 82; C. 21; P. 12; V. 0. La carène du ventre porte des écussons très-com- primés, et dont la pointe, très-aiguë, en fait une vé- ritable scie. On y compte vingt-quatre ou vingt-cinq épines. Les écailles doivent être grandes et fines; mais elles tombent si facilement que tous nos exem- plaires sont dénudés. La couleur est un argenté brillant, verdàtre sur le dos. Le long des flancs il y a une bandelette lon- gitudinale argentée, tracée depuis l'angle supérieur de l'opercule jusque par le milieu de la caudale. Le péritoine brille d'un bel éclat argenté, qu'on l'aperçoit à travers les côtes. Il y a de nombreuses appendices cœcales au pylore; une vessie aérienne à parois très -minces, mais fortifiée en dessous par le repli argenté du péritoine. La longueur de nos individus varie de six pouces à six pouces et demi. Ce petit poisson , sur les mœurs duquel nous n'avons aucun renseignement, nous est venu de Cayenne par M. Poiteau; de Surinam par Le Vaillant. Nous conservons encore dans le Cabinet CHAP. XIV. ODONTOGNATHES. 95 du Roi lexemplaire qui a servi à M. de La- cépède. Il est maintenant Fort mal conservé, et il me paraît probable, autant qu'on peut en juger par le dessin de Desène, que le poisson était déjà un peu altéré lorsque M. de Lacépède l'a reçu. Leblond l'avait envoyé sous le nom vulgaire de Sardine. 94 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. CHAPITRE XY. Du genre Châtoesse (Chatoessus). Le genre que je vais décrire nous présente un second exemple des variations des carac- tères , qui semblent les plus nets et les plus tranchés dans les familles considérées comme naturelles*. Tous les poissons qui composent la famille des Glupes ont les intermaxillaires petits, attachés à l'extrémité du museau et reçoivent sur leur extrémité la tête antérieure du maxillaire mobile sur ceux-ci. Dans les Chatoessus j, la nature modifie tellement la composition de l'arcade supérieure de la bouche, que nous voyons )se reproduire ici ce que nous avons déjà trouvé dans les Sclérognathes de la famille des Cyprinoïdes. L'intermaxillaire est très-petit, placé à l'extré- mité du museau. Une lèvre fibreuse semble l'étendre et le continuer en se prolongeant jusque vers l'extrémité du maxillaire. Cet os est placé en arrière de rintermaxillaire ; il s'ar- ticule sur la tubérosité de rethmoïde. Les poissons dont nous allons traiter n'ont donc plus une véritable bouche de dupées; ce- pendant le maxillaire concourt, h cause de la brièveté de 1 autre os, à border la bouche. Il CHAP. XV. CHATOESSES. 05 V a donc là une tendance évidente de la na- ture à reproduire une bouche de Cyprinoïde de la même manière que nous pouvions dire que les Sclërognatlies n'avaient plus une bou- che exactement conformée comme celle des Cyprinoïdes. Nous avons déjà vu au commencement de cette disposition, dans le genre des Anchois, chez lesquels le maxillaire s'articule plutôt sur le bord postérieur de Fintermaxillaire qu'à son extrémité. Si la forme de la bouche semble éloigner d'abord les Chatoesses des autres du- pées, la nature les ramène dans cette famille et les place auprès des Anchois par la saillie de l'ethmoïde, par la disposition de leurs vis- cères remarquables à cause de leurs nombreux cœcums. Il n'est pas jusqu'à leur ventre caréné et fortement dentelé qui ne les ramène aussi aux Clupées, quoique nous ayons vu ce ca- ractère manquer dans plusieurs de nos An- chois. Ces considérations sont une nouvelle preuve que l'on ne fait de bonnes familles naturelles qu'en suivant la nature dans ses variations et en ne s'arrétant pas à un carac- tère unique qui, par sa rigoureuse application, établit tout de suite une méthode artificielle avec tous ses défauts. Le genre Chatoessus sera donc caractérisé par une bouche petite 96 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. et sans dents; sous un museau saillant, elle est bordée supérieurement par de petits in- termaxillaires attachés à son extrémité et pla- cés un peu au-devant de la portion supérieure des maxillaires. Ceux-ci sont articulés derrière les premiers et sur la tubérosité latérale de l'ethmoïde. Une petite entaille se voit au mi- lieu de la mâchoire j il y correspond une pe- tite tubérosité de la symphyse de la mâchoire inférieure. Les deux mâchoires n'ont aucune dent et nous n'en avons pas trouvé dans l'in- térieur de la bouche sur aucune des parties ordinairement dentées dans les genres précé- dents. La disposition singulière des arcs et des peignes branchiaux fournit un caractère sin- gulier et très-commode pour caractériser le genre. L'arc se plie en deux chevrons, dont l'inférieur a la pointe tournée vers l'arrière et le supérieur vers l'extrémité du museau. De plus, une petite pièce cartilagineuse insérée au-devant de la réunion des arcs supérieurs et libre sous le palais porte une continuation des très-fines râtelures de la branchie et con- stitue une pointe pennée, dont la longueur est variable suivant les différentes espèces. Elles ont en général le corps haut, ovale et court; le ventre fortement dentelé; les pec- torales et les ventrales petites et sans aucun CHAP. XV. CHATOESSES. 97 rayon remarquable. Mais cette sorte de ten- dance au prolongement de quelques parties, qui nous a déjà frappé dans les genres précé- dents, reparaît ici dans quelques espèces qui ont le dernier rayon de la dorsale prolongé en filament. Ce caractère a peu de valeur, car nous citons un presque aussi grand nom- bre d'espèces à dorsale sans rayon prolongé. La splanchnologie des Chatoesses n'est pas moins remarquable que la singulière disposi- tion de leur bouclie. La branche montante de Testomac a ses parois épaisses et renflées en un véritable petit gésier, et les appendices pyloriques attachées sur une grande longueur de l'intestin sont courtes, branchues, très-nom- breuses et réunies par un tissu cellulaire dense. Elles forment ainsi une masse glanduliforme qui remplit la plus grande partie de la cavité ab- dominale. Les ovaires sont formés d'une lame repliée sur elle-même, flottant librement dans la cavité abdominale, de sorte que les œufs ne sont point enfermés dans un sac ovarien, mais toml)ent avant l'éclosion dans la cavité générale du péritoine. Tels sont les caractères génériques des poissons de ce genre. Les na- turalistes qui ont examiné les espèces à rayons de la dorsale filamenteux ne portèrent leur attention que sur ce caractère artificiel, et 2 1. 7 98 LIVRE XXI.- CLUPÉOÏDES. décrivèrent ces espèces comme appartenant aux Mégalops, c'est-à-dire dans notre manière de voir aux Elops, qui ont le dernier rayon de la dorsale prolongé. Or, rien n'est plus éloigné que les espèces rapprochées suivant cette manière de voir. M. Cuvier le sentit lorsqu'il publia la seconde édition du Règne animal, mais n'ayant pas étudié tous les dé- tails de l'organisation de ces poissons, il ca- ractérisa le genre très -vaguement, puisqu'il réunit des espèces qui ont les mâchoires égales et le museau non -proéminent, d'autres qui ont le museau plus saillant que les mâchoires. Les premiers sont les seuls que l'on puisse comparer aux harengs proprement dits; aussi il compose un genre qui réunit des espèces de genres fort différents, il n'associe pas même convenablement dans ses notes les espèces qu'il cite , puisqu'il réunit dans un même groupe le Caiïleu-Tassart des Antilles et le Me^alops cepedianus de Lesueur qui ne s'ap- partiennent nullement, et qu'à côté de ces deux espèces il met le Peddah Konie de Russell, lequel n'est autre que le Kome du même auteur ou que le Clup. nasus de Bloch, qui aurait dû avoir incontestablement pour associé le Mégalops cepedianus de Lacépède. J'ai donc été obligé de réformer presque en- CHAP. XV. CHATOESSES. 99 ti élément le genre du Règne animal, et si j'ai conservé le nom de Chatoessus , il devient maintenant employé dans une toute autre ac- ception, et le genre dont je vais présenter la liste des espèces est différent de celui fondé sous cette dénomination. On peut faire dans ce genre deux divisions: la première compren- drait les espèces munies d'un filet dorsal et la seconde sera composée des espèces qui en manquent. Le Chatoesse Cépédien. (Chatoessus Cepedianus ^ nob.) Je commence la description des espèces de ce genre par celle que M. Lesueur a dédiée à M. de Lacépède. C'est un poisson de forme ovale et régulière, La hauteur est le tiers de la longueur totale. L'épaisseur du tronc est un peu moins du quart de la hauteur. La tête est petite, comprise cinq fois moins quelque chose dans la longueur totale. L'œil est de grandeur moyenne, à peu de distance d'un museau saillant, gros et obtus. La saillie est encore due au prolon- gement de l'ethmoide. Les sous-orbitaires sont petits, un peu caverneux et en partie cachés sous la pau- pière adipeuse étendue sur l'oeil. Le préopercule est très-grand et à bord tout à fait arrondi, sah'S angles. L'interopercule est étroit, mais long; il suit la courbe 00 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. de l'os précédent, et il remonte assez haut au-devant de l'opercule ; celui-ci est irrégulièrement quadrila- tère , un peu sinueux en arrière. Le sous-opercule est assez large et en demi-croissant. Ces os portent un - bord membraneux assez développé. La fente des ouïes est large. Il y a six rayons à la membrane branchios- tège, dont les trois internes sont des stylets grêles, et les trois externes des lames aplaties. Les branchies portent des ratelures tellement fines et nombreuses qu'on pourrait dire facilement que Tare branchial a une double série de lames pectinées. D'un autre côte , cet arc branchial se replie dans ce poisson deux fois sur lui-même. En effet, un premier arceau se porte de la langue vers la fente de l'ouïe; puis une seconde portion d'arc revient de ce point vers le haut du palais , d'où il en naît une troisième qui revient sous le crâne jusque sous l'articulation du mastoïdien. L'arc branchial est donc plié en un double chevron. Au second angle ou à l'angle supérieur et palatin, est insérée une pièce cartilagineuse qui se porte sous le palais vers l'ouverture delà bouche, parallèlement à la langue; elle est garnie de chaque côté de lamelles fines et pectinées,- que l'on voit tout le long de l'arc branchial. C'est ce qui forme sous le palais cette pointe pennée très- singulière, mentionnée par M. Cuvler. L'opercule a sous sa face interne une branchie supplémentaire très-développée. Il n'y a, d'ailleurs, aucune dent sur la langue, sur le palais, ni aux pharyngiens. La nature a fait ici une nouvelle sorte de Lachnolayme. Il n'y a pas non plus de dénis aux n)âchoires. La bouche est très-petite, CHAP. XV. CHATOESSES. \0\ fendue un peu en ogive; la mâchoire supérieure porte une légère écliancrure, dans laquelle se place un petit tubercule élevé sur la symphyse de la mâ- choire inférieure. L'arc de la mâchoire supérieure est bordé par les intermaxillaires et un peu par les maxillaires. L'intermaxillaire est petit, comprimé, mobile, sans branche montante et articulé sur la tubérosité ethraoidale. Une lèvre un peu fibreuse couvre ce petit os, et va rejoindre le maxillaire vers l'angle de la bouche. Celui-ci est petit, aplati, articulé librement derrière l'intermaxillaire; sa pièce acces- soire est réduite a un très-petit stylet. Les deux ou- vertures de la narine sont rapprochées l'une de l'autre sur les côtés du museau. La ceinture humérale est presque entièrement cachée sous le bord de l'oper- cule, de sorte que la pectorale est insérée très -en avant, elle a une large écaille dans son aisselle et quelques autres, en dessous, complètent la gaîne dans laquelle elle se meut. Cette nageoire est en ovale très- allongé quand elle est repliée, et elle touche à la ventrale. Celle-ci est triangulaire, assez large, et a une petite écaille au-dessus d'elle. La dorsale, petite et pointue de l'avant, est attachée un peu en arrière de l'aplomb de la ventrale, et par le milieu de la longueur du corps, en n'y comprenant pas la caudale. Le dernier rayon se prolonge en un filet couché le long du dos, qu\ dépasse la moitié de la distance entre la dorsale et la nageoire de la queue; celle-' ci est fourchue. L'anale est longue et basse, à peu près comme une nageoire de Brème. B. 6; D. 12^ k. 33; G. 19; P. 16; V. 8. i 02 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. Les écailles sont de grandeur médiocre. Je n'y vois aucune strie remarquable. Nous en comptons cinquante-huit rangées entre l'ouie et la caudale. Le ventre, comprimé et caréné, a, comme dans les dupées, trente chevrons, dont la carène, très-épaisse et terminée en pointe, constitue une scie à très- petites dents. La. couleur rappelle celle de nos Cyprins, elle est verdâtre sur le dos et argentée sur le bas des côtés. J'ai fait l'anatomie de ce poisson, et ses viscères digestifs offrent des particularités bien curieuses. Le pharynx est assez étroit et s'ouvre au fond d'un ré- trécissement très-marqué; il se continue en un œso- phage étroit et cylindrique, accolé sous la vessie natatoire. Arrivé à peu près au tiers de la cavité abdominale, il se recourbe vers le bas et se dilate bientôt en une petite poche qui est le commence- ment de l'estomac; mais les parois s'épaississent promptement, de manière à constituer une sorte de bulbe, qui rappelle, à quelques égards, l'estomac des Muges. Cette portion de canal digestif remonte presque jusque sous le diaphragme; elle serait, en quelque sorte, analogue à la branche montante des estomacs des poissons, qui s'épaississent ordinaire- ment. Le pylore est à la partie antérieure, et le duodénum qui y prend naissance se courbe derrière le diaphragme,, pour descendre jusqu'au fond de la cavité abdominale. Il donne dans tout ce trajet nais- sance à une immense quantité de petits cœcums ra- mifiés, retenus par un tissu cellulaire très-dense; ils sont plus longs à droite et à gauche de l'estomac. CHAP. XV. CHATOESSES. 105 qu'ils n'embrassent que vers la fin du duodénum. Cela forme une masse glanduleuse, à laquelle je ne pourrais comparer que celle des Thons. L'intestin est d'ailleurs assez long, car il fait sous l'estomac et entre les cœcums trois replis en spirale assez courts; puis il descend vers l'arrière de la cavité abdominale, où il se plie trois ou quatre fois de nouveau par des anses assez longues avant de se rendre à l'anus. Le foie est petit et divisé en lobules trlèdres , allongés , et qui suivent les premières circonvolutions de l'in- testin. Un péritoine noir très -foncé sépare cette masse viscérale de la vessie aérienne, qui est très- grande, unilobée, arrondie en avant, pointue en arrière; elle communique par un canal court, avec la crosse de l'œsophage. De petites laitances blanches se dessinaient sur le fond noir du péritoine. Je n'ai rien trouvé dans l'estomac. La loTiguear de nos individus est de treize à quatorze pouces. Nous les avons reçus en assez grande quantité de New-York par M. Mil- bert; de la Nouvelle-Orléans, par M. Despain- ville ; de Pliiladelphie, du lac Ponchartrain , par M. Lesueur, qui l'a vu remonter dans le fleuve, et jusque dans le Wabash; il s'en est même procuré des individus en les retirant de l'estomac de Cormorans , qti'il tuait sur la ri- vière ou de grands Pimélôdes qu'il prenait dans le fleuve : c'est la Sardine sur le lac Pon- chartrain. 1 04 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. M. Lesueur a dédié cette espèce à notre illustre ichthyologiste , M. de Lacépède, sous le nom de Megalops Cepedianus. Ce naturaliste nous en a envoyé des indi- vidus beaucoup plus'»petits, qui n'ont guère que cinq pouces et demi. Ceux-là étaient dé- signés par lui sous le nom de Megalops hinia- culata; mais en examinant des individus de taille intermédiaire , nous avons la preuve que cette tache disparaît avec l'âge et qu'elle n'est qu'une sorte de livrée. Le Chatoesse nason. (Chatoessus nasuSy nob.) Nous trouvons dans l'Inde une seconde espèce de Chatoesse, qui se distingue au pre- mier coup d'ceil de celui de l'Amérique sep- tentrionale par son anale plus courte. Le dernier rayon de la dorsale est plus long; car je le vois atteindre à la caudale , non-seulement dans les individus que j'ai sous les yeux, mais dans les différents dessins bien faits que je puis consulter. Les épines dé la carène du ventre sont plus fortes et plus pointues. La pec- torale est un peu plus allongée. Je retrouve d'ailleurs dans cette espèce les autres caractères génériques de l'espèce précédente. D. 14: A. 2O5 C. 23; P. 15; V. 8. CHAP. XV. CHATOESSES. 105 La couleur est un argenié très- brillant; le dos seul est bleuâtre. Les viscères de ce poisson ressem- blent à ceux de l'espèce précédente ; mais il y a moins de cœcums. Le péritoine est très-noir. Cette couleur se remarque jusque sur la muqueuse de la bouche et à la face interne de l'opercule, au-devant de la branchie supplémentaire. M. Leschenault nous a envoyé celte espèce de la rade de Pondicbéry. Ce poisson atteint à un pied de longueur. On le trouve sur la côte pendant toutes les saisons, et surtout à remboucliuie de la rivière ; mais il n'est pas très-abondant. Nous en avons trouvé une peau desséchée et mal conservée dans les collec- tions faites au même endroit par M. Sonnerat. M. Roux nous l'a aussi rapporté de Bombay. Russell a figuré cette espèce , en en faisant un double emploi sous deux noms différents ; une première fois sous le nom de Kome, et il croit que c'est le Clupea thryssa de Linné. Il y rapporte le poisson figuré sous le même nom par Bloch à la planché t\ol\ ; s'il avait comparé avec un peu plus de soin sa figure et celle de l'ichthyologiste de Berlin, il se serait bien vite aperçu qu'elles ne se ressem- blent que par le filet de la dorsale. D'ailleurs, nous avons établi sur des données positives, que le Clupea thryssa de Bloch est le Cailleu- 106 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. Tassart et du genre de nos Melettes. Russell a donné une seconde fois, sous le nom de Pecldah-Kome, l'espèce dont il s'agit ici, en la rapportant cette fois, avec raison, au Clupea nasus de Bloch. Je crois aussi qu'il faut rap- porter le Chatoessus altiis figuré par M. Gray *, qui a le dos plombé, le ventre argenté, la dor- sale verte , la caudale orangée et les autres nageoires jaunes. Malgré ces différences de coloration, je n'ose maintenir la distinction établie par le savant zoologiste que je viens de citer. Le Chatoesse d'Osbeck. {Chatoessus Osbeckiîj nob.) Il existe sur les côtes de la Chine plusieurs espèces de Chatoessus. Le Muséum d'histoire naturelle vient d'en recevoir une espèce à, corps un peu plus oblong, à museau beaucoup plus court. Il a d'ailleurs l'anale courte du précédent. D. 15; A. 24, etc. Ce petit poisson nous paraît plombé sur le dos et argenté sur le reste du corps. Nos exemplaires ont près de quatre pouces. Ils nous ont été envoyés par M. Callery. 1. Gray, lllust. ofJnd. zool., hy maj. gen. Hardwicke , pi. 91, CHAP. XV. CHATOESSES. 407 Il me paraît hors de doute , à cause du nombre des rayons de l'anale que j'ai sous les yeux, le Clupea thryssa d'Osbeck, que Linné avait confondu avec le Cailleu - Tassait des Antilles et même avec le Chatoessus Cepe- dianus des côtes de l'Amérique septentrio- nale. Je crois aussi qu'il faut rapporter à ce poisson le Chatoessus thriza du docteur Ri- chardson, sans admettre, comme lui, que ce soit le Clup. thriza des Aménités académiques. Le Chatoesse ponctué. {Chatoessus punctatus , Temm. et Schl.) . Les savants auteurs du Fauna japonica' ont décrit et figuré une espèce de Chatoesse qui se rapproche du poisson de Bloch , tout en s'en distinguant par le nombre des rayons de la dorsale et de l'anale, et par des formes un peu plus allongées. J'extrairai de la description détaillée qu'en a faite mon ami Schlegel les principaux traits. Le corps est plus allongé que celui des espèces précédentes. Voici les nombres des rayons des nageoires : D. 18; A. 21; C. 20; P. 16; V. 8. Je ne transcris pas le nombre des rayons des bran- 1. Temm. et Schl., Faun. jap., Fisc, pi. 109, fig. 1. 108 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. ciliés parce que je crois qu'il y a une faute d'impres- sion. A l'état frais, ce poisson, verdàtre, a des teintes bleuâtres sur le dos, jaunâtres sur les flancs, et blanches argentées sur le ventre. L'épaule est marquée d'une tache noirâtre verticale. Il y a huit séries de points longitudinaux marquées sur les écailles de la partie supérieure. La dorsale et la caudale sont jaunâ- tres et rembrunies; les autres nageoires sont bleuâtres. Ces naturalistes nous apprennent que ce poisson, long de huit à dix pouces, est le Ko- nosiro des Japonais. On le prend en abon- dance pendant l'automne et lliiver des côtes sud-ouest du Japon. 11 se retire principale- ment dans le foiid des baies : on le mange soit salé soit séché. Le Chatoesse tacheté. (Chatoessus maculatus y Gray.) M. Gray a ainsi nommé, dans la collection du British Muséum, un chatoesse que nous ne connaissons que par les figures qui s'en trou- vent dans les collections de dessins faits à la Chine, et surtout aussi par la description dé- taillée que nous en a donnée mon ami le docteur Richardson \ Tous les caractères géné- riques sont faciles à saisir. 1. Rich., Ichthjol. des mers clc Chine, p. 308. CHAP. XV. CHATOESSES. 109 D. 16; A. 28. La couleur est verdâtre sur le dos. Les lâches sont noires. Le ventre est argenté. La dorsale est rosée; les autres nageoires sont pâles. La caudale, un peu plus jaune, est bordée de gris noirâtre. C'est la seule espèce dont les nombres de l'a- nale se rapprochent de ceux du Clupeatliryssa des Aménités académiques. Je m'étonne que l'auteur de cette description n'ait pas parlé du prolongement filiforme du dernier rayon de la dorsale; aussi n'aurais -je pas hésité à rap- porter ce Clup. thriza à lun de nos Chatoesses, voisins du C. hiuneralis , si je n'avais trouvé une trop grande différence dans les rayons de l'anale. Je ne serais pas étonné, que la descrip- tion des Aménités académiques, ne se rap- portât à une espèce qui manque encore à nos collections. he Chatoesse aqueux. {Chatoessus aquosiis ^ Richard.) Je parlerais en.core, d'après le docteur Ri- chardson , d'un Chatoesse qui lui a paru se rapprocher du Cliipea nasus de Bloch, sans correspondre exactement à la figure de cet auteur, ni à celle du Kome de Russell. Il a aussi trouvé des différences no LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. dans le nombre des rayons des nageoires. Voici comme il les exprime : D. 18; A. 23; C. 29; P. 15; V. 8. La hauteur du corps est la plus grande au-devant de la dorsale et des ventrales, nageoires opposées l'une à l'autre ; elle est contenue trois fois et trois quarts dans la longueur totale. H y a quarante -six écailles longitudinales le long des flancs. La carène du ventre porte vingt-huit épines, dont treize sont derrière les ventrales; les dernières sont presque effacées. Les parties supérieures sont vertes, à reflets argentés; les inférieures argentées ou gris de perle, mêlé de laque et de bleuâtre. La caudale et l'anale vert olivâtre; la dorsale et la ventrale plus pâles. La première de ces deux nageoires est un peu lavée de carmin. Les pectorales sont jaunes. M. Ricliaidson a vu, dans le British Mu- séum un individu desséché, qui a été déposé par M. Rêves sous les noms chinois de Schwuj hwa, Schwiij hwâ, Schiii wat. Il est long de sept pouces trois quarts. ^ Le Chatoesse chrysoptère. {Chatoessus chrjsopterus ^ Richard.) Le savant ichthyologiste ' que je viens de citer, a aussi distingué, sous le nom que je lui conserve, un Chatoesse 1. Richardson , 1. cit., p. 308. CHAP. XV. CIIATOESSES. Mi qui a les mâchoires égales; la bouche petite, les écailles argentées , vertes sur le dos et bleu-lilas sur les côtés. Le sommet de la lète et les opercules sont verts. Les nageoires d'un beau jaune. Cette espèce est établie d'après l'inspection d'une figure longue de neuf pouces. Le Chatoesse chacunda. {Chatoessus chacimda j, nob.) J'ai commencé la description des espèces de ce genre par celles qui portent un filet à la dorsale; mais je trouve dans les grandes eaux de l'ïnde d'autres Chatoessus sans filet. L'étude assez difficile de l'ouvrage de Bu- chanan me fait aussi penser que plusieurs espèces de ce genre ont déjà été indiquées par M. Hamilton Buchanan, qui les a con- sidérées comme des espèces de Clupanodon, genre où il a réuni les Aloses et peut-être des Pellones, qui sont loin d'être des Clupées sans dents. Je vais commencer la description des Chatoesses sans filet, par celle dont j'ai eu le plus grand nombre d'exemplaires sous les yeux. Elle a le corps ovale. La bauleur est deux fois et deux tiers dans la longueur totale. La tête est courte, elle est comprise quatre fois et deux tiers dans cette 442 LIVRE XXT. CLUPÉOÏDES. même longueur totale. Le museau est saillant' et conique. La bouche est tout à fait en dessous. Le tubercule de la symphyse est saillant et reçu dans une échancrure de la mâchoire supérieure. Les in- termaxillaires sont larges et longs. Les maxillaires sont étroits et tout à fait rejeiés derrière l'intermaxil- laire. Les branchies sont entièrement conformées comme celles des autres Chatoesses; mais, dans cette espèce, la pointe pennée du palais devient très-courte. Il y a de même une large branchie supplémentaire sous l'opercule. La dorsale, écailleuse à sa base, occupe la fin de la première moitié du corps. Ses rayons antérieurs sont aussi hauts que la nageoire est longue. La hauteur du dernier rayon mesure la moitié de celle des premiers. La pectorale est petite et ronde; la ventrale est insérée sous le milieu de la dorsale. L'anale est basse et courte; la caudale est profondément divisée en deux larges lobes, dont le bord interne est arrondi en arc convexe. Ces deux dernières nageoires sont toutes couvertes d'écaillés. D. 19.: A. -20; C. 25; P. 15; V. 8. Les écailles sont fermes, adhérentes, et à bord finement cilié; il y en a trente-cinq rangées. Quoique le ventre ne soit pas aussi tranchant que celui des espèces précédentes, il est dentelé par vingt -huit chevrons épineux et peu saillants. Tout le corps de ce poisson est argenté, un peu verdâtre sur le dos. Le dessus de la tête est d'un beau jaune doré. Une tache noire assez grande existe sur le haut de l'oper- cule, et se conserve sur les exemplaires gardés depuis longtemps dans l'alcool. La caudale est jaune. CHAP. XV. CHATOESSES. 115 M. Dussumier en a rapporté un grand nom- bre d'exemplaires : ils ont six pouces de long; c'est la taille ordinaire des individus de cette espèce. Nous avons fait l'anatomie de ce poisson. Les viscères sont semblables à ceux des autres cliatoesses; mais le nombre des ccecums est beaucoup plus considérable et ils sont plus longs. La vessie aérienne est moins grande. Ce poisson, abondant sur la côte malabare, est peu estimé à cause du grand nombre de ses arêtes. On le retrouve dans la mer des Molu- ques. MM. Ruhl et Van Hasselt en ont envoyé de Java , avec un très-beau dessin fait d'après le vivant. Ces voyageurs ont confirmé l'iden- tité spécifique par la ressemblance des formes et des couleurs. Le major Farquhar a aussi dessiné ce poisson dans le détroit de Malacca; il avait inscrit pour nom malais Ehan-Troo- hala. Il me paraît hors de doute que le Clupa- nodon chacunda de Buclianan se rapporte à l'espèce que je viens de décrire. Tout ce qu'il dit de la forme générale du corps, de la bou- che, des mâchoires, dont la supérieure est entaillée et dont l'inférieure porte une petite arête, semblable à celle que l'on voit dans les espèces du genre Mugil, prouve que ce Chi- li. 8 i\A LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. panodonchacunda est un Chatoessus. Comme dans la description détaillée que l'auteur donne des nageoires, il n'est pas fait mention que le dernier rayon soit prolongé, et qu'en parlant des couleurs, ce naturaliste signale la tache noire de l'épaule, il me paraît que l'on ne peut conserver aucun doute sur ce rappro- chement j aussi ai-je peine à comprendre com- ment M. Buchanan a trouvé une telle affinité entre son poisson et le Kowal de Russell', qu'il ait pu se demander s'ils sont distincts. Le Chacunda se trouve dans les eaux saumâtres de l'embouchure du Gange; il atteint jusqu'à huit pouces de longueur et est peu estimé. Le Chatoesse main mina. {Chatoessus manmina, nob.) M. Buchanan a distingué un Clupanodon manmina, qui me paraît extrêmement sem- blable au précédent. Je ne lui trouve d'autre différence que dans un petit nombre de rayons de plus à l'anale. Voici l'expression des nombres comptés par M. Buchanan : D. 14; A. 24; C. 19; P. 15: V. 8. 1. Russell, Corom.fish., pi. 186. CHAP. XV. CHATOESSES. 415 L'espèce a d'ailleurs une tache noire sur chaque épaule. Eu se rappelant les difFéiences que nous avons trouvées dans le nombre des rayons de l'anale de l'Alose commune et de beaucoup d'autres Clupëes, j'ai peine à croire que les na- turalistes, qui reverront ces poissons vivants, les distinguent l'un de l'autre. Ce Manmina se trouve dans les eaux douces du Gange. Il ne devient pas plus grand que le Chacunda, mais il passe pour meilleur. Cela ne tient-il pas à la différence de séjour des deux poissons ? Je vois encore moins de facilité à distinguer des précédents le Clupanodon chapra. Celui-ci n'aurait que dix-sept rayons à la dorsale; il a de même vingt-quatre rayons à l'anale et une tache noire sur chaque épaule. Ce petit pois- son a été trouvé dans les parties supérieures du Gange. Il me paraît que le Clupea chapra de M. Gray n'est ni de la même espèce, ni du même genre que le poisson désigné sous le même nom par M. Buchanan. Le Chatoesse Cortius. {Chatoessus Cortius ^ nob. ) Le Clupanodon Cortius des poissons du Gange est une espèce que l'auteur a regardée 116 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. comme si semblable au Manmina, qu'il a cru inutile d'en signaler autre chose que le carac- tère spécifique. Il consiste dans l'absence de tache à l'épaule. Il a les mêmes nombres, D. 15; A. 24, etc. Ce poisson a été trouvé dans le Bralima- putra , près de Goyalpara. Je ne m'étonnerais pas que ce ne fût une simple variété des précé- dents. , Le Chatoesse Chanpole. {Chatoessus Chanpole , nob.) La seule inspection de la ligure donnée par Buchanan me fait croire que le poisson décrit et figuré par cet auteur, sous le nom de Clupanoclon chanpole, appartient aussi à la division des Chatoesses sans filet à la dorsale. Cette espèce est facilement reconnaissable par la série de taches que l'on voit le long des flancs; mais comme il n'a vu que des individus de petite taille, et qui ne dépassaient pas quatre pouces, je ne suis pas très -sûr qu'il n'ait figuré un jeune poisson. En attendant d'autres renseignements, voici l'extrait de la description : C'est un poisson à museau un peu saillant, à mâchoires presque égales. Le palais et la langue sont CHAP. XV. CHATOESES. 117 lisses. Les écailles sont de grandeur moyenne, lisses, et très-adhérentes. B. 6; D. 15; A. 21; C. 19; P. 13; V. 8. La couleur est verte sur le dos, argentée sur le ventre. Il y a de trois à six taches noires, placées en ligne droite sur le haut des flancs. Les nageoires sont transparentes. La caudale est tachetée. On trouve cette espèce dans les marais du Bengale; elle croit à environ quatre pouces, et est très-peu estimée. Je ne crois pas qu'il faille distinguer de ce Clupanodon chanpole le Clupanodon gagùis^ qui aurait vingt- trois rayons à l'anale et la carène du dos plus aiguë. Je les considère comme des adultes de l'espèce précédente, puisqu'ils atteignent une taille double ; leur longueur ordinaire étant environ d'un empan. M. Buchanan les a trouvés dans les rivières et dans les marais du Behar septentrional. Le Chatoesse Tampo. {Chatoessus Tampo, nob.) Je crois pouvoir indiquer, d'après un beau dessin du major Farquliar, une autre espèce de Chatoesse sans filament dorsal, qui a le corps beaucoup plus allongé. Les lobes de la caudale beaucoup plus longs et plus aigus. Le poisson, verdâtre sur le dos, lilas sur le ventre, a 118 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. toutes les nageoires jaunes. La caudale a son crois- sant bordé de noir; mais je ne vois pas de tache derrière l'opercule. Le dessin est long de dix pouces. Il porte pour nom malais Ekan-Tanipo, CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 119 CHAPITRE XVI. Du genre Notoptère {Notoptenis). Les premières notions du genre dont nous allons traiter remontent au commencement du dix-septième siècle, puisque c'est dans l'ouvrage de Bontius, dont les observations datent de 1629, que l'on trouve la première figure d'un poisson de ce genre. 11 est facile de reconnaître un Notoptère dans le Tinca marina swe hippurus\ Cet auteur ne donne aucun détail sur un poisson qu'il trouve très- curieux, et dit seulement qu'il l'a appelé Tanche marine, à cause de la lubricité de sa peau. Il est beaucoup moins certain que Re- nard ait représenté notre poisson 5 si cela est, la figure ou les figures qu'il en donne seraient très-mauvaises. Pallas a cru, d'après l'indica- tion des noms malais, que le Pangaj ou -Kapirat' représentait le Notoptère qu'il re- cevait en eiFet de l'Inde sous le nom de Ikan- pangajo. Cette figure de Renard est une copie assez exacte de celle que nous trou- vons dans le Recueil des figures originales, laissées par l'amiral Corneille de Vlaming. 1. Bontius, Hist. nat. Ind., p. 78, ch. 25. 2. Rea., folio 16, n.' 90. 120 LIVRE XXI. CLUPÉ0ÏDE8. Les deux filets dessinés verticalement à la hauteur du premier rayon de l'anale et les traits longitudinaux n'existent pas sur le dessin de l'amiral. Dans cette figure le poisson est coloré en vert sur le dos, en gris argenté sur le ventre ; l'anale est un peu rembrunie. D'ailleurs les deux traits, que l'on peut comparer aux ventrales, sont plus gros et plus longs et un peu moins avancés sous la gorge. L'amiral a nommé son poisson Papirat. C'est à peu près le même nom que celui de Renard, la seule différence consiste dans la lettre initiale. A côté de ce dessin, je trouve la représentation d'un autre poisson que l'amiral a nommé Pa- hia ou Carbau-w. Celui-ci aurait deux barbil- lons maxillaires, le premier rayon de la pec- torale gros et prolongé, l'anale réunie à la caudale, point de dorsale ni de ventrales. Ce poisson, vert sur le dos, argenté ou doré sur les flancs, porte sur l'anale et sur la caudale des teintes jaunâtres. La reproduction de ce dessin a lieu sous le même nom dans l'ouvrage de Eenard'. On pourrait croire que ce dessin est une mauvaise figure de quelques-uns de nos Siluroïdes; cependant l'absence de la ven- trale et de la dorsale prouverait que la nature 1. Ren., fol. 16. n." 91. CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 121 a été copiée avec plus de négligence que dans beaucoup d'autres figures. Je ne me suis d'ail- leurs arrêté sur ces deux dessins que parce que je les trouve aussi reproduits dans Valen- tyn', qui appelle le poisson Ikan-marate (poisson marate), en disant que le premier, le Pangay ou le Kapirat de Renard, est le mâle, et le second ou le Puhia, est la femelle. Si ces observations de Valentyn sont exactes, cela démontrerait que ses deux figures défec- tueuses appartiennent à une même espèce et elles pourraient bien être une représentation d'un Notoptère. Je ne fais ici cette observa- tion que pour répondre à la note mise dans le Règne animal, au bas de l'article des No- toptères. Elle peut faire croire que l'on devra chercher dans un autre genre les poissons re- présentés dans les figures dont je viens de dis- cuter la valeur. Je crois qu'il sera préférable de ne plus citer à l'avenir ces synonymes, à cause de leur incertitude. Nous n'avons donc jusqu'à présent à men- tionner que la figure de Rontius. Pallas^ a reçu un exemplaire desséché de ce poisson , et par une vicieuse application des caractères lin- 1. Valent., Poissons d'Amboine , p. 506, n.° 512, et p. 507, n.° 513. 2. Pallas, Spicil zool , 7 , p. 40, tab. 6, fig. 2. 1 22 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. néens, il a placé ce poisson dans le genre des Gymnotes, et alors, critiquant le nom très- exact imposé dans le Systema naturœ au genre des Gymnotes, il a imaginé pour déno- mination spécifique une très-forte antithèse, et il a appelé son poisson Gyninotus notop- terus. La description qu'il a faite de la seule espèce qu'il possédait est, à quelques inexac- titudes près, assez bonne. Pallas a cependant commis une grave erreur, en ne voyant pas les ventrales. Il ne donne que six rayons à la membrane branchiostège, mais nous établirons un peu plus loin que leur nombre est variable, et d'ailleurs, quand il y en a huit, les deux derniers sont difficiles à voir. La figure est très-reconnaissable. Elle a été copiée par Bon- naterre dans l'Encyclopédie. Cet auteur, qui ne connaissait pas du tout les poissons , a désigné l'espèce dans le texte de l'Encyclo- pédie sous le nom de Gyninotus kapirat. D'un autre côté, Gmelin a emprunté à Pallas un Gyninotus notopterus avec les citations de Bontius et de Benard. M. de Lacépède, qui a principalement travaillé avec ces deux ouvrages, a accepté ce poisson comme un apode, puisque ses prédécesseurs l'y avaient placé. Il a de plus cité, sans aucune critique, le Pangay ou le Kapirat de Benard, ce que CHAP. XVÏ. NOTOPTÈRES. 125 sa méthode aurait dû prévenir. Gomme d'ail- leurs il trouvait , dans Gmelin , une autre espèce nominale , sous le nom de Gjmnotus asiaticusy pourvue d'une dorsale, il a cru pou- voir réunir dans un même genre ces deux pois- sons, et il a pris, pour dénomination, l'épithète imaginée par Pallas : elle était admissible dans les idées de ce grand naturaliste , qui voulait l'opposer à la dénomination de Gjmnotus, mais elle est très -mauvaise pour nommer un genre où il faisait entrer notre poisson, attendu que la dorsale est ce qu'il y a de moins remar- quable en lui. Pour désigner la première es- pèce, il a associé à l'expression de Notoptère l'épithète spécifique empruntée à Bonnaterre, elle est certainement non moins mauvaise que celle du genre , en supposant qu'elle ait le mérite de l'exactitude. Quant à la seconde espèce de ce genre No- toptère, tout ce que je puis dire, c'est que le poisson qu'elle représente est fort différent de nosNotoptères, puisque c'est un poisson qui aurait une dorsale étendue de la nuque à la caudale, la tête lisse et déprimée, le tronc un peu arrondi et la queue comprimée. Cette espèce est tout à fait impossible à retrouver; je pense qu'il faut la rayer des catalogues ichthyologiques. On voit que j'en parle ici 4 24 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. uniquement pour réduire le genre de Lacé- pède à une seule espèce. Bloch ' , qui avait reçu ce Notoptère de la côte de Tranquebar et un autre des mers de Chine, a mieux saisi les affinités de notre pois- son que les auteurs cités précédemment. Il ne dit pas pourquoi il n'a pas accepté le genre Notoptère de Lacépède. Il a marqué dans sa courte description quelques-uns des princi- paux traits de l'espèce qu'il a nommée Clupea cjnura. Il a bien reconnu la double carène dentelée de l'abdomen , la présence des pe- tites ventrales, les huit rayons de la membrane branchiostège, les dentelures des deux carènes du limbe du préopercule et de la mâchoire inférieure. L'exactitude de tous ces détails est due à Schneider. M. Cuvier a repris dans le Règne animal le genre Notoptère, en accep- tant l'idée de Schneider pour le placer dans le groupe de ses Clupes. Il s'est glissé quelques inexactitudes dans les caractères généraux. Ainsi, les interoper- cules ne sont point dentelés , il n'a compté qu'un seul rayon aux ouïes; mais malgré ces fautes bien légères , la place du genre a été fixée en ichthyologie. C'est pour cela que je 1. Bloch, p. 426. CHAP. XVI. NOTOPTÈHES. 125 ne conçois pas ce qui a décide M. Buchanan à parler des Notoptères en leur appliquant le nom de Mystiis^ dénomination qui a d'abord paru en ichthyologie pour designer des Silu- roïdes, et que M. de Lacépède a ensuite appli- quée à des poissons voisins des Anchois. De plus, M. Buchanan a composé son genre Mys- tiis d'une espèce de CoïHa (c'est son Mjstiis Ranicarad) du poisson de Pallas et d'une nouvelle espèce de Notoptère , son Mjstus Chitala. M. Gray a adopté les idées de M. Buchanan, en retirant la première espèce de . cet auteur pour en faire son genre Coïlia. Bien que tant d'illustres naturalistes aient déjà parlé des Notoptères, il est assez étonnant de venir dire aujourd'hui que ces poissons n'ont été ni étudiés ni complètement décrits, et que leurs affinités ont été pressenties, mais qu'elles n'ont pas encore été fixées. Les No- toptères sont en effet distincts de tous les genres de Clupéoïdes à ventre dentelé, dont j'ai parlé dans les chapitres précédents. Ils ont de nombreuses affinités avec les familles que j'ai tirées du groupe des Clupéoïdes. Je n'hésite pas à dire aujourd'hui qu'ils consti- tuent une famille distincte. Pour justifier cette proposition, exposons d'abord les caractères de ce genre. 126 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. Les Notoptères ont le corps très-comprimé, très-attéiiuë près de la queue; le museau est obtus, mais peu saillant; c'est à peine si Feth- moïde dépasse les os du nez. A l'extrémité sont placés en travers deux petits intermaxil- laires , qui portent les deux os maxillaires , libres comme dans les Clupées, mais com- posés d'une seule pièce. Ces os d'ailleurs se retirent sous le sous-orbitaire et peuvent y être cachés presque en entier. La mâchoire inférieure est un peu plus courte que la su- périeure; les branches sont larges, aplaties en dessous, creusées d'une caverne oblongue dont les deux bords sont tranchants et den- telés. Les mâchoires ont des dents en petites râpes rudes ; il y en a aussi une longue pla- que sur les palatins, un très -petit groupe à l'extrémité du vomer, une plaque ovale sur le sphénoïde, et de très-longues et très-cro- chues sur les deux bords d'une langue assez libre. Les deux premières pièces sous-orbi- taires sont dentelées. Il y a aussi des dente- lures sur les deux bords d'une large caverne qui occupe tout le limbe inférieur du préo- percule. L'interopercule est lisse et entière- ment caché sous cet os. L'opercule est grande écailleux, sans épine ni dentelure, et ce qui est très-remarquable, c'est l'absence de sous- CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 127 opercule. Que l'on se laisse aller à donner de l'importance à uu seul caractère exclusivement à tous les autres, le naturaliste guidé par ce principe se trouvera expose à placer notre poisson dans la famille des Silures. Outre les cavernes de la mâchoire inférieure et du limbe du prëopercule, il y a aussi de grandes cavités muqueuses sur le crâne, qui se présentent avec cinq crêtes longitudinales, l'une moyenne ou interpariétale et deux latérales de chaque côté. Une autre caverne également muqueuse couvre le surscapulaire. Un pore dont le con- duit traverse, sous la peau, l'os que je viens de nommer, d'autres pores percés sur le crâne ou sur le limbe du préopercule, laissent suin- ter des sécrétions muqueuses de ces organes qui communiquent tous entre eux, car j'ai pu remplir d'injections toutes ces cavités en poussant par le pore surscapulaire. Il faut bien insister sur ce point, pour que l'on n'en fasse pas le méat d'une oreille externe. 11 n'y a quune très-petite dorsale; une très- longue anale, réunie à une petite caudale; des ventrales à peine perceptibles, réunies entre elles ; un petit appendice génital derrière l'anus. Le ventre est très- comprimé et armé d'une double série de dentelures. De nombreuses et petites écailles couvrent tout le corps, les oper- 428 UVRE XXI. CLUPÉOÏDES. cules et une partie des joues. La ligne latérale est droite et visible. Il faut joindre à ces carac- tères extérieurs ceux que nous offre une re- marquable splanchnologie. L'estomfc est glo- buleux, mais un peu comprimé. Le cardia et le pylore sont en avant, l'un au-dessus de l'autre; celui-ci, du côté gauche, n'a que deux cœcums. L'intestin remonte sous la vessie na- tatoire et embrasse comme dans un anneau non fermé les viscères digestifs et ceux de la génération. Les ovaires ne sont point renfer- més dans un sac; les œufs tombent librement dans la cavité abdominale. La vessie aérienne est multiloculaire, étant divisée à l'intérieur par plusieurs cloisons et même à l'extérieur par des étranglements sensibles. Elle donne en arrière deux longues cornes qui pénètrent entre les muscles de la queue jusqu'au delà des deux tiers de sa longueur; et en avant, après s'être attachée jusque sous le crâne, elle donne deux petites cornes qui pénètrent dans l'intérieur de cette cavité en passant sous le sac auditif qui contient la pierre de l'oreille et en avançant jusqu'au troisième tubercule du cerveau, exemple unique d'introduction de cornes de la vessie dans le crâne, et qui n'a encore été cité par aucun des anatomistes qui ont voulu jusqu'à présent faire commu- niquer la vessie avec l'oreille. CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 129 Tels sont les caractères généraux des No- toptères. Qu'on les compare avec ceux déjà observés dans les différentes familles d'une classe aussi nombreuse que celle des poissons, et l'on trouvera des répétitions de caractères que la nature nous a déjà offertes dans les familles les plus éloignées les unes des autres. Ainsi les dentelures des sous - orbitaires , du sous-opercule, de la mâchoire inférieure, et les crêtes qui surmontent le crâne, sont em- pruntées aux diverses familles des Acandiop- térygiens. Il n'est pas jusqu'à la réunion des très -petites ventrales qui ne reproduise un des singuliers caractères de la famille des Gobioïdes. La dentition, et surtout celle du sphénoïde, nous ramène vers les Butyrins, en même temps que le caractère de la langue nous rapproche des Hyodons ou des Mormyres. Les Notoptères ont encore avec ces poissons une affinité notable par les grands trous laté- raux du crâne. Ce résumé me paraît justifier ce que j'ai dit tout à l'heure sur la nécessité de consi- dérer les Notoptères comme une famille très- distincte, qui aurait pour faible mais unique caractère extérieur la double carène dentelée du ventre. La critique que j'ai faite des déno- minations spécifiques, m'engage à les changer, 21. 9 i 30 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. quoiqu'elles aient élé adoptées presque géné- ralement. Je dédierai à Pallas la première de nos espèces, celle dont la connaissance lui est due. Pour rappeler les •premières recherches de Bontius, mais sans vouloir indiquer que ce naturaliste a connu notre seconde espèce, je l'appellerai de son nom Notopterus Bon- tianus, et j'appellerai la troisième , ou le Mjstus Chitala, du nom de M, Buchanan : ce sera mon Notopterus Buchanani. Le NOTOPTÈRE DE pALLAS. {Notopterus Pallasii, nob.) Les observations que j'ai présentées sur le nom de Kapirat , qui n'est peut-être pas exact , puisque , s'il faut en croire le manus- crit de l'amiral Corneille de Vlaming, on aurait dû écrire Papirat ^ m'ont engagé à donner à notre première espèce le nom du savant et illustre naturaliste qui, le premier, l'a fait connaître. Le corps du Noiopière est d'une forme assez élé- gante ; il est haut de l'avant ,. et s'amincit graduelle- ment jusqu'à l'extrémité de la queue. La ligne du profil supérieur, un peu concave à l'extrémité du mu- seau, se relève par une courbe convexe jusqu'au delà de la nuque. Cette ligne du dos se continue horizon- talement jusqu'à la dorsale; elle s'abaisse brusque- CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 131 ment en arrière de celle nageoire en se relevant un peu vers la queue qui devient un peu concave. La ligne du profil inférieur suit la direclion d'un grand arc régulier ou une courbure à grand rayon qui se redresse graduellement depuis la ventrale jusqu'à l'extrémité de la queue. L'anale et la caudale, unies ensemble, suivent celte courbure, et comme le dos est un peu arrondi et que le ventre est très-comprimé, l'on peut dire que la forme générale ressemble à ces lames tranchantes et à pointes redressées que nous appelons sabre turc. La plus grande hauteur du corps se mesure au commencement de l'anale, elle fait, à très -peu de chose près, le quart de la longueur totale. L'épaisseur est le cinquième de la hauteur. La tête est de médiocre grandeur; mesurée depuis le bout du museau jusqu'au bord membra- neux de l'opercule qu'on a eu soin de bien étendre, elle est contenue cinq fois dans la longueur totale; mais si l'on ne mesurait que jusqu'au bord osseux de l'opercule, elle y serait comprise six fois. Le mu- seau est gros et obtus; il fait une légère saillie à l'extrémité. L'œil est éloigné du bout du museau d'une distance égale à la longueur de son diamètre, lequel est compris cinq fois et un tiers dans la lon- gueur de la tête, en allant toujours jusqu'à l'extré- mité libre du bord membraneux de l'opercule. Le cercle de l'orbite est sur le haut de la tête, très-peu au-dessous de la ligne du pr'ofil, qu'il n'entame point. L'intervalle qui sépare les deux yeux est égal à leur diamètre. Les deux tiers inférieurs de la circonfé- rence de l'orbite sont formés par cinq osselets sous- I 32 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. orbitaires, tous caverneux; le premier et le second, asseziniimement réunis entre eux, semblent ne former qu'une seule pièce; on ne les dislingue bien que par la dissection; leur bord inférieur est très- finement dentelé. Le cinquième sous-orbitaire est très-petit. Le préopercule est très-grand ; il couvre plus de la moitié de la joue. Son bord postéVieur est vertical, mince et lisse, sans aucune dentelure. La portion inférieure du limbe a une grande caverne oblongue, qui communique avec une plus petite, creusée au- dessus d'elle. Les deux bords de la caverne sont finement dentelés comme le sous-orbitaire. L'oper- cule est une assez grande plaque entièrement cachée sous les écailles qui couvrent la plus grande partie de la joue; il est irrégulièrement trapézoïdal, l'angle inférieur étant tout à fait arrondi. J'ai mis le plus grand soin à rechercher, par la dissection, le sous- opercule, et il m'a été impossible d'en apercevoir la moindre trace. Je ferai remarquer qu'au-dessous de l'opercule et derrière l'angle du préopercule il existe un petit groupe d'écaillés. On pourrait aisé- njeni croire qu'il recouvre une des pièces de l'appareil operculaire, ce serait le sous- opercule. L'observation de ce groupe d'écaillés m'a fait chercher avec soin s'il n'existait pas au-dessous un très-petit sous-opercule, et je n'en ai point trouvé. C'est pour n'avoir pas pris toutes ces précautions que j'ai eu le tort de dire, dans la Zoologie du voyage aux Indes, que le sous -opercule était fortement réuni à l'opercule, et qu'ils ne formaient ensemble qu'une plaque couverte decailles. Cette disposition CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 135 est si fréquente dans les poissons acanthoptérygiens, que j'ai cru à son existence dans cette espèce. L'in- teropercule existe; il a la forme d'une écaille de moyenne grandeur; sa portion postérieure est en arc arrondi. Cet os est entièrement caché par le large limbe du préopercule. L'appareil operculaire n'est donc composé dans ce poisson que de trois os, organisation dont je n'avais eu encore d'exemple que dans les silures. Le bord membraneux de l'oper- cule est très-large; il s'étend jusqu'au delà de l'épaule, et inférieurement il touche l'aisselle de la pectorale. La narine est assez grande; elle occupe tout l'espace compris entre le bord supérieur de l'orbite et l'ex- trémité du museau. On reconnaît sa place au-des- sous de la crête latérale de l'ethmoïde. L'ouverture antérieure existe tout auprès de la lèvre supérieure, au-devant et à la base d'une papille charnue assez longue, que les auteurs ont figurée, et dont ils ont parlé comme d'un petit barbillon nasal. L'ouverture postérieure est assez loin , tout auprès du cercle de l'orbite, sur le bord convexe du petit os du nez. La bouche n'est pas très -grande. L'arcade supérieure est entièrement faite sur le plan d'une bouche de dupée, c'est-à-dire, que nous trouvons au milieu deux très -petits intermaxillaires, garnis de trois rangées de petites dents coniques. A leur extrémité est articulé un maxillaire composé d'une seule pièce, ayant un petit bourrelet à la partie postérieure, et qui se retire presque entièrement sous le sous-orbi- taire quand la bouche est fermée; d'où il résulte que l'on n'aperçoit, dans l'état de rétraction des ma- 54 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. choires, que la lèvre très -mince et les très -petites dents attachées sur le bord du maxillaire. La mâ- choire inférieure a ses branches courtes et assez larges; elle est caverneuse, et les deux bords de cette caverne qui suivent à peu près la direction de celle que nous avons décrite sur le limbe du préo- percule sont dentelées de la même manière. Quand la mâchoire est relevée, elle est évidemment plus courte que la supérieure ; mais quand elle est abaissée , elle paraît au moins égale, si ce n'est plus longue. Les dents sont sur une bande étroite et sur plusieurs rangs. Les externes sont un peu plus grosses que celles de l'intérieur. Il est facile d'observer ensuite les plaques de dents palatines et ptérygoïdiennes ; elles sont en râpe très -fine. Il y en a un très -petit groupe sur l'extrémité du vomer; elles m'avaient échappé dans la première description que j'ai faite de ce poisson. Il en existe un groupe très-prononcé sur la base du sphénoïde; celles-ci correspondent à une grande plaque de dents qui couvrent tout le corps de Thyoïde dans le fond. Ces dents s'étendent jusque sur l'extrémité de la langue, qui en a cinq ou six, longues et crochues, et beaucoup plus fortes qu'aucune des autres dents, dont nous avons déjà parlé, et que celles qui suivent sur chaque bord de l'os lingual. Les ouies sont très-largement ouvertes. La membrane branchiostège est assez large ; elle est soutenue, dans l'individu que j'ai sous les yeux, par sept rayons. Je ferai cependant observer que le nombre est quelquefois de huit, que d'autres n'en ont que six, et que ces nombres varient du côté CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 135 droit au côté gauche. Ainsi, j'en ai compté six du côté gauche, et sept du côté droit sur un exemplaire; tandis qu'un autre en avait huit à gauche et six seulement à droite : c'est ce qui explique les diffé- rences que Pallas et Schneider ont trouvées. Les branchies sont petites, ne forment, comme à l'or- dinaire, qu'un seul chevron. Les râtelures sont grosses et courtes. Je ne vois pas de dents pharyn- giennes ni de branchies à la face interne deFopercule. Lorsqu'on soulève le bord membraneux de l'oper- cule on voit une assez large ceinture de l'épaule, composé d'un arc aplati qui est entièrement formé par la branche montante de l'huméral. Le scapu- laire est très -petit, car il dépasse à peine l'angle supérieur de l'opercule. Ce scapulaire , très- court, vient s'articuler à l'extrémité du surscapulaire. Celui- ci est assez long et creusé d'une caverne fermée, de manière qu'il est entièrement fistuleux. La portion postérieure de l'os se prolonge en arrière en une sorte de cannelure ou de petit cuilleron recouvert lui-même par une membrane; ce qui rend cette partie de l'os très-lisse. On voit s'ouvrir à son extré- mité un orifice oblong, qui est un des ports mu- queux par lequel s'échappent les mucosités sécrétées dans les grandes cavernes susmastoïdiennes, celles de l'extrémité du museau, celles du sous-orbitairé, du limbe, du préopercule, et enfin, de la branche de la mâchoire inférieure. Toutes ces cavernes mu- queuses communiquent entre elles. Je les ai toutes injectées par le pore surscapulaire. Cette préparation m'a prouvé que si la grande caverne susmastoidienne i 56 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. recouvre le grand trou latéral du crâne ou le trou mastoïdien, cela n'établit pas une communication entre l'oreille du poisson et l'extérieur , et ne fait pas de ce trou l'ouverture d'une oreille externe, ni ' de la membrane une sorte de tympan. La dorsale est très-courte, mais à peu près aussi haute que la moitié du tronc, mesurée sans elle; elle est placée au milieu de la longueur totale. L'anale et la caudale sont si intimemeni unies qu'il est difficile de distinguer ces deux nageoires. Cepen- dant, si on admet que la caudale n'ait que onze ou treize rayons, on pourra dire que la longueur de l'anale répond à très-peu de chose près aux quatre cinquièmes de la longueur totale. Cette nageoire a une hauteur à peu près égale et constante dans toute son étendue; elle est couverte de très-petites écailles qui s'étendent aussi sur la caudale. Les pectorales sont ovales, assez pointues, et touchent au premier rayon de l'anale. Les ventrales sont excessivement petites, insérées tout près de l'anus, et paraissent se confondre facilement avec l'appendice externe des organes mâles qui forment une sorte de papille assez longue et facile à voir. Ces deux nageoires, si petites, sont réunies entre elles par leurs bords internes, circonstance qui rappelle la disposition des ven- trales des Gobies. Il y a à chaque nageoire deux longs rayons bifides, et entre ces deux, un peu au- dessus , il y en a trois autres excessivement grêles. Celte singulière conformation ne se voit bien que par une dissection faite avec beaucoup de soin, à cause de l'épaisseur de la peau qui embrasse ces petits 1 CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 137 rayons. C'est pour n'avoir pas pris ce soin que je n'ai vu que les deux grands rayons, lorsque j'ai fait, il V a déjà longtemps, la description d'un notop- tère pour la Zoologie du voyage de M. Bélanger. B. 7; D. 9; A. 100; G. 11 ou 13; P. 15; V. 5. Le corps est couvert de petites écailles adhérentes, plus longues que larges; une d'elles, examinée à la loupe, montre des stries longitudinales et anas- tomosées , très-analogues à ce que nous avons déjà observé chez les Mormyres. La carène du ventre est très-comprimée; elle est bordée de chaque côté par une série d'épines saillantes, dirigées en arrière, laissant entre elles un creux ou un petit sillon lon- gitudinal. Ces pièces, qui offrent bien quelque ana- logie avec les chevrons aiguillonnés que nous avons observés dans les dupées, sont cependant autrement faites par suite de leur disposition sur deux séries. L'épine, très -aiguë, en a une autre petite, plus courte au-dessus d'elle; celle-ci, cachée dans la peau ou par les écailles, ne se voit bien que par la dissection. Au-dessus de ces deux épines, il s'élève une lamelle triangulaire, pointue, ayant à peu près le septième de la hauteur du tronc. Cette partie, plate et comprimée, est fortement retenue dans l'épaisseur des muscles abdominaux. En même temps une sorte de petite apophyse interne ou de branche plus courte que l'épine, et mousse, se porte hori- zontalement sur le côté, remplissant avec sa congé- nère le fond du sillon, que les deux lignes dentelées laissent entre elles. La couleur du Notoptère est un 38 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. verl bronzé sur tout le corps, avec des reflets ar- gentés très-bnllantes. L'anale est jaunâtre. Les viscères de ce curieux poisson sont tout aussi singuliers que son extérieur. La cavité abdo- minale est petite, à peu près circulaire, mais très- comprimée. Son diamètre ne mesure guère que le septième de la longueur totale. Le foie occupe le côté droit j il ne donne aucun lobe dans le côté gauche, seulement une petite pointe vient faire saillie entre le diaphragme, au-devant de l'estomac. Ce viscère est un grand sac arrondi , un peu com- primé, qui remplit presque toute la cavité abdomi- nale. L'œsophage, qui est court, s'ouvre sur la partie supérieure de ce sac semblable à l'amande d'un abricot. De la partie antérieure et inférieure , on voit naître l'intestin qui remonte à gauche de l'œso- phage dans la cavité abdominale; il revient, en se contournant, passer sous la vessie; il suit, en arrière, le contour de la cavité abdominale, et redescend vers le bas du ventre pour venir s'ouvrir à l'anus , en faisant une légère sinuosité en S peu fermée. L'in- testin ne fait donc aucun repli ni circonvolution. C'est une espèce de grand tonneau, ouvert par en bas, et qui embrasse l'estomac et les organes génitaux. Il y a au pylore deux appendices cœcales, toutes deux dans l'hypocondre gauche. La supérieure est un peu plus longue que l'inférieure; elle suit la courbure de l'intestin. En arrière de l'estomac on aperçoit fa- cilement les organes génitaux. Les laitances sont comprimées, et l'ovaire présente un nombre assez considérable de pHs, sur lesquels sont attachés des CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 139 œufs assez gros, qui doivent tomber dans la cavité abdominale au moment de la ponte. Au-dessus des viscères digestifs et immédiatement derrière le dia- phragme, on aperçoit, en enlevant un très -mince repli du péritoine, le rein qui est gros, trièdre, se termine en une pointe dont la carène interne s'engage dans un repli extérieur de la vessie; il se porte un peu sous la colonne vertébrale, le long des reins elle donne naissance à un uretère long, qui se courbe pour suivre la configuration de la cavité intérieure de l'abdomen. Il ne me reste plus qu'à parler de la vessie aérienne, qui est une des plus curieuses que j'aie encore examinées dans la classe des poissons. Parlons d'abord de son extérieur : elle se présente comme un grand sac aérien, à peu près cylindrique, remplissant sous la colonne vertébrale le quart de la cavité abdominale; elle s'infléchit un peu vers le bas; puis elle donne deux très-longues cornes qui embrassent de chaque côté les interépineux de l'anale et s'étendent dans la cavité conique pratiquée entre les muscles pour recevoir chaque corne jusque vers la quarantième vertèbre. Il existe sur la surface ex- terne des cornes un organe singulier, comme glan- duleux, divisé par un nombre considérable de filets blanchâtres, anastomosés entre eux en petits lo- bules, que l'on ne pourrait séparer par la dissection qu'avec beaucoup de peine. Cet organe qui couvre presque tout le bas de la corne, ne dépasse guère la moitié de sa longueur. La partie antérieure de la vessie présente d'autres particularités que je n'hésite pas h dire plus curieuses. J'ai dit qu'à l'endroit du 1 40 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. rein on aperçoit un vestige d'étranglement. A cet endroit naît le canal de communication entre la vessie et l'œsophage. Ce conduit pneumatique est très-court. En avant, la vessie se porte vers la tête, et arrivée sous la troisième vertèbre, un nouvel étranglement la divise et sépare une petite cavité sphérique qui s'avance jusque sous le crâne; de là elle donne deux cornes qui s'engagent dans l'intérieur de la boîte cérébrale sous les mastoïdiens, en passant entre l'os et le sac de l'oreille. Ces cornes s'avancent dans l'intérieur de la boîte cérébrale jusque sur la grande aile du sphénoïde, et atteignent la hauteur de la scissure qui sépare le second tubercule, ou le tubercule optique du cerveau, du troisième, derrière lequel existe le cervelet. En pénétrant dans la boîte cérébrale la vessie perd ses tuniques fibreuses, ou plutôt c'est la seule tunique propre ou membraneuse de la vessie qui s'avance ainsi dans la cavité du crâne. On voit en dedans de la corne le sac qui contient la pierre de l'oreille. Il y a donc ici com- munication médiate entre la vessie et l'organe de l'ouïe; c'est le seul exemple que je connaisse d'une communication aussi intime entre la vessie et l'or- gane de l'ouïe; car je n'hésite pas à répéter ici que celle qui avait été annoncée dans l'Alose ou dans le Hareng, et dans plusieurs autres poissons, n'existe réellement pas, A l'intérieur, la vessie est non moins remarquable par les nombreuses cloisons qui la traversent. Il y en a une grande, longitudinale, qui sépare en deux la grande cavité abdominale. Il y a sous le rein une grande bride transversale; puis, CIIAP. XVI. NOTOPTÈRES. 141 au-devant de cette bride, il y a une seconde cloi- son, également longitudinale, qui va jusqu'à la base du crâne; puis on trouve l'étranglement antérieur marqué en dedans par une nouvelle demi-cloison transversale, et enfin, comme la vessie embrasse la crête assez élevée du basilaire, la portion qui donne les cornes avancées dans le crâne est encore divisée par une demi-cloison verticale. La tunique propre de la vessie est une membrane excessivement mince; l'externe, fibreuse et argentée, adhère forte- ment aux côtes. On compte facilement dix ou douze impressions de ces os sur cet organe. Cette description me paraît justifier ce que j'ai dit, en commençant, de la remarquable organisation de la vessie du notoptère. L'étude du squelette du Notoptère nous montre des particularités non moins curieuses que celle de la splanclinologie. La surface extérieure du crâne est creusée par de larges fossettes que l'on peut désigner de la manière suivante : quatre principales, oblongues, occupent toute la partie antérieure de la tête; les deux mi- toyennes s'étendent depuis la suture des frontaux jusqu'à l'extrémité de l'ethmoide, et on pourrait les diviser chacune très-facilement en une fosse frontale moyenne et en une fosse etlimoïdale. Les deux ex- ternes s'étendent depuis la région mastoïdienne jus- qu'au-devant de l'orbite, en s'arrêtant à la fosse na- sale. On peut encore désigner deux autres très-larges fosses sur l'interparie'lal , et celles-ci s'étendraient 142 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. jusque sur les occipitaux. Ces larges cavernes du crâne, recouvertes par la peau, sont remplies d'une matière graisseuse; elles sont chacune limitées par des crêtes élevées sur les différents os de la voûte supérieure du crâne. Les deux frontaux principaux sont courts, et leur suture avec l'interpariétal n'est guère au delà du cercle de l'orbite. Une crête moyenne s'étend depuis cette suture jusqu'à la crête de l'etli- moide. Le frontal antérieur me paraît petit et situé un peu vers le bas, entre l'ethmoïde et le frontal principal, à peu près comme dans les Carpes. Le frontal postérieur est plus grand, et il porte sur les côtés une crête assez élevée, qui s'étend en arrière jusqu'à la suture du mastoïdien, près de l'articula- tion du préopercule. Les pariétaux sont étroits et relevés en une crête qui se porte un peu sur les côtés et recouvre les grands trous latéraux du crâne, en s'unissant aux crêtes des occipitaux latéraux. Ils se réunissent sur le devant derrière le frontal prin- cipal, et une crête transversale basse, mais très- sensible, limite en avant la fosse pariétale, qui est la plus profonde de toutes. Entre les deux parié- taux on distingue très-nettement l'interpariétal, dont la crête triangulaire est très- haute et se porte en arrière jusqu'au-dessus du trou occipital. Celui-ci est formé comme à l'ordinaire par deux occipitaux supérieurs, assez petits et un peu creux. Au-dessous d'eux existent les occipitaux latéraux, dont la sur- face est très -caverneuse. Au-devant de ces deux os et sous les pariétaux nous trouvons les mastoïdiens qui portent une petite crête, dont on voit la suture CHAP. XVI. NOTOPTÈUES. 445 avec le pariétal sous la crête de celui-ci. Ces mas- toïdiens ont en avant une très-profonde écliancrure, qui cerne près des deux tiers du grand trou pariéto- mastoïdien, dont les côtés du crâne sont percés. Une échancrure du frontal postérieur contribue aussi à former le cercle de ce trou. Ce grand trou, analogue à celui que nous avons observé dans l'Alose et dans plusieurs autres Clupées, mais beau- coup plus semblable encore à ce qui existe dans le Mormyre, est bouché par une couche peu épaisse de cette mucosité graisseuse, qui remplit les cavernes du crâne et sur laquelle passe la peau mince, nue et sans écailles de la tête. Par ce trou on pénètre largement dans l'intérieur de la cavité du crâne, et l'on voit presque sans dissection, après avoir toute- fois enlevé toutes ses parties externes, les canaux semi-circulaires supérieurs , leur ampoule commune et une portion du sac qui contient l'otolithe. On peut aussi arriver au second tubercule du cerveau. Enfin , c'est sur le bord inférieur et interne de ce trou que rentre l'extrémité de la corne de la vessie aérienne. Je viens d'indiquer les occipitaux supérieurs et latéraux du crâne. Le basilaire vient compléter le plancher de cette partie de la tête. Cet os est creusé d'une gouttière assez profonde. A partir du condyle les deux bords s'écartent et viennent se perdre sur la portion moyenne de cet os ; elle est lisse, mais très-renflée sur les côtés. Sa suture avec l'occipital latéral et avec le mastoïdien se fait au fond d'un creux ou d'une demi -ampoule osseuse, au-devant de laquelle est un large trou qui communique avec i44 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. l'intérieur du crâne. C'est dans ce canal que se trouve logée la corne de la vessie qui pénètre dans le crâne. La grande aile sphénoïdale s'articule par une suture droite avec le basilaire, et complète à ce point de jonction l'ouverture inférieure du crâne dont je viens de parler. On retrouve, d'ailleurs, à leur place or- dinaire, soit dans les mastoïdiens, soit dans la grande aile, les trous pour la sortie des nerfs. Le sphénoïde, armé de ses fortes dents, donne au delà de la petite palette, sur laquelle elles sont implantées, une lame triangulaire, qui s'articule avec le basilaire par une espèce de suture écailleuse. La pointe de cet os s'arrête dans le chevron de la gouttière du basilaire. La lame par laquelle le sphénoïde vient se joindre au vomer est assez large. Le jugal, le tyrapanal et les autres pièces de l'arcade ptéry go-palatine ne m'ont offert aucune particularité notable. Je ne trouve que douze côtes abdominales. Les apophyses horizontales de ces os sont assez longues. Je compte quatorze vertèbres abdominales : les deux premières ne me paraissent pas porter de côtes, et le nombre total de la colonne épinière est de soixante- dix-vertèbres. Les apophyses épineuses supérieures sont longues et grêles; les inférieures sont un peu plus courtes, et elles donnent toutes en avant une lame osseuse et un peu caverneuse, qui semble réunir, en dessous, presque toutes les vertèbres entre elles. Les interépineux de l'anale sont d'autant plus courts qu'ils appartiennent aux derniers rayons de la na- geoire, et comme les premiers font plus des deux tiers de la hauteur du corps, on conçoit aisément CHAP. XVI. ^'OTOPTÈRES. 145 comment ils donnent à la portion postérieure du tronc cette forme de lame de sabre. La ceinture hu- mérale est fortement unie sous la gorge; d'ailleurs, les os qui la composent ressemblent à ceux des autres poissons. Les douze premières pièces épineuses de la double carène du ventre embrassent dans leurs chevrons les deux os de l'avant-bras. Les premières vertèbres n'ont pas d'osselets de Weber. Nous avons reçu un assez grand nombre d'individus de ce curieux poisson par les dif- férents naturalistes qui ont fait des collections dans la presqu'île de l'Inde pour le Muséum. MM. Leschenault et Bélanger l'ont envoyé de Pondichéry ; M. Dussumier l'a rapporté des étangs salés des environs de Calcutta; MM. Du- vaucel et Victor Jacquemont des différentes parties du Bengale. Le premier de tous ces voyageurs nous a dit que son nom malabare est Eri-vale. Sui- vant lui le poisson parvient à trois pieds de long, et M. Dussumier ajoute que les Indiens seuls mangent de ce poisson. Il me paraît probable que c'est l'espèce décrite et figurée par Pallas^ sous le nom de Gjmnotus notop- teriiSy qui a été accepté, sans aucune modi- 1. Pallas, Spec. zooL , 7, p. 40, t. VI, fig. 2, copiée dans l'Encjcl. , fig. 83. 21. lO 1 46 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. lication , par Gmelin , mais dont M. de Lacë- pède a fait son Notoptere KapiraV. Blocli, dans l'édition de Schneider^, a mieux fait connaître notre poisson, quoiqu'il l'ait placé dans le genre des Clupëes, sous le nom de Clupea sjnura. J'ai fait une description de ce Notoptere hapirat dans l'Tcbtliyologie du Voyage aux Indes orientales de M. Bélanger^, et j'y ai joint une figure; mais, à cette époque, je n'avais pas encore acquis sur ces poissons tout ce que l'é- tude que je viens de faire m'a appris; je voulais surtout distinguer l'ancienne espèce de Pallas d'une autre, que M. Bélanger avait rapportée, et que je croyais alors nouvelle. Enfin , on trouve encore une assez bonne figure de ce poisson dans l'Ichtliyologie de la Zoologie in- dienne du major-général Hardwicke par M. Gray"^; mais il a conservé les noms donnés par Buchanan, de sorte que les espèces y paraissent sous la dénomination générique fort impropre de Mjstus kapirat. 1. Lac, t. n, p. 190. 2. Blocli-Schn., p. 426. 3. Valenc. apud Bélanger, Zool. , voj'. ind., p. 391, pi, 5, fig. 1. 4. Graj, Illusi. of Ind. zool., hy niaj. gen. Hardmcke , vol. 1 , pi. 91. CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 147 C'est, en effet, sous ce nom qu'elle a été dé- crite par Buchanan, dans l'Histoire des pois- sons du Gange : son nom bengalais est Phoîœ. Il ne donne d'ailleurs aucun détail sur les mœurs de ces poissons qui habitent les étangs et les rivières de tout le Bengale, et dont la chair est si remplie d'arêtes qu'on ne peut pas la considérer comme une agréable nourriture. Le NOTOPTÈRE DE BONTIUS. {Notopterus Bontianus » nob.) Je crois devoir répéter ici, qu'en dédiant cette espèce à la mémoire de Bontius, je ne veux pas affirmer que ce soit précisément ce poisson qui ait été mentionné par ce voya- geur-naturaliste ^ mais comme, parmi les exem- plaires que nous possédons, l'un est originaire de Java , j'ai tout lieu de penser qu'il est très-possible que le naturaliste hollandais ait vu cette espèce. Elle se distingue de la précédente, par ce que le museau s'allonge un peu et devient concave. La tête est un peu plus longue ; l'œil est plus grand ; le museau est un peu plus long. Les écailles du préopercule sont sensiblement plus larges, et elles le sont beaucouup plus que celles du corps. Les fosses muqueuses temporales sont plus allongées. Les dentelures de la mâchoire inférieure sont presque i48 LIVRE XXI. GLUPÉOÏDES. nulles; celles du préopercule sont beaucoup plus fines. La pectorale est sensiblement plus allongée. Je ne vois pas de différence notable dans la denti- tion, si ce n'est que le petit groupe de dents placé sur le chevron du voiner est assez distinct. B. 8; D. 8; A. 110; C. 11; P. 14; V. 5. Les épines de la carène du ventre sont beaucoup plus petites. Les écailles le sont aussi davantage, car nous en comptons deux cent quatre-vingts entre l'ouïe et la queue. La ligne latérale est bien marquée. La couleur me paraît avoir été uniforme et sans taches, verdâtre sur le dos, argentée sur le reste du corps. L'anale était jaunâtre. Tels sont les caractères de ce poisson, long d'un pied au moins, qui est originaire de l'Ir- rawaddi. Il en a été rapporté par M. Reynaud en 1829. Parmi les collections faites à Java par MM. Ruhl et Van Hasselt il y avait plusieurs exem- plaires de cette espèce, et M. Temminck, di- recteur du Musée royal de Leyde , a bien voulu en céder un exemplaire pour les col- lections du Cabinet du Eoi. Je ne trouve pas cette espèce mentionnée dans les auteurs. Le NOTOPTÈRE DE BUCHANAN. {Nolopleriis Buphanani ^ nôb.) La troisième et grande espèce de INotoptère CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. 149 a déjà été décrite par Buchanan' sous le nom très-impropre de Mjstus chitala. Cet auteur a exagéré, dans sa diagnose , la petitesse des dentelures de la mâchoire inférieure. Ces ca- rènes dentelées existent; on ne peut donc pas dire, pour la séparer du Notopterus Pallasii, que ses mâchoires ne sont pas armées. Nous avons d'ailleurs pour garant de la synonymie présentée dans cet article , l'opinion de M. Gray; car ce zoologiste a publié, dans la Zoo- logie indienne, sous le nom de Mystus chi- tala Buclianard, le Notoptère que nous allons décrire avec détail. Ce Notoptère est remarquable par la saillie de son museau et par la convexité de son dos; cepen- dant la hauteur du tronc n'est que le quart de la longueur totale, ce qui dépend de ce que l'allonge- ment du corps entier est dû ta celui de la tête, qui n'est comprise que quatre fois et un tiers dans la longueur totale. Les fosses muqueuses surtemporales, mastoïdiennes et préoperculaires sont oblongues et plus larges. L'angle du préopercule est beaucoup plus arrondi. Deux bords de la fosse muqueuse et celles de la mâchoire inférieure sont très -fins, à peu peu près comme dans l'espèce précédente. Il en est de même de la dentition. La pectorale est arrondie et un peu plus courte que celle du Not. 1. Buch., Gang.fish., p. 236 et 382. i 50 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. microlepis ; elle ressemble davantage à la nageoire de notre première espèce. B. 8; D. 9; A. llOj C. 11; P. 14; V. 5. Les écailles sont proportionnellement plus gran- des : nous en comptons deux cent quarante le long des flancs. Le vert du dos descend par larges bandes sur les flancs. Le reste du corps est argenté. Il y a cinq taches noires rondes de chaque côté de la queue, quelquefois un nombre plus considérable. L'individu a près de quinze pouces. J'ai trouvé un autre exemplaire de cette espèce dans les collections du British Mu- séum. Il a deux pieds et demi de longueur : il a été rapporté de Calcutta par le major-gé- néral Hardwicke, qui le tenait du docteur George Finlayson , médecin de l'armée an- glaise et naturaliste de l'expédition en Cochin- chine et à Siam. Sur le dessin que j'ai examiné à la compagnie des Indes, il y a de chaque côté de la queue neuf ocelles jaunes à centre noir. Nous en possédons un autre grand exem- plaire qui a été envoyé du Bengale par M. Bélanger, et j'en ai un individu parfaitement bien conservé, long de quatorze pouces, qui faisait partie des collections de M. Alfr. Duvau- cel. Ceux-ci ont, comme le poisson de M. Finlayson, huit ou neuf ocelles de chaque CHAP. XVI. NOTOPTÈRES. '151 côte de la queue ; mais, de plus, les flancs sont couverts de gros points noirs ëpars et irrégu- liers. Comme je n'ai pas vu sur ces exemplaires des traces de bandes noires que M. Gray a représentées sur son poisson , j'avais pensé qu'il fallait distinguer spécifiquement cette variété. Les études nouvelles que je viens de faire me font changer d'opinion à cet égard. La figure, publiée dans la Zoologie de M. Bélanger donne la forme exacte du corps ; mais on a eu tort de laisser indiquer des écailles sur le bord membraneux de l'oper- cule. J'avais nommé cette variété Notopterus maculatus. * La figure du Mjstus chitala, donnée par M. Gray% est excellente; elle n'a pas le corps couvert de gros points, mais des bandes in- terrompues descendent le long du dos pour s'évanouir au-dessus de la ligne latérale, et d'autres, plus longues et plus étroites, pren- nent naissance à cette ligne et s'évanouissent au bas des flancs. Buclianan a observé dans cette espèce quatre rayons aux ventrales. Le nom indien sous le- 1. Valenciennes , apud Bélanger, Vojage aux Indes : Poissons, pi. 6, %. 2. 2. Graj' , lllust. of Ind. zool. hy maj. gen. Hardwicke , vol. I. pi. 91, fig. 1. ] 52 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES. quel on lui a donne ce poisson est Chitol. Il dit qu'on le trouve dans tous les grands fleuves du Bengale et du Behar ; que sa taille est d'environ deux pieds, mais que souvent il en a vu des individus plus longs. Le ventre de ces gros notoptères est très -savoureux, mais leur dos contient trop d'arêtes. D'ailleurs, un fort préjugé existe contre son usage comme aliment, parce que les Indiens supposent que ce poisson recherche avec avidité les débris de corps humains. LIVRE VINGT-DEUXIEME. DE LA FAMILLE DES SALMONOÏDES. La famille dont je vais écrire l'histoire se compose d'un nombre assez considérable d'es- pèces de poissons aussi utiles que reclierchés, célèbres par la qualité de leur chair, par la richesse des produits économiques que l'abon- dance de ces espèces sur certaines côtes peut procurer à l'homme. Elle est pour le natura- liste un sujet d'étude non moins varié et non moins attrayant que celui de toutes les autres familles dont nous nous sommes déjà occupés. Ces différentes raisons ont appelé l'attention sur ses nombreuses espèces qui nous entou- rent 5 car les poissons de ce genre habitent la mer, nos grands fleuves, nos grands lacs, nos rivières et jusqu'à nos plus petits ruisseaux. Nous les voyons s'élever dans nos montagnes jusqu'à la région des neiges perpétuelles. Il faut signaler l'abondance de ces espèces dans tous les pays de l'Europe. Elle me paraît aussi grande dans les régions froides et tempérées de l'Amérique septentrionale, et dans toutes i 54 LIVRE XXII. les eaux douces de l'Asie boréale. Mais dans les vastes régions de l'Amérique méridionale la nature y a un peu modifié les formes de nos Salmonoïdes d'Europe. Leur absence presque complète, dans les eaux de l'Inde et de l'Afri- que, doit être remarquée par le physicien qui s'occupe de la distribution des espèces sur la surface de notre globe. Cest à peine si nous trouvons cette famille représentée dans le Nil, dans l'Inde^ on n'y trouve que ces espèces de Saurus, associés aux Saumons, à cause de leur nageoire adipeuse, mais qui me parais- sent s'en distinguer complètement par la struc- ture de leur mâchoire. Nos Truites européennes ont été décrites par la plupart des naturalistes qui ont traité avant nous de l'ichthyologie j mais ils se pla- çaient à un point de vue si élevé, ou plutôt les caractères assignés par ces savants étaient si peu précis, que la plus grande difficulté existait pour classer des poissons qui se res- semblent entre eux presque autant que le font nos Cyprins ou nos Clupées. Il faut toujours recourir aux premiers travaux d'Artedi pour connaître de la classification des poissons. Nous trouvons dans ce célèbre ichthyologiste les trois genres des Corrégones , des Osmères et des Saimo, qui auraient composé une fa- 1 SALMONOÏDES. 1 55 mille naturelle au moment de leur création , si les études de ce temps avaient dirigé l'at- tention des esprits vers l'établissement de ces groupes, les seuls qui conduisent à une dis- tribution philosophique des êtres. Ce qui me paraît remarquable, c'est que cet auteur ne fait aucune mention de la nageoire adi- peuse de ces trois genres. Il caractérise les Corrégones par le nombre des rayons de la membrane branchiostège, qu'il fait varier de sept à dix, par l'extrême petitesse des dents et par la position de la dorsale, un peu plus avancée que les ventrales. Ce genre comprend des espèces voisines les unes des autres; car les Ombres et les Lavarets de M. Cuvier dif- fèrent très-peu. Le genre des Osmères n'aurait que sept ou huit rayons branchiostèges , de fortes dents aux mâchoires, à la langue et au palais; la dorsale et la ventrale insérées au- dessus l'une de l'autre à une même distance de fextrémité du museau. Son genre est mal composé, car il y réunit l'Éperlan et le Sau- rus. Je viens de dire tout à l'heure que cette espèce est tellement différente des Éperlans, qu'elle me paraît devoir sortir de la famille des Salmonoïdes. Enfin, les Saumons sont caractérisés par une membrane branchiostège soutenue par 156 LIVRE XXIT. douze ou dix -neuf rayons, par des dents semblables à celles des Osmères, par une dor- sale insérée comme celle des Corrégones. Les deux premières espèces qu'il ait réunies n'ont que dix rayons branchiostèges. Outre ce dé- faut dans la constitution du genre, toutes nos Truites y sont associées. Il y avait toutefois dans ce travail d'Artedi les éléments d'une classification que Linné a un peu altérée, en n'établissant qu'un seul genre Salmo , divisé 1.*^ en Truites tachetées (Trutt^ corpore variegato)'^ 2° en Osmères qui auraient la dorsale opposée à l'anale; mais il est évident qu'il y a ici une faute de copiste, que Linné voulait, comme Artedi, parler des ventrales; cela n'empêche pas que cette faute ait été copiée et recopiée jusque dans la treizième édition du Systema natuj^œj 3.° en Corré- gones, troisième division, qui a les dents à peine visibles; et 4-'' enfin, en Characins, que l'on doit en partie à Gronovius, qui n'aurait eu que quatre rayons à la membrane bran- chiostège. M. de Lacépède n'a rien changé à ces divisions, seulement il a repris les noms de genre d'Artedi, en constituant la division des Characins comme un genre distinct, et en établissant un cinquième genre, celui des Serrasalmes, parce qu'il a tenu compte de la SALMONOÏDES. \ 57 dentelure de la carène de leur ventre, ana- logue à celle que l'on voit sur la partie infé- rieure des Clupëes. En empruntant cette es- pèce h Pallas, M. de Lacépède n'a pas senti les afHnités plus grandes qui réunissent ce genre aux espèces inscrites parmi ses Characins. Ceux-ci forment une réunion générique tout à fait artiticielle que M. Cuvier a heureuse- ment subdivisée dans un de ses plus beaux mémoires sur l'ichthyologie. Il l'a inséré dans le tome IV des publications du Muséum. Ce mémoire, celui qu'il avait fait quelque temps auparavant sur l'Argentine, ont préludé à la distribution des nombreuses espèces déjà indi- quées dans Linné ou dans Lacépède, et dont il a formé la famille des Salmonoïdes. Cet illus- tre savant l'a composée d'abord des premiers genres d'Artedi en acceptant ses Salmo, ses Corrégones, et en corrigeant le genre des Os- mères, puisqu'il en retirait les Saurus; mais de plus, il y replace les Argentines, dontBrunnich avait très-bien vu l'adipeuse, quoique Linné ne l'ait pas rangée parmi les Salmo. Puis vien- nent dans cette première édition les Chara- cins, qui auraient dû peut-être faire une seconde famille distincte, facile à caractériser par l'absence des dents linguales. Ces Chara- cins comprennent les genres des Curimates et 1 58 LIVRE XXII. des Anostomes , créés par M. Cuvier ; des Serrasalmes, mieux caractërise's par leurs dents tranchantes que ne le faisait M. de Lacëpède, et dont il a eu soin de retirer des espèces qui y avaient été mal à propos associées; des Piabuques, des Tétragonoptères, des Mylètes, des Hydrocyns , des Citharines. Enfin vien- nent les Saurus, les Scopèles, les Aulopes, les Serpes et les Sternoptyx. Cette classification n'a subi que très-peu de modifications dans la seconde édition du Règne animal. Toutefois on peut voir que mon illustre maître distingue un peu plus ^ nettement la famille des Characins , de ce quil appelle le genre Salmo de Linné. L'étude que j'ai faite de ces nombreuses espèces me fait croire que les divisions de- viendront plus nettes et plus claires, si l'on subdivise la famille des Salmonoïdes en plu- sieurs autres. Je n'établirai pas leur caractère essentiel sur la présence seule de l'adipeuse, méthode qui nous conduirait à une classifi- cation artificielle; mais en tenant compte des différents caractères qu'Artedi ou M. Cuvier avaient déjà indiqués, j'y ajouterai ceux qu'il faut tirer de la forme et de la constitution des mâchoires. Je vois, en effet, une famille naturelle dans tous les poissons qui ont l'ar- SALMONOÏDES. i 59 cade de la mâchoire supérieure formée par les maxillaires et les intermaxillaires, de nom- breux rayons à la membrane brancliiostège , quelle que soit d'ailleurs la variation des dents. Tous ces poissons ont une grande vessie natatoire simple, sans étranglement. Ils réu- nissent donc la plupart des caractères de nos Clupées sans aucune dentelure à leur ventre épais et arrondi. Les dents sont souvent nulles ou très -petites^ leur gueule en est souvent hérissée sur tous les os; elles sont coniques et sur un seul rang, et quand ils en ont aux mâchoires et aux palatins, il y en a aussi sur la langue. Les Characins feront une seconde famille caractérisée par un petit nombre de rayons à la membrane branchiostège; par une bouche très-petite, garnie de dents très-va- riées, presque toujours sur plusieurs rangs et cependant nulles sur la langue. Leur vessie natatoire est divisée comme celle des Cy- prins, en deux lobes; leur arcade dentaire est formée par les mêmes os que les Salmones. Enfin, je ferai une troisième famille des genres Saurus et de ceux que M. Cuvier y a associés et qui ont la bouche bordée par l'intermaxil- laire , mais chez lesquels le maxillaire ne con- court pas à la formation de Farcade supé- rieure de la bouche. Ces familles ne corres- i \ 60 LIVRE XXII. pondent pas, comme on le voit, à celles que le prince Charles Bonaparte a indiquées dans son Prodrome d'ichthyologie. La seconde correspond davantage à celle que MM. Mïdler et Troschel ont présentée dans leur tableau des genres des Cliaracins, en en retirant les Érythrins et les Macrodons, ainsi que je l'ai déjà fait dans un de mes précédents volumes. Occupons-nous maintenant du premier de ces groupes. J'ai dit tout à l'heure comment M. Cuvier a composé son grand genre des Saumons. Aux Argentines, aux Corrégones, il a ajouté les Loddes, ce poisson si célèbre pour la pèche de la morue, sous le nom de Capelan. J'ai démontré qu'il faut y joindre les Salanx, qui, dans le Règne animal, avaient été placés dans la famille des Lucioïdes. Après avoir retiré les espèces qui composent ces différents genres, il restait les espèces les plus communes, les plus grandes, désignées dans le monde sous le nom de Saumons et de Truites. La distinction entre toutes ces es- pèces était extrêmement difficile. En m'ap- ])liquant à l'étude de leurs caractères pour rechercher ceux qui doivent les distinguer, je crois avoir été aussi heureux dans la re- cherche des caractères de ces espèces que je l'ai été pour les Clupées. En effet, Wil- SALMONOÏDES. 4 6'1 îugliby et Artedi avaient bien déjà observe que le Saumon ou le Huch ont le milieu du palais lisse, mais cette observation avait aussi peu frappé les naturalistes, et était restée tout aussi inaperçue que celle d'Artedi l'avait été pour la langue et le palais dentelé des harengs. Mon savant ami, le docteur J. Richardson, a publié, en i836, son bel ouvrage de la Faune de l'Amérique septentrionale. L'ichthyologie y a été traitée avec le plus grand soin , et ce savant zoologiste a rendu à cette branche de la zoologie mi très -grand service par les descriptions pleines d'exactitude qui nous font connaître un grand nombre d'espèces nouvelles. Dans son travail sur la famille des Saumons, il a parfaitement saisi l'importance des caractères que l'on doit tirer de la den- tition du vomer. Il a nettement distingué les Truites, qui ont deux rangées de dents, de celles qui n'en ont qu'une seule au vomer, et il a également remarqué avec beaucoup de sagacité que le Saumon a le milieu du palais lisse. Mais il a suivi trop fidèlement la classi- fication du Règne animal qui lui servait de guide. N'ayant pas osé donner à ces caractères de dentition une valeur générique, il a décrit dans ce genre Sahno les espèces à palais lisse, mêlées avec celles qui ont une ou deux ran- 21. Il 162 LIVRE XXII. gées de dents; en un mot, il na donné au caractère de la dentition qu'une valeur spé- cifique. Je suis cependant heureux d'avoir trouvé dans son ouvrage l'indication de tous ces caractères, car elle vient confirmer com- plètement les observations que je faisais de . mon côté, en m'efforçant d'exposer avec quel- que clarté une distribution de ces nombreux Salmonoïdes. J'avais déjà acquis la certitude de la netteté de ces divisions, lorsqu'en vou- lant compléter la synonymie de ces espèces, j'ai consulté l'ouvrage que je cite, et j'ai eu le plaisir d'y trouver l'exposition de la dentition vomérienne de nos différentes espèces. La variation des dents sur le vomer avait aussi frappé M. Nilsson, car il dit que cet os porte des dents, tantôt dans toute sa lon- gueur, tantôt sur sa partie antérieure seule- ment, ce qui le conduit à faire deux divi- sions du genre. L'une, sous le nom de Truttœ, a des dents en série flexueuse sur toute la longueur du vomer; et la seconde, ses Sal- K^elini) a la partie antérieure du vomer seu- lement dentée, mais je ne crois pas qu'il ait appliqué ces principes justes avec une sévère exactitude, car il commence la liste de la pre- mière division par le S. salar^ qui a certaine- ment le corps du vomer tout à fait lisse. SALMONOÏDES. 1 63 En faisant attention à ce caractère, on peut en déduire celui de deux autres groupes dont l'un aura pour chef de file la petite Truite de nos rivières, l'autre celle des grands lacs ou la Truite argentée, et ces deux groupes qui pourront constituer de véritables genres sont eux-mêmes distincts d'un troisième qui aura pour type le Saumon. Je ferai donc les trois genres suivants : i.° celui des Saumons [Sal- mo) , dont le corps du vomer n'est hérissé d'aucune dent, cet os n'en porte que sur son chevron ; de sorte que fintervalle entre les deux palatins est lisse et recouvert par une muqueuse épaisse. 2." Je distingue un second genre sous le nom de Forelles {Fario), carac- térisé par une simple rangée de dents sur le corps du vomer et au-delà de celles du che- vron. 3.° Le genre des Truites (Salar)^ armé sur le vomer d'une double rangée de dents. J'emploie ces dénominations dans le sens où je les trouve dans Ausone , quoique Linné les ait appliquées, comme il ne lui est arrivé que trop souvent, d'une façon tout arbitraire à des espèces différentes. Ces trois divisions vont rendre facile la distinction d'espèces qui avaient été jusqu'à présent difficiles à caractériser, parce qu'elles avaient été placées dans un genre beaucoup 164 LIVRE XXII. trop grand et par conséquent mal limité. Je ferai observer que je ne parle ici que des poissons adultes, car des expériences in- téressantes de M. M. John Shaw tendraient à démontrer que le très-jeune Saumon a deux rangs de dents vomériennes. Je ne suis pas certain cependant qu'il ait bien déterminé l'espèce qui a servi à ses curieuses expériences. Mais ces variations de dentition n'étonneraient pas les zoologistes. Les caractères des genres et des familles ne doivent être assis que sur des observations faites d'après des individus adultes. Il y a peu de recherches à faire pour éta- blir la synonymie ancienne du Saumon, car les Grecs ne nous ont laissé, dans leurs écrits, aucun passage qui se rapporte aux espèces de ce genre. Quant aux auteurs latins, Pline' emploie une seule fois la dénomination de Salmo. Dans ce passage où il parle de la pré- férence que Ton donne à certains poissons, il dit que dans l'Aquitaine le Salmo fliwiatilis est préféré à tous les poissons de mer. Mais Ausone, dans son poème sur la Moselle, de- vient plus précis, car il désigne trois espèces 1. Plin. , Ilist. nat., liv. IX,. ch. 18, p. 512, éd. d'Hardouin ad us. Delphini. Paris, 1723. SALMONOÏDES. 1 65 de Salmones par des ëpithètes qui en rendent l'application assez facile. Comment douter du poisson dont il parle sous le nom de Salar, lorsqu'il dit ^ : Purpureisque Salar stellatus tergora guttis. Il est impossible de designer plus claire- ment les petites Truites tachetées de rouge de nos rivières. Il entend certainement nom- mer le Saumon dans ce vers ^ : Nec te puniceo rutilantem viscère Salmo Transierim. Et plus loin il appelle du nom de Fario ce que nous appelons, encore de nos jours, la Truite saumonée, puisqu'il lui applique les épithètes suivantes ^ : Tenue inter species geminas^ neutrumque^ et utrumque^ Qui necdum salmo , nec jam salar ^ amhiguusque j4mborum medio Fario intercepte suh œi^o ? Le mot de Trutta, qui a été employé aussi par Linné, est de la basse latinité, et il me paraît inutile d'en chercher ici l'origine. 1. Aus., Mos,, V. 88. 2. Ibid.,y. 97. 3. Ibid. , V. 128. 466 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. CHAPITRE PREMIER. Du genre Saumon {Salmo, nob.) Les observations que je viens de présenter sur la dentition des différentes espèces de salmonoïdes, nous ont donc conduit à diviser en plusieurs groupes le genre des Saumons que les observations de M. Cuvier avaient déjà considérablement réduit. Je réserve donc comme genre des Saumons proprement dits les espèces qui ont quelques dents à l'extré- mité du vomer, mais dont le corps de l'os est lisse. Ce sont d'ailleurs des poissons qui ont le corps en fuseau, une tête assez grosse, une gueule bien armée, souvent assez fendue; armés de fortes dents sur la plupart des os qui concourent à la constitution de la gueule. Les deux intermaxillaires sont courts et plutôt couchés sur les côtés du museau qu'à son extrémité transversale. Les maxillaires sont articulés à leur suite ; ils ne sont composés que d'un seul os. La mâclioire inférieure est forte et terminée le plus souvent par un petit tubercule prenant dans certaines espèces un développement considérable. De fortes dents coniques et sur un seul rang sont implantées sur ces os. Outre le petit groupe de dents sur CHAP. I. SAUMONS. i 67 le chevron du vomer, il y en a aussi une seule rangée sur les palatins, sur les ptërygoïdiens et sur la langue : il y en a deux rangs. Les nageoires, comme dans tous les salmonoïdes, se composent d'une première dorsale, suivie à une distance assez grande d'une adipeuse plus ou moins épaisse. La caudale est large et coupée carrément ou très-peu échancrée. Ces poissons ont le corps couvert de petites écailles minces et comme perdues dans l'épaisseur de la peau ou du cuir lardacé de l'animal. Les saumons ont un canal intestinal très -court. On ne peut distinguer l'œsophage de l'estomac proprement dit. A la suite de sa première courbure , la branche montante à parois mus- culeuses, assez épaisses, est entourée de nom- breux et de longs cœcums. Le foie épais , mais peu long, occupe la partie antérieure de l'hy- pocondre droit. La vésicule du fiel, attachée aux viscères par un canal hépatocystique très- com^t, repose sur la courbure du duodénum. Le canal cholédoque est gros et court. L'in- testin est étroit et descend à l'anus sans faire aucune circonvolution. La rate est très-grande, située vers l'arrière de l'abdomen au delà de l'estomac. Les laitances occupent la partie antérieure de la cavité; elles communiquent avec le canal qui porte au dehors la sécrétion 168 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. prolifique de ces organes par de très -longs canaux déférents; il est facile de suivie leur marche par une simple insufflation. Les ovaires sont composés de petits feuillets portant les germes ou les granules qui, en se développant, deviennent les œufs. Ces feuillets flottent libre- ment dans la cavité abdominale, de sorte que les œufs détachés de l'ovaire tombent dans cette cavité avant d'être pondus. On sait que cette singulière disposition existe dans plu- sieurs autres familles. Dans toutes les espèces que j'ai disséquées, j'ai constamment trouvé une vessie natatoire très -grande, simple, à parois minces et comme fibreuses, et ouverte à la partie antérieure du pharynx par une communication presque directe et sans con- duit pneumatique. Tels sont les principaux traits de l'organi- sation des saumons, et h l'exception de ce qui tient à la dentition vomérienne, ils sont aussi communs aux différentes espèces des deux genres suivants. Je vais exposer dans ce chapitre et dans une suite de descriptions détaillées les carac- tères des diverses espèces qui ont le corps du vomer lisse et sans dents. Je tâcherai d'y rapporter les synonymes les plus probables que chaque espèce devra recevoir. Mais on CGAP. 1. SAUMONS. 169 conçoit quace travail laissera quelquefois une incertitude regrettable. Plusieurs de nos espèces d'Europe, confon- dues arbitrairement sous le nom de Saumons ou de Truites, viennent se placer dans ce genre : ce sont le Saumon ordinaire, le Bëcard ou Salmo hamatus de Cuvier, le Huch ou Salmo huchoy l'Ombre chevalier ou Salmo umhla, le Salmo sahelinus et quelques au- tres espèces moins connues. Enfin, le Cabinet du Roi en possède un autre des eaux douces de l'Amérique septentrionale. Ce genre Sau- mon est donc tout autrement constitué que celui du Règne animal. Je n'ai pas cru cepen- dant devoir employer une autre dénomina- tion, afin de ne pas délaisser des noms passés en quelque sorte dans notre langage ordi- naire, quoiqu'il soit bien entendu que je vais l'employer désormais dans une acception toute différente de celle que lui a donnée M. Cuvier, et par conséquent plus éloignée encore de celle de Linné. Le Saumon commun. {Salmo-Salmo y nob. ) Je commence ces descriptions par celle du Saumon ordinaire, à cause de la grande im- 1 70 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. portance de ses produits. C'est l'espèce parfai- tement caractérisée qui vient en abondance pendant toute l'année approvisionner les grands marchés de Paris. Voici la description détaillée que j'en ai faite après avoir comparés entre eux un grand nombre d'individus qui ne m'ont offert aucune différence notable , par conséquent aucune variété zoologique à signaler. Le Saumon a le corps en fuseau allongé : c'est le profil du ventre qui est assez courbe, la ligne du profil du dos étant presque droite. Sa plus grande hauteur, au-dessous de la première dorsale, est un peu moins de six fois dans la longueur totale, et son épaisseur, au même endroit, est à peu près dix fois et demi dans cette même longueur totale. La longueur de la tête est égale à la hauteur du corps, prise au-dessous de la dorsale; elle est en- tièrement nue , recouverte d'une peau lisse, sans écailles. Le museau est pointu; le dessus du crâne arrondi, lisse et recouvert par la peau, qui est nue, sans écailles. La distance du centre de l'œil au bout du museau fait les deux cinquièmes de la longueur de la tête , et la hauteur verticale du centre de l'œil au sommet du crâne fait un peu du septième de la longueur de la tête. Il est rond, et son diamètre égale le neuvième de la longueur de la téte.> Le maxillaire, dont la longueur égale le cinquième de la longueur ^e la tête, est armé de quatre dents, dont la première est la plus courte, et les autres CHAP. I. SAUMONS. \7 \ vont en augmentant. L'intermaxillaire égale en lon- gueur la distance du bout du museau au bord an- térieur de l'oeil. Il se réunit antérieurement un peu en avant de la pointe postérieure du maxillaire. Le premier quart de son bord supérieur est caché sous la peau de la tête. Son second quart se retire quand la bouche est fermée sous la première pièce du sous-orbitaire; l'autre moitié est libre et se termine par une pointe très -mousse. Il porte huit à neuf dents, qui diminuent vers la commissure; les pre- mières sont aussi grandes que les dernières du maxillaire. Le sous-orbitaire est composé de quatre pièces : les deux premières sont égales entre elles, étroites et un peu plus courtes que le maxillaire. La troi- sième trapézoide est située au-dessous et en arrière de l'œil; elle est du double plus grande que l'une des précédentes; la quatrième, plus large et plus longue que la première, mais plus petite que la troisième , est située en arrière et au-dessus de l'œil. Ces quatre pièces, recouvertes par la peau, sont difficiles à observer. Huit à neuf pores suivent la courbure des pièces du sous-orbitaire. Le préopercule est médiocre, à bord lisse, ayant une légère écliancrure un peu au - dessus de son angle inférieur, qui est très -arrondi. L'opercule, l'interopercule et le subopercule sont tellement réunis entre eux qu'on peut à peine les distinguer. Ils forment à eux trois une pièce à bord postérieur, lisse et arrondi, dont la plus grande largeur fait à peu près le quart de la tête. 72 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Les branches de la mâchoire inférieure sont plus grandes d'un douzième que la moitié de la longueur de la tête. A la partie supérieure de leur symphyse il y a un tubercule charnu, relevé en forme de petit crochet; elles ont chacune quinze à seize dents, qui diminuent de grandeur et de force en allant vers la commissure. On compte cinq pores sous chacune d'elles, et en dessous elles sont écartées l'une de l'autre. La langue est très -libre, arrondie à son extré- mité, charnue, et porte trois à quatre dents de chaque côté, aussi fortes que celles de la mâchoire supérieure. Il y en a deux ou trois à l'extrémité an- térieure du vomer ou sur le chevron de cet os; mais il n'y en a aucune sur le corps de l'os. On en compte seize à dix-sept sur chaque palatin ; elles sont plus petites que celle que l'on voit sur la partie antérieure de l'intermaxillaire. L'os mastoïdien est long, étroit, recouvert par la peau comme le crâne; il suit, dans sa courbure, le bord de l'opercule. L'os de l'épaule, un peu plus haut que lui, est plus large. Son bord postérieur donne, le long de la pec- torale, un angle aigu, en forme de pointe mousse, qui sert à former le haut de l'aisselle de cette na- geoire. Les deux ouvertures des narines sont l'une auprès de l'autre. L'épaisseur d'une seule membrane les sépare. La distance du bt)ut du museau, à bord postérieur de la seconde, fait le quart de la lon- gueur de la tête; celle-ci est du double plus large que l'antérieure, qui est linéaire, et qui ne s'aper- çoit pas au premier coup d'œll. CHAP. I. SAUMONS. 175 L'ouverture des ouïes est très-grande. Leur mem- brane est soutenue par onze rayons plats, imbri- qués les uns sur les autres. Ils croissent en longueur et en largeur depuis le premier jusqu'au dernier. La partie antérieure de la première dorsale est aux deux cinquièmes de la longueur totale. Sa lon- gueur est égale au neuvième de la longueur totale, et sa hauteur en fait à peu près le douzième; elle est trapézoïdale. On y compte treize rayons mous, dont le troisième atteint seulement l'extrémité de sa hauteur. Les trois premiers sont simples ; les dix autres sont branchus; ils vont tous en diminuant de hauteur, dont le dernier est les deux cinquièmes du troisième et quatrième. La seconde dorsale ou l'adipeuse est placée un peu en arrière des quatre cinquièmes du corps ; elle est deux fois plus haute que large. L'anus s'ouvre aux deux tiers du corps. Tout près de lui com- mence l'anale , qui se termine sous le milieu de l'adipeuse. On lui compte onze rayons mous, dont les deux premiers sont simples et tous les autres branchus. Le troisième est le plus long, et il est triple du dernier. La longueur de la queue, depuis l'adipeuse en dessus, et depuis l'anale en dessous jusqu'à la racine de la caudale, est à peu près le sixième de la longueur totale. Elle entame cette caudale par trois lignes à peu près égales entre elles, dont l'une, à l'extrémité, est perpendiculaire à l'axe du corps, et les deux autres font avec celle-ci deux angles obtus, égaux entre eux. La caudale est coupée en croissant ; elle compte vingt rayons , 174 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. dont les deux externes, en dessus et en dessous, sont simples. Il y en a, en avant d'eux, six en dessus et cinq en dessous. La pectorale est petite, étroite, allongée; sa lon- gueur est le dixième de la longueur totale, et sa hauteur n'est que le tiers de sa longueur. On y compte quatorze rayons, dont le premier est simple , et les autres branchus. Son aisselle est lisse, sans écailles, excepté au milieu, où il y a une saillante ovale et molle; elle prend naissance dans l'échan- crure inférieure de l'os de l'épaule, un peu en avant du premier sixième de la longueur totale. Les ventrales, situées un peu en avant de la pre- mière moitié de la longueur totale, et sous le milieu de la dorsale, sont presque triangulaires; elles ont dix rayons mous, dont le premier est simple. Une épine molle, égale au tiers de leur longueur, se voit attachée à leur angle externe et antérieur. Leurs écailles sont petites. On en compte plus de cent trente dans la longueur, et plus de quarante dans la hauteur; elles sont presque rondes et striées par des lignes concentriques. La ligne latérale est un peu au-dessus du milieu de la hauteur du corps; elle est droite et marquée par un petit trait relevé sur chaque écaille. La couleur est bleu d'ardoise sur le dos; elle s'éteint sur les flancs, qui sont légèrement argentés, et en dessous il est d'un blanc argenté tout nacré. Jje dessus de la tête est plus bleu que le dos; les inlermaxillaires et les joues sont argentés, et le dessous de la gorge est d'un blanc mat. De gros CHAP. I. SAUMONS. ] 75 points noirs épars sont sur le dessus de la tête, au- tour du bord supérieur de l'œil et sur l'opercule; mais il n'y a pas sur le préopercule. Tout le dos et les flancs sont marqués par des ocelles, dont les bords inégaux en font, en quelque sorte, autant d'étoiles noires. Il y en a à peu près cinq rangs au-dessus de la ligne latérale, entre la tête et la dorsale ; près de celle-ci il n'y en a plus que trois rangs au-dessus de la ligne latérale, et aucune tache au-dessous d'elle, et vers l'adipeuse jusqu'à la queue, seulement deux rangs au-dessus de la ligne latérale. La dorsale est grise, un peu teintée de noirâtre vers son bord supérieur, et ayant entre la base de chaque rayon une série de petites taches noirâtres. La pectorale est noirâtre à sa partie supérieure et en dessous à sa pointe. Cette teinte s'éteint par degrés, de manière qu'elle est blanche sur sa moitié antérieure et inférieure. Les ventrales sont noirâtres, plus pâles que les pectorales sur leur première moitié externe et supérieure; le reste et le dessous est tout blanc, avec une teinte couleur de chair à leur base inférieure. L'anale est grise à son bord libre. La caudale est d'un gris foncé presque noir; elle n'a aucunes taches. Après cette description des parties exté- rieures, nous allons parler de la splanchnologie. A l'ouverture de l'abdomen on voit le lobe gauche du foie occupant près de la moitié de la longueur de la cavité. Il est oblong, sans divisions, et d'une couleur rouge très-foncée. Le lobe droit n'est qu'une 476 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. petite partie transversale de ce viscère, attachée sous le diaphragme. La vésicule du fiel est énorme, et remplit tout l'espace compris entre cette traverse et le premier pli de l'intestin. Depuis la vésicule jus- qu'au quart postérieur de l'abdomen on n'aperçoit que les appendices cœcales, adhérant à la première partie du duodénum. J'en compte soixante, unies parallèlement les unes aux autres et dans une direc- tion un peu oblique, par une cellulosité graisseuse très-riche en vaisseaux sanguins. Leur grandeur est fort inégale; les plus longues sont en général les plus voisines du pylore. L'œsophage se prolonge sans se dilater, et en ligne droite au-dessus du foie jusque vers le tiers postérieur de la cavité abdomi- nale. A cet endroit, l'œsophage et l'estomac, car on ne peut les distinguer, se recourbent pour se diriger en avant et constituer la branche montante; celle-ci, arrivée à peu près au tiers de la longueur mesurée plus haut, éprouve un étranglement qui marque le pylore, et aussitôt commencent les ap- pendices. Le rang le plus voisin du pylore s'attache en cercle autour de l'intestin; mais les rangs sui- vants n'adhèrent qu'à la face inférieure du canal. L'autre face est nue et a des parois aussi épaisses que celles de l'estomac. Au delà des cœcums l'in- testin se recourbe et se rend directement à l'anus. Dans ce trajet, ses parois s'amincissent; son diamètre se rétrécit pendant un certain espace ; puis il augmente un peu au delà de la petite valvule, analogue à celle de Bauhin , pour former le rectum et pour marquer ainsi les gros intestins. CHAP. I. SAUMONS. 1 ^7 La rate est de grandeur médiocre, suspendue der- rière la courbure de reslomac. La vessie aérienne est longue, simple j elle occupe toute la longueur de la cavité abdominale. Les ovaires , situés en avant, sont dans la moitié antérieure de l'abdomen. Leur couleur est d'un bel orangé. Les reins occu- pent toute la longueur de la cavité abdominale. La longueur la plus ordinaire des saumons, qui viennent sur nos marchés, est de deux pieds et demi à trois pieds. Il nous arrive cependant d'en voir de plus grands. Ceux de cinq pieds sont très-rares. Le mâle de cette espèce se reconnaît exté- rieurement par le tubercule de la symphyse de la mâchoire inférieure. Mais je n'ai jamais vu ce tubercule se relever et devenir cette espèce de crochet, si saillant, qui caractérise l'espèce que nous avons appelée Salnio lia- matus. J'ai observé plusieurs centaines de saumons dans le but de vérifier ce caractère , de m'assurer de sa constance, et je n'ai jamais vu la plus légère variation dans ces nombreux individus qui, je ne crains pas de le répéter, abondent sur nos marchés, et nous sont par conséquent si connus. Ces saumons nous vien- nent de Dieppe, de Fécamp, d'Abbeville, et en général des pêcheries établies sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord. C'est 21. 12 1 78 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. l'espèce que j'ai retrouvée en abondance sur les marchés de la Belgique, de la Hollande, d'Angleterre et de Berlin. C'est donc là l'es- pèce de l'Océan septentrional. Je me crois en mesure d'établir que le sau- mon prend aussi des taches rouges et qu'il change de couleur en même temps que le bon goût de sa chair vient à s'altérer lors- qu'après être remonté dans les rivières il est en état de frayer. J'ai pris dans l'Autie, petite rivière de Picardie qui se jette dans la baie de la Somme auprès du Crotoi, un individu de l'espèce du saumon pendant que j'exami- nais avec mon ami, M. Bâillon, les espèces de ces côtes. Les pêcheurs nous ont donné ce poisson sous le nom de Truite guilloise. Cette femelle avait le dos et les flancs cou- verts de grandes taches rouges irréguhères ; on en voyait aussi sur les joues et sur la cau- dale. La dorsale, grise, avait quelques taches noirâtres. L'adipeuse noire n'avait aucune tache rouge. Les autres nageoires étaient blan- ches et sans taches. Cette femelle avait le ventre gros et saillant, rempli d'œufs prêts à être pondus. La tête et le dos se couvrent de tubercules que les pêcheurs désignent sous le nom de galle^, et qui disparaissent après la ponte. J'ai conservé cet individu pour les CHAP. I. SAUMONS. 179 collections du Cabinet du Roi ; il a trente pouces de long. Aujourd'hui qu'il est dessé- ché et que par l'effet de la préparation les taches rouges ont disparu, il est impossible de distinguer ce poisson de nos autres saumons. Cette similitude confirme la détermination spécifique que l'on peut en faire par l'appli- cation du caractère tiré de l'absence de dents sur le corps du vomer. D'ailleurs ces couleurs sont passagères, car les pêcheurs nous ont affirmé que le poisson, après avoir trayé, re- tourne à la mer; qu'il perd ses taches rouges après un court séjour dans l'eau salée, et qu'il reprend sa couleur argentée. Sa chair rede- vient aussi plus ferme et de meilleur goût. Le frai rend quelquefois le saumon si ma- lade, que l'on rencontre des individus cou- verts de taches rouges, et flottant à la surface de l'eau sans faire aucun mouvement. On peut les prendre alors facilement à la main. J'en ai rencontré plusieurs dans cet état sur la Somme. Les pêcheurs m'ont également affirmé que les saumons remontent de toute la côte dans les eaux douces qui s'y versent, depuis la fin de mai ou le commencement de juin jusqu'à la fin de septembre. On ne prend jamais pendant ces mois aucun Bécard; ceux-ci n'en- i 80 LIVRE XXII. SALMONOÏUES. tient généralement dans les rivières que de- puis octobre jusqu'à la fin de février. Quoique bien commun sur nos côtes et dans toute la mer du Nord, et qu'on puisse, sans aucun doute, dire que je parle bien ici de ce qu'on peut nommer Salmo salar au- torwn , il n'en est pas moins très- difficile d'éta- blir avec certitude la synonymie de cette espèce, parce que celles qui l'avoisinent ont été confondues avec elle. Il est constant que Bélon n'a pas représenté notre Saumon, et je crois même qu'il n'a décrit que l'espèce suivante. Rondelet* a consacré le chapitre II de ses poissons fluviatiles aux saumons, dis- tinguant le poisson désigné sous ce nom des grandes Truites dont il a traité dans le livre De piscibus lacustrihus ; mais la figure placée en tête de ce chapitre est tellement grossière, que l'on ne peut véritablement y reconnaître notre espèce avec quelque certitude. Il croit que le Bécard, dont la mâchoire inférieure porte cette espèce de crochet remarquable, est la femelle des saumons à mâchoire sans tubercule. Il observe, avec raison, que le saumon vient de l'Océan, et que ceux-là se trompent qui pensent que fou prend des 1. \\.onA9\c\, De pisc. flui. , p. 167. ch. 2. CHAP. I. SAUMONS. 481 saumons dans le Rhône. Ce sont là les seules observations que l'on pourrait appliquer avec quelque justesse au poisson dont nous écri- vons l'histoire. La figure que Salviani * a don- née du saumon est encore plus difficile à re- connaître, et cependant c'est elle qui a été copiée dans l'Encyclopédie, pi. 54, fig 3, pour donner une idée de ce poisson. Gessner^ a laissé une figure originale du saumon, mais également si grossière, qu'il est inutile d'en parler longuement. Celle du folio 825 repré- sente le Bécard. Si nous arrivons maintenant à Willughby^, nous trouvons des observations curieuses et importantes sur les saumons; mais cependant il est facile de voir qu'il n'avait pas une idée nette de l'espèce dont il parlait; car, entre autres il lui donne une queue fourchue. En rappelant les assertions de Rondelet ou de Bélon sur le crochet de la mâchoire infé- rieure, attribuée uniquement à la femelle, il rapporte, d'après des lettres manuscrites du docteur Johnson, que le mâle seul du sau- mon a la mâchoire assez relevée pour percer l'extrémité du museau, et il ajoute, d'après 1. Salv. , Aquat. hist., p. 100. 2. Gesn., De aquat., p. 824. 3. Will., p. 189, liv. 4, S. 10. 182 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. d'autres observations, que cette courbure de la mâchoire n'arrive qu'au mâle épuise par le frai ; mais il observe de suite que ces auteurs se trompent, cette conformation étant, sui- vant lui, aussi commune chez les saumons sains que sur ceux qui sont malades ; d'ail- leurs il ne reconnaît déjà aucun usage à cette singulière disposition de la mâchoire. Comme cet auteur a copié la figure de Salviani, on voit qu'il est assez difficile de fixer les carac- tères de l'espèce dont il a voulu parler. Je crois que tous ces naturalistes ont donné à Artedi l'idée, que le saumon ordi- naire avait souvent le museau proéminent sur la mâchoire inférieure , de sorte que je n'ose appliquer à aucune des deux espèces celle qui commence le genre d'Artedi, ou ce qui est la même chose , le Salmo salar de Linné. D'ailleurs, en se reportant au Fauna suecica, on voit que celui-ci confondait bien certai- nement nos deux premiers saumons sous une seule et même dénomination. Comme Bloch a fait la même chose, et que la figure 20 de sa grande Ichthyologie laisse beaucoup trop à désirer, je crois justifier par là la dénomination nouvelle que j'appUque à notre espèce du Saumon , au lieu d'employer celle de Salmo salar. CHAP. I. SAUMONS. 183 Si de ces auteurs généraux nous passons à ceux qui ont écrit des faunes particulières, nous trouverons aussi nos espèces confondues. Il faut rapporter à notre Saumon la figure donnée par Duhamel ' , ainsi que la descrip- tion publiée dans le grand Traité des pêches. Il l'appelle , dans sa description , le franc Saumon y afin de le distinguer du Bécard , sur lequel, comme nous le verrons plus loin, il n'a pas une opinion suffisamment établie. Comme le saumon remonte dans toutes les rivières, il n'est pas étonnant de voir ce pois- son cité dans la Faune du Maine-et-Loire par M. Millet^, qui, cependant n'a pas distingué le bécard du vrai saumon, et dans celle de l'iiuvergne par M. Delarbre.^ Les auteurs suisses qui ont écrit sur les pois- sons des eaux en communication avec le Rhin, citent le saumon dans leurs travaux ichthyolo- giques; mais il ne paraît pas dans le travail de M. Jurine sur les poissons du Léman, et nous ne le voyons pas cité par les autres auteurs riverains de la Méditerranée. Ainsi, nous le trouvons dans le Mémoire de Nenning, sur les poissons du lac de Constance et dans l'Ich- 1. Duh., Traité des pèches, 2/ partie, pi. 1, fig. 1. 2. Millet, Faune de Maine-et-Loire, t. II, p. 103. 3. Delarbre, Essai zool. sur l'Auvergne, p. 272. 1 84 LIVRE) XXII. SALMONOÏDES. thyologle helvétique de Hartmann. Je crois aussi devoir rapporter à notre saumon la pi. II de l'Histoire des Salmones de M. Agassiz, qu'il a donnée sous le nom de Saumon du Rhin, femelle. Le poisson devait être encore jeune, je le juge par les taches assez nombreuses qui existent autour de la ligne latérale; les adultes en ont beaucoup moins sur le dos et sur la tête, et ils n'en ont plus qu'une ou deux sur le blanc de la région pectorale. Le corps du poisson me paraît aussi trop allongé, les pec- torales trop noires. Je suis sûr que le célèbre ichthyologiste à qui je me vois forcé d'adresser cette légère observation reproduira, dans son Histoire des poissons de l'Europe centrale, de nouvelles planches de cette espèce, quand il aura saisi les caractères de la dentition. Ce poisson reparaît dans toutes les Faunes de l'Allemagne et de l'Angleterre; ainsi Scho- nevelde ' , dans ses Poissons des duchés de Schleswig et de Holstein ; Wulf% dans les Poissons de la Prusse; Siemssen^, dans son His- toire des poissons du Mecklenbourg, citent le Saumon. Celui-ci a cru que le mâle avait la mâchoire inférieure redressée, tandis que 1. Schon. , De salmone , p. 64. 2. Wulf, Ichthyol, p. 34, n." 42. 3. Slernssen.. Fiscke Meck/. , p. 51. CHAP. I. SAUMONS. 185 dans les femelles, outre l'absence de ce cro- chet, il a remarque que le palais ne porte qu'une seule paire de dents, ce qui me sem- blerait faire croire que cet auteur avait déjà fait attention à la dentition vomërienne de ce poisson ; mais la direction qu'il tenait de Bloch, Fa empêche de faire des observations plus complètes sur la nature. Si nous remon- tons vers le Nord, nous trouvons le saumon dans Millier'. Nous avons déjà aussi cité le Fauna suecica; nous retrouvons de même le saumon dans le Fauna ^roenlandica^ \ mais Fabricius^ le donne comme un des poissons les plus rares du Groenland : il dit qu'il ne l'a jamais vu , mais qu'on lui a rapporté qu'il paraissait auprès de Gotthaab et dans quel- ques autres golfes des parties méridionales du Groenland. Il cite des voyageurs autour du cercle arctique , comme Eggede , Anderson. M. Reinhardt inscrit le saumon dans son Ich- thyologie du Groenland ; mais j'ai lieu de croire qu'il repose sa citation sur les obser- vations de son prédécesseur, Fabricius. M. Nilsson ^ compte aussi le saumon dans son 1. Mûller, Prod. faun. dan., p. 48, n." 405. 2. Fauna groenl, p, HO, n.° 123. 3. Fab., Faun. groenl , p. HO, n.° 123. 4. Nilss. , Prodr. Ichtk. Scand. , p. 2. 186 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Ichthyologie Scandinave, en le confondant avec l'espèce suivante. Les expressions de sa diagnose le confirment en même temps qu'il passe sous silence notre seconde espèce. M. Ekstrom ' a aussi écrit une histoire du Sau- mon dans les Poissons du Morkô. Le saumon existe également en Islande; il est déjà inscrit dans l'Histoire naturelle de l'Islande par Molir^ et par Olafsen^ M. Faber, dans l'ouvrage plus récent sur les poissons de l'Islande , s'est éga- lement étendu sur le Saumon ; mais je vois qu'il a suivi les errements de ses prédéces- seurs, en ce qui concerne la distinction des deux sexes. Pour terminer cette revue des auteurs qui ont écrit sur le Saumon, il nous reste à parler des Ichthyologistes anglais. Ce poisson, si important dans ces contrées, a été l'objet des recherches de Pennant, qui s'est étendu beaucoup plus sur les habitudes de l'espèce qu'il n'a essayé de bien en asseoir les caractères, parce que, dit-il, le saumon est un poisson si connu, qu'une très-eourte des- cription est suffisante. Je crois aussi devoir rapporter au saumon la planche d'Albin"^ inti- 1. Ekstr. , Die Fische von Mork'd, p. 186. 2. Mohr, Island, p. 74, n." 133. 3. Olafs. , Island. Reise, p. 91 et 343. 4. Albin, Hisi. of escul. fish. hy Eîeaz. Albin. CHAP. I. SAUMONS. 187 tulëe : The salmon troiit de Berwick, sur la Tweed. Turton', Flemming"^ ont également cité le saumon dans leurs ouvrages. Je trouve aussi un Salmo salar dans le Manuel de M. Jenyns, qui a profité des obser- vations de M. Richardson , en inscrivant dans sa diagnose que les dents sont insérées à l'extrémité antérieure du vomer; mais qui a suivi M. Agassiz, en croyant que le Salmo hamatus de Cuvier est l'adulte ^ et que le Salmo Gœdenii est le jeune âge de cette es- pèce. M. Yarell, dont je me plais toujours à citer l'élégant ouvrage , a donné une fort longue et très-intéressante histoire du Saumon; mais il ne me semble pas que sa figure montre les ca- ractères de notre espèce avec autant de netteté que la plupart des autres planches de son ou- vrage; elle a trop de taches, elle n'est pas assez argentée, et elle me semblerait représenter plutôt la seconde espèce qu'un véritable sau- mon , si je ne faisais attention à la forme de la caudale. Le saumon est encore cité par Lov^s dans la Faune des Orcades. Il faut ajouter à la liste de ces auteurs an- 1. Turt. , Brit. Faun., p. 103, n." 91. 2. Flemm., Anim. Kingsd., p. 119, n." 40. 1 88 LIVRE XXTT. SAIMONOÏDES. glais la figure du saumon publiée par M."° Lee dans l'Histoire des poissons de la Grande- Bretagne sous le nom de Saumon de la Severn. Les couleurs sont fort exactes. A cette liste, déjà si nombreuse des auteurs qui ont décrit ou figuré le saumon, je dois ajouter les magnifiques figures que sir Wil- liam Jardine a publiées, et je les indique comme étant, entre toutes, celles qui donne- ront aux naturalistes l'idée la plus exacte de l'espèce dont il s'agit dans ce chapitre. Le saumon se trouve aussi en Espagne. Cornide ' dit que cette espèce entre dans toutes les rivières de la Galice. Ces nombreuses citations nous montrent le saumon comme l'une des espèces les plus communes sur les côtes septentrionales de l'Europe baignées par l'Océan. Il devient plus rare dans les latitudes élevées du Groenland ; mais ce séjour devait nous faire présumer que l'espèce se trouve aussi sur les côtes de l'Amé- rique septentrionale, et c'est ce que nous con- firment les auteurs qui nous ont fait connaître les poissons de ces contrées. Dans la Zoologie arctique, Pennant'' dit que le saumon se pèche 1. Cornide, Ensayo de los peces de Galicia , p. 75. 2. Penn. , Àrct. zool. , t. Il, j). 392, n.° 165. CHAP. I. SAUMONS. i89 fréquemment dans toutes les parties septen- trionales de l'Amérique; mais il devient plus rare à mesure que l'on s'approche du sud. Il ne croit pas qu'on les trouve au delà de New- York; cependant Mitchill ' le donne comme un des poissons dont le marché de New- York est fourni communément; ils viennent de la rivière de Connecticut, et aussi ils sont ap- portés de celle de Rennebec, dans l'État du Maine, conservés dans la glace. Les Américains appliqueraient la méthode qui aurait été trouvée par M. Richardson de Perth. Il est le premier, suivant Noël de la Morinière, qui ait imaginé de transporter les saumons à de grandes distances dans des caisses pleines de glace. Ces observations sont confirmées dans l'excellent ouvrage de M. Richardson ^ On y voit que le saumon abonde dans les rivières du Labrador, du Canada, de Terre-Neuve, de la Nouvelle -Ecosse et de la Nouvelle- Angleterre, et dans les eaux de New-York qui tombent dans le Saint-Laurent; il croit même qu'autrefois le saumon s'avançait sur les côtes plus méridionales de l'Atlantique; car il rapporte un passage de son célèbre et 1. Mitchill, Fish. of New-York , p. 434. 2. Rich., /. cit., p. 145, n." 61. \ 90 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. malheureux compatriote Hudson, qui avait vu, au mois de septembre 1609, ^^^^ grande quantité de saumons dans la rivière qui porte son nom. Les marchés de Nevs^-York sont fournis de poissons originaires de Rennebec, rivière de l'État du Maine : ils remontent le Saint-Laurent et ses affluents jusque dans le lac Ontario, où on les trouve dans toutes les saisons et où ils atteignent une taille consi- dérable. Les observations de M. Richardson sont confirmées par celles de M. Dekay^, dans son Histoire des poissons de New -York, et par M. Storer"*, dans son Synopsis des poissons de l'Amérique septentrionale. Nous voyons le saumon s'avancer aussi vers l'est de l'Europe; car M. Nordmann^ le cite dans la Faune de la Russie méridionale. Pal- las"*, avant lui, a aussi mentionné le saumon dans son ZoograpJiia rosso-asiatica. Il a pré- féré le nom de Salmo nobilis à celui du ^^- tema naturce. Il dit que le poisson est abon- dant dans la Raltique , l'Océan septentrional et dans la mer Rlanche , qu'il est plus rare dans les fleuves qui versent leurs eaux dans la Cas- 1. Dekajr, Fish. of New-York, p. 241 , pi. 38, fig. 122. 2. Storer, Synopsis of fishes of North-America, p. 192. 3. Nordm., Faun. pontica, p. 515. 4. Pallas, Zoof^r. ross. asiat., t. III, p. 342, n.° 244. CHAP. I. SAUMONS. 191 pienne et dans la mer Noire, et qu'il a été à peine observé en Sibérie. Le saumon remonte de la Caspienne principalement dans le Terec et le Cyrus , et de la mer Noire dans le Danube pendant les mois d'hiver. Guldenstœdt l'avait déjà cité comme un des poissons de la Cas- pienne. La rareté du saumon en Sibérie et le silence que Pallas tient à l'égard du séjour de notre espèce dans les mers du Kamtchatka, me laissent quelque doute sur la présence du saumon dont nous traitons ici dans les eaux du Japon, de l'Asie boréale et du Kamtchatka. Je suis fort tenté de croire que l'on aura pris pour lui, quelques-unes des grandes truites encore peu connues des naturalistes, qui abon- dent dans ces rivières septentrionales. Notre saumon est connu dans presque toute l'Allemagne sous le nom de La dis , dénomi- nation à laquelle on ajoute quelques adjectifs pour indiquer son état de maigreur ou d'em- bonpoint, son temps de frai, et pour désigner aussi les individus qui ont été pris dans la mer. Ce nom allemand se conserve en Suède, en Norwége, dans le Danemark, on l'écrit seule- ment d'une manière un peu différente : Lax. On dit aussi Salin , nom qui, comme celui de France, d'Angleterre, dérive évidemment de la dénomination latine. Les pêcheurs de ces 1 92 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. diffërenls pays ont aussi quelques dénomina- tions particulières suivant l'âge; ils disent Sniolt pour designer les très-jeunes, et Grilse pour les individus âgés d'un an. D'ailleurs toutes ces dénominations changent beaucoup dans les différentes contrées. On trouve en- core dans Pallas une synonymie vulgaire du saumon que je crois inutile de répéter ici, parce qu'elle me semble s'appliquer plutôt à ces animaux que le commerce transporte chez ces peuplades qu'elle n'indiquerait un véri- rable séjour de l'espèce dans ces pays. Le saumon est un poisson de mer qui re- monte dans les rivières. On ne connaît pas les retraites de ce poisson dans le fond de l'O- céan. Il est remarquable que les pêcheurs qui vont au large, soit en traînant leurs filets, soit en se laissant dériver avec eux, prennent très-rarement des saumons. Ces animaux ne mordent pas non plus aux appâts des lignes de fond. Cependant on cite des observations qui prouvent que ces poissons fréquentent les bords de la mer, puisqu'on les prend quel- quefois dans les mares que la mer forme en se retirant. On en voit échoués sur le sable après de gros temps; enfin on en trouve dans les parcs tendus à la côte. Je ne m'étonnerais pas que les habitudes des saumons n'aient CHAP. I. SAUMONS. 495 quelque analogie avec celles des truites, et quune fois entres dans la mer, ces poissons n'aiment à se retirer dans des grands trous creuses le long de la côte, ainsi que nos truites le font dans toutes les rivières. C'est au mo- ment où le saumon remonte avec ardeur dans les fleuves, pressé par le besoin d'y frayer, que l'on en fait partout une pèche qui dans quel- ques lieux est très-abondante. L'espèce affec- tionne certaines côtes ou certaines eaux, ainsi elle entre abondamment dans la Somme, tan- dis qu'il n'en paraît que des individus isoles dans la Seine. Comme ceux-ci ne sont pas arrêtés à l'emboucliure de ce fleuve par des filets, ils y remontent assez haut. J'en ai péché un, long de trois pieds et demi, à Argenteuil près de Paris. On en a vus beaucoup plus loin, car il est certain qu'on en a pris dans la Seine à la hauteur de Provins. Je trouve dans les notes de Noél qu'on a péché auprès de Cau- debec un saumon du poids de quatre-vingts livres. Le même naturaliste dit que le saumon entre quelquefois dans la Marne. La Loire nourrit un grand nombre de saumons. Ils se distribuent dans les différents affluents de ce grand fleuve. J'ai tout lieu de croire que l'on désigne dans le centre de la France, sous le nom de Tacon, de jeunes saumons qui ont 21. i3 194 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. encore la livrée de leur jeune âge. Au Pont- de-Cé près d'Angers, il y a des pèches régu- lières productives de cette espèce de poisson. Il pénétrait autrefois dans toutes les petites rivières qui viennent se rendre à la mer sur les cotes de Bretagne, surtout dans le Blavet et à Cliateaulin. Dans le siècle dernier les pro- duits de ces pêches étaient un revenu consi- dérable pour le gouvernement de cette pro- vince. Des barrages nécessités par certains travaux hydrauliques ont fermé ces rivières, et depuis, les saumons ont cessé de se pré- senter sur les côtes en aussi grande abondance. C'est une perte véritable pour le pays. Cette migration instinctive des saumons pour passer de la mer dans les fleuves, leur fait franchir non -seulement les pièges qu'on leur a tendus, mais des chutes d'eau assez élevées. On cite le Saut du saumon dans le comté de Pembroke, oii la rivière du Zing tombe perpendiculairement et de très- haut dans la mer. Le voyageur s'arrête souvent pour admirer la force et l'adresse avec laquelle les saumons franchissent la cataracte pour passer de la mer dans la rivière. Il y a deux autres sauts très-renommés en Irlande, l'un à Leixlif, l'autre à Bally Shannon. Les pèches qu'on fait en cet endroit sont très- CHAP. I. SAUMONS. 195 productives. On prétend même que si on les interrompait, le nombre des poissons augmen- terait sensiblement et qu'on en prendrait de beaucoup plus grands. Twess observe que pendant les guerres de i64i la pèche du sau- mon fut suspendue ; elle ne recommença qu'à la paix et on prenait alors auprès de London- derry des saumons qui n'avaient pas moins de six pieds de long. On trouve dans le récit de ce voyageur des détails curieux sur la manière dont les saumons franchissent la chute du Shannon. Il est difficile de se faire une idée de la force employée par ces poissons pour s'élancer à près de quatorze pieds hors de l'eau ou décrire une courbe de vingt pieds au moins pour atteindre le sommet de la chute. Leurs premières tentatives restent ordinairement sans succès , mais loin de perdre courage , ils font de nouveaux efforts jusqu'à ce qu'ils aient atteint la partie supérieure de l'eau; alors ils disparaissent dans le fleuve. On voit auprès de la chute, ajoute Twess, des Marsouins et autres gros poissons bondir dans l'eau, et animer beaucoup cette partie de la côte. Les Marsouins y sont attirés par l'abondance de la proie qu'ils peuvent se procurer avec facilité. Le nombre de ces mammifères marins y est si considérable qu'il y aurait peut-être du profit 11)(» LlVr.E XXIT. SALMONOÏDES. h établir une pêche régulière de ces petits cétacés. C'est vers le printemps que le poisson com- mence à passer de la mer dans les fleuves 5 il y reste jusque vers l'automne; il retourne pen- dant Ihiver dans le fond des mers pour revenir l'année suivante dans les eaux qu'il a quittées l'automne précédent. Il paraîtrait même, d'a- près des expériences rapportées par Duhamel, que le saumon saurait retrouver l'endroit où il s'était établi. Cet auteur cite des essais semblables à ceux que l'on a faits sur les hirondelles. Ces Salmones entrent dans l'eau douce pour y frayer, et les femelles déposent leurs œufs, soit dans les grands fleuves, soit dans leurs affluents, et souvent très -loin de la mer. Dans la Suède et autres contrées septentrionales, il arrive quelquefois que les rivières gèlent de bonne heure, et alors les saumons passent très- bien l'hiver dans l'eau douce. On prétend encore que le bruit, ou les différents corps flottant sur la surface de Veau, effraient le saumon et lui font souvent abandonner la rivière dans laquelle il voulait monter. Les femelles, au moment de frayer, creusent des sillons dans le sable pour y dé- poser leurs œufs; elles ont même l'instinct de disposer des anfractuosités ou des sortes de CHAP. I. SAUMONS. 197 nids au milieu des pierres, pour mettre à l'a- bri les petits qui doivent en éclore. Les mâles viennent alors dans ces endroits y abandon- ner leur laitance. Les deux sexes paraissent tellement épuisés par cette ponte, qu'ils se laissent en quelque sorte entraîner par le courant pour retourner vers la mer. Tous les auteurs s'accordent à dire que la chair devient mauvaise après la ponte. La pèche du saumon se Fait sur quelques fleuves dans des pêcheries sédentaires, mais on emploie aussi très-souvent la seine pour les prendre. D'ailleurs, l'industrie des pécheurs fait un peu varier les moyens de poursuivre ces poissons suivant la localité. Le saumon est vorace, il croit avec rapidité. Sa nourri- ture consiste en poissons, et l'on dit qu'il préfère l'Ammodite {^Amniodytes tobianus). Sir William Jardine regarde ce petit pois- son comme un très-bon appât. Bloch a reçu du Wesel un saumon qui pesait qua- rante livres. Pennant en cite du poids de soixante-quatorze livres en Ecosse. On en a trouvé en Suède du poids de quatre-vingts livres. La pêche du saumon est une branche d'industrie considérable clans l'économie po- litique de certains pays. Elle a surtout fixé l'attention dans le Nord de l'Europe. Pennant 1 98 LIVRE XXII. SALMOXOÏDES. cite des rivières où l'on prend quelquefois sept cents saumons d'un seul coup de filet, et l'on rapporte que dans la Ribble on en prit une fois trois mille cinq cents. Quel- ques pêcheries d'Angleterre fournissent, année moyenne, plus de deux' cent mille saumons. La pèche est plus considérable en Ecosse et en Norwége; il n'est pas rare qu'on porte à Berghem deux mille saumons frais en un jour. Elle varie selon que le poisson entre dans les fleuves à une époque plus ou moins hâ- tive, parce que la saison de la montée du saumon change suivant la température des cli- mats. Il n'entre pas dans les fleuves en bandes nombreuses comme beaucoup d'autres, mais en petites troupes, à la tête desquelles on distingue les plus gros qui sont des femelles. Elles sont suivies des mâles de la plus grande taille, puis les petits saumons viennent en- suite. La succession de ces troupes est cepen- dant assez rapide pour que dans certaines occasions on voie apparaître un très- grand nombre d'individus. La brise qui souffle de la mer est favorable à cette montée ; on l'appelle en quelques en- droits vent du saumon. Fischer cite qu'après une brise assez forte et soutenue pendant plusieurs jours, il entra dans la Dwâna un CHAP. I. SAUMONS. 199 rideau si considérable de saumons qu'on en prit par milliers pendant plusieurs semaines. Les annales anciennes ont conservé le souve- nir de saumons venus en abondance dans le Rhin, dans l'Elbe, et de ce fleuve jusque dans la Moldaw, où ces poissons lâchèrent une immense quantité de frai. On remarque en Islande que vers la S. Jean, dans les grandes marées de la pleine lune, il entre plus de saumons dans les rivières de cette île, lorsque le vent souffle du sud , que par des vents différents. La pèche du saumon qui serait d'un grand produit pour les Islandais, paraît cependant presque nulle dans beaucoup d'endroits de cette île, parce que le manque de bras et peut-être aussi la pauvreté des habitants ne leur permet pas d'établir ces caisses percées de trous avec lesquelles on arrête le saumon. Sou- vent la rapidité du courant ou l'escarpement des berges sont des obstacles. Dans d'autres parties les paysans négligent la pèche du sau- mon, parce que le fond des baies est infesté par les Phoques. Cette considération ne de- vrait pas être un obstacle sérieux, car le pro- duit de ces mammifères serait avantageux. La pêche est exploitée avec plus de succès dans la Laponie danoise; elle est en général 200 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. plus considérable dans la Laponie orientale que dans les contrées occidentales de cette terre. La pèche s'en fait avec des caisses comme en Islande , mais elle n'y est pas suivie avec autant d'ardeur, que l'abondance du poisson semblerait y engager les habitants, parce qu'ils préfèrent pêcher le Dorsli. Tl paraît que ce Gade donne des bénéfices plus consi- dérables. En Norvs^ége la pèche du saumon est d'un produit remarquable. On se sert souvent de filets sédentaires placés à l'embouchure des fleuves; on leur fait décrire des lignes variées où le poisson s'égare comme dans des ton- nares. Il y a des exemples où l'on en a pris trois cents en une seule marée. C'est princi- palement dans le district de Drontheim ou de Christiansand que la pêche norwégienne est exploitée en grand; elle n'a pas autant d'importance dans les parties septentrionales. Outre la pêche faite sur le bord de la mer, on prend aussi le saumon dans les fleuves de l'intérieur des terres. Elle est surtout très -animée mais très- périlleuse dans celle de Moudahl, auprès du fameux pont appelé Bielands-Broé. On sait qu'il est posé sur d'énormes fragments de rochers restés debout en forme de piles et élevés de trente-six à quarante pieds au-dessus du niveau ordi- CHAP. I. SAUMONS. 201 naire. A la fonte des neiges l'eau s'élève quel- quefois jusqu'au cintre des arches. C'est un spectacle eftrayant que de voir avec quelle ardeur les pécheurs se hasardent sur une simple et frêle embarcation, en s'exposant à tous les dangers de la chute de cette énorme masse d'eau, s'échappant avec fracas du haut du rocher et tombant en large cascade. Les pêcheurs cherchent à profiter des contre-cou- rants qui les portent sur de grands trous au bas de la chute et oii les saumons se rassem- blent volontiers. Quand ils sont assez heureux pour se maintenir, ils font souvent une cap- ture considérable. Le Danemarck proprement dit, le Jutland et le Holstein ne sont pas aussi bien pourvus de saumons. Il y a cepen- dant quelques golfes où on en pêche encore une assez grande quantité, mais toutes les côtes de la Baltique en sont extrêmement riches. On prend cette espèce dans les eaux douces ou salées du golfe de Finlande, et en remontant au nord, dans celles de la Laponie suédoise. Le golfe de Bothnie coupé par des anses, des baies ou des embouchures de fleuves assez nombreuses, est extrêmement favorable à cette pêche. Il y avait autrefois des pêcheries considérables dans le Halland, mais elles ont bien déchu de leur ancienne 202 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. prospérité, parce que beaucoup d'embou- chures de rivières se sont ensablées; le sau- mon trouvant les rivières ainsi barrées n'a pu gagner les cliutes des cascades, ni déposer son frai sur les sables où il se réunissait aupara- vant. Ce poisson est très-commun sur les côtes méridionales de la Baltique, tant en Poméranie qu'en Livonie. La Dwina est très-renommée pour les pèches qu'on y fait presque toujours au moyen d'enceintes fixes. Au fond du golfe de Finlande, la quantité d'eau courante qui s'y verse, y appelle le saumon; par la Newa il pénètre dans le lac Ladoga. La moyenne des pèches est assez variée. L'Elbe est de tous les fleuves de la Basse-Allemagne celui qui a le plus de saumons. Il y en a moins dans le Weser et dans lEms. Toutes les rivières de la Hollande jusqu'à l'Escaut sont abondam- ment pourvues de ce Salmonoïde. La pèche a une grande importance à Schoonhaven sur la Meuse; dans le Bhin, l'Yssel, le Wahl, le Lech on le prend dans des clayonnages garnis de filets. Mais le saumon est l'objet d'une pèche bien plus considérable tant en Ecosse qu'en Irlande; elle est moins productive en Angleterre. Dans la Tweed elle commence en Décembre et se soutient pendant neuf mois. Beaucoup de pêcheries sont établies sur les CHAP. I. SAUMONS. 205 deux rives jusqu'à quatorze milles de son em- bouchure. Presque tous les produits s empor- tent à Berwick. Les péclies du Tay sont aussi renommées. On regarde Fentrée précoce du Bull-Trout [Fario ar^enteus, nob.) comme le présage d'une bonne péclie. Il y a en Ir- lande, dans la rivière de Ban, une pêcherie considérable. L'embouchure de la rivière re- garde le nord et les fdets sont placés au pied des promontoires, de manière à ce que les saumons s'y engagent en filant le long de la côte. Les nappes ont souvent plusieurs centaines de mètres d'étendue. On les met à l'eau jour et nuit, pendant tout le temps de la saison de pèche, qui dure environ quatre mois. L'heure la plus favora])le est celle de la marée montante. On pêche moins de saumons dans les eaux salées des côtes de France baignées par la Manche ou par l'Océan. Il est rare qu'ils s'approchent assez près du rivage pour être pris dans les parcs, excepté sur les grèves du mont Saint-Michel, oii l'on peut tendre des filets au reflux des marées de morte eau. A l'embouchure de nos rivières ou le long de leur cours on emploie presque toujours des nappes sédentaires, mais aussi, suivant les localités, on peut employer la seine ou le tramail. 204 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Celle industiie n'a pas beaucoup d'imporlance dans la Seine ni dans l'Orne, puisque ces fleuves n'ont que très-peu de poissons. Dans la Loire elle mérite une haute considération. Le poisson remonte dans ce fleuve en assez grande abondance vers les équinoxes. Les pécheurs de Belle-Ile trouvent donc du profit à poursuivre celle espèce. Au-dessus de Nantes on voit des pêcheries établies au Pont-de-Gé, à Tours et à Saumur. Le saumon passant dans la Vienne et l'Allier, y devient l'objet d'une pêche assez considérable. Cette dernière ri- vière est, dit-on, barrée dans toute sa largeur au pont du Château par une digue haute de plus de deux mètres au-dessus des moyennes eaux. Je regarde ces procédés comme des moyens de destruction plutôt que comme une pêche aménagée avec une sage économie. Le saumon entre aussi dans la Charente, la Gironde et l'Adour. On en prend une assez grande quantité depuis Agen jusqu'à Toulouse. Dans l'Adour et dans les Gaves qui descendent des Pyrénées occidentales, on distingue deux montées de saumons; l'une commence en janvier et dure jusqu'à la fin d'avril; la se- conde s'opère en juillet et en août, mais on dit que ceux-ci sont moins gros et moins bons que ceux de la précédente montée. On a jus- CHAP. I. SAUMONS. 205 qu'à présent essayé, mais inutilement, de transporter le saumon vivant, ou même de le conserver dans des viviers; mais en gênerai ces expériences ont trcs-mal réussi. L'abon- dance des individus a nécessairement obligé d'employer des moyens conservateurs pour utiliser cette grande quantité de poissons pris à la fois. Ces moyens varient suivant les loca- lités. On le sèche, on le fume, on le sale ou on le marine. Dans l'Asie septentrionale on le fait geler, et l'on peut, par ce moyen très- simple, le transporter à des distances considé- rables. Cette manière prompte et économique nuit à la qualité de la chair. Pour les fumer il faut choisir les individus de taille moyenne; s'ils sont maigres, ils éprouvent une dessiccation trop prompte; s'ils sont trop gras, l'abondance de fhuile nuit au succès de la préparation. Le saumon de la Baltique, qui lient le milieu entre ces deux qualités, est fumé en Livonie. Hambourg en reçoit des cargaisons que le commerce distribue , sous le nom de Sau- mons de Hambourg, dans tout le monde. Pour le fumer, on le saupoudre de sel après l'avoir fendu pour en retirer les viscères et la colonne vertébrale. Après être resté dans le sel pendant environ trente-six heures, on l'expose à la fumée que produit un feu entre- 206 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. tenu avec des brindilles de chêne, d'aune et de genévrier. On préfère dans quelques en- droits la fumée du piment royal [Mjrica gale). En Ecosse, en Irlande et en Norwége on sale presque tous les saumons. On peut remarquer cependant que l'accroissement de la pèche de la morue sur le banc de Terre- Neuve a dû donner une concurrence défavo- rable à celle du saumon. Je viens de présenter Thistoire du saumon adulte, mais on peut se demander si l'animal ne change pas d'aspect avec l'âge. M. Agassiz a cru devoir établir que le Sahno Gœdenii de Bloch était le jeune âge de notre espèce. Les poissons que j'ai reçus d'Allemagne, sous ce nom, ne confirment pas cette hypothèse. On verra plus loin qu'ils ont, comme le sau- mon, le corps du vomer sans dents, mais celles qui sont sur le chevron sont tout à fait différentes. Je crois qu'il faut regarder comme de jeunes saumons les poissons qui ont été représentés dans le grand et bel ouvrage de sir William Jardine, sous le nom de Salmo albus ou de Herling de Sohvay. M. Fleming, qui a admis cette espèce, l'appelle Salmo Phinock, et dit que c'est un poisson qui atteint rarement un pied de long, que la chair est rougeâtre, qu'il entre dans les ri- CHAP. I. SAUMONS. 207 vières vers le mois de juillet : on le prend rarement dans les filets tendus dans les eaux saumâtres; les individus sont pourtant très- nombreux dans les rivières qu'ils fréquen- tent pour frayer dans les mois d'août et de septembre. Tous ces traits me paraissent con- venir parfaitement au saumon, et ce qui me persuade encore plus, c'est que nous recevons sur nos marches de vrais saumons, tels que je les caractérise, qui n'ont pas plus d'un pied à quatorze pouces, et qui sont tout à fait sem- blables à la figure que j'ai citée plus haut. Cette espèce a été inscrite dans le British Fauna de Turton, sous le nom de Salino Phinock, Fleming croit que c'est le Salmo alhiis de Pen- nant, espèce nominale adoptée par M. de La- cépède \ Mais Fleming pense que ce peut être aussi le Salmone Ciwz&e/Vr/nfi de Lacépède; les notes de Noël de la Morinière prouvent que cette description a été faite sur notre Forelle ou Truite de mer [Fario argent eus, nob.). MM. Jenyns et Yarrell n'admettent point cette espèce qu'ils regardent comme un jeune de première année de leur Truite de mer (Sea Trout). La dentition peut seule décider cette question, mais je n'hésite pas à répéter 1. Lacép., {.V, p. 695 et 696. 208 LIVRE XXII. SALMOiXOÏDES. que la figure de Javdiae me confirme dans ma première détermination. M. John Sliaw a publié un mémoire fort intéressant sur le développement et la crois- sance du frai d'une espèce de salmonoïdes, qu'il regarde comme des jeunes saumons. Il a même eu la complaisance d'en envoyer au Cabinet du Roi plusieurs exemplaires de différents âges. Il a représenté l'animal au moment où il sort de l'œuf, à peine âgé d'un jour et ayant encore son vitellus attaché sous l'abdomen. Il nous le montre à deux, à quatre et à six mois. Tous ces individus ont à cet âge le dos ponctué de noir, les flancs traversés par des bandes ou de grosses taches noirâtres, au nombre de douze ou quinze, et le long de la ligne latérale; entre elles on voit des points rouges. A un an les taches devien- nent confluentes avec le brun du dos, et elles ne forment plus que six à sept bandes noires transversales qui tendent à se perdre ou à s'effacer dans la couleur générale. Il y a en- core des points rouges. A cet âge le poisson est, selon M. Shaw, celui que les Anglais nom- ment Parr. Les individus sont tout à fait sem- blables à ceux que nous recevons du Rhin sous le nom de Saumoneaux. Je ne saurais les distinguer des petites Truites que j'ai reçues CHAP. I. SAUMONS. 209 des difïcrentes rivières de France. Mon con- frère, M. Rayer, a eu la bonté de ni en faire dessiner plusieurs d après le vivant. Ces petits poissons avaient été péchés dans une des pe- tites rivières du Calvados, la Seule d'Ancto ville, qui se jette à la mer. J'en ai reçu d'autres des affluents de la Loire sous le nom de Tacon. Mon ami, le docteur Bardinet, m'en a envoyés des rivières du Limousin et du centre de la France. J'en ai reçu d'autres par les soins de M. Bonafoux, conservateur du Musée de la ville de Gueret. Ces individus se ressemblent tellement, qu'il est impossible de les distin- guer les uns des autres. Tous ces poissons ont deux rangs de dents vomériennes. Si M. Sliaw a bien déterminé l'espèce dont il a suivi le développement, et que les jeunes qu'il a représentés soient ceux du saumon, on sera obligé de reconnaître que les caractères extérieurs que nous pouvons saisir entre les adultes de ces différents Salmonoïdes n'exis- tent pas dans le jeune âge. il reste maintenant de s'assurer si les poissons décrits par le zoo- logiste anglais ont, comme ceux de nos rivières de France, cités plus haut, une double rangée de dents vomériennes : je ne puis croire qu'il en soit ainsi. Le Parr ou le Saumoneau a, dans tous les cas, donné lieu à l'établissement de 21. 1 4 210 LIVRE XXir. SALMONOÏDES. plusieurs espèces nominales, que l'on ne devra point conserver. Le Salmo salmuhis de Turton, accepté par MM. Yarrell et Jenyns, d'après les anciens documents de Wiilughby, de Ray et de Pen- nant , ne me paraît reposer que sur des jeunes Salmonoïdes. La Sahnone Rille de Lacëpède est établie d'après des notes, accompagnées (l'un dessin que Noël avait envoyé à cet illustre savant. C'est évidemment une jeune Truite, (pie l'on pèche en abondance dans la Rille jusqu'à Pont-Audemer. En étudiant avec soin les notes du correspondant de Lacëpède, je trouve qu'il regarde le Saumoneau du Rliin et du Loiret comme sendjlable à celui de la Rille. Il remarque que ce sont des petits pois- sons nés dans les eaux douces, qui regagnent la mer aussitôt que leurs forces leur permet- tent (rentrepreiîdre le voyage. Il en dit autant du Saumoneau de la Semoy, rivière qui se jette dans la Meuse au-dessus de Charleville. Quant au saumon de la Rille, ce poisson paraît aimer les eaux froides, comme la Truite; M. Noël as- sure qu'on ne le prend facilement qu'en hiver. Dans une autre partie de ses notes, Noël dit que l'on retrouve des individus de cette pré- tendue espèce dans les petites rivières de Cor- nouailles; qu'on les pèche dans toutes les eaux CHAP. I. SAUMONS. 2 ! 1 qui ne sont pas salées et infectées par le lavage des mines d'ëtain, ces eaux-mèies devenant fatales à toute espèce de poisson. Il reconnaît alors que sa Salnione Rille est de la même espèce que le Sahnlet de Pennant. Pour revenir au mémoire de M. Shaw \ cet habile et patient observateur a aussi figuré le Saumon à l'âge de dix- huit mois. Ce poisson ressemble encore au Parr, mais il est déjà plus grand; puis nous le voyons représenté à lage de deux ans. Ce Parr est alors converti en Smolt ou en jeune Saumon; il na plus de bandes transversales, ni de taches rouges; il a pris évidemment les couleurs du Saumon adulte; il devient impossible de le distinguer, sauf la taille, du Salmo albus, figuré par Wil- liam Jardine. Ce qui me fait craindre que l'habile naturaliste écossais n'ait pas bien dé- terminé l'espèce sur laquelle il a expérimenté, c'est que le Cabinet du Roi possède des jeunes de l'espèce de la Truite de Bâillon [Salar Bailloni, nob.) qui ressemblent tout à fait aux figures citées plus haut. Les observations de M. Shaw ont été consignées dans le Supplément aux poissons d'Angleterre, que M. Yarrell a donné en 1889; ^^ admet que les jeunes du 1. ShaAv, Transad. societ. Ediml., vol. 14, cl Edimh. New- philos, joum. , juillet 1836 et janvier 1838. 212 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Saumon ont à un certain âge l'apparence des Parr, mais il pense que les Salmo Tjmtta et S. eriox resseml^lent aussi au Parr dans leur premier âge. Ce naturaliste persiste h croire que le Parr est une espèce distincte. Il discute lon- guement les variations que peuvent offrir ces jeunes de différents âges. La lecture des obser- vations de ce très-judicieux naturaliste me fait soupçonner que ces espèces de Salmonoïdes se ressemblent presque toutes dans le jeune âge, ou, ce c[ui me paraît plus probable, que ces iclitliyologistes n'ont pas pu distinguer ou déterminer zoologiquement les poissons qu'ils ont examinés. Tout en félicitant M. Shaw de ses patientes et utiles observations, je lui de- mande de vouloir bien consacrer quelque temps encore pour éclairer, par de nouvelles recherches ces questions importantes de Ihis- toire naturelle du Saumon et des Truites, et j'ajouterai même de la physiologie générale en ce qui concerne le développement des poissons. Le Bécard. (Salmo hamatus j Cuv.) M. Cuvier a introduit, dans la seconde édition du Règne animal, d'après le travail que nous avions commencé sur la famille des CIIAP. T. SAUMOxNS. 215 Truites, Tespèce du Bëcard, qu'il a appelé Salmo liamatus. Ce saumon est remarquable par la grandeur de sa gueule, armée de fortes dénis. Cela dépend de la longueur des intermaxillaires et d'un allongement correspondant des branches de la mâcliolre inférieure. Le vomer et les palatins sont aussi plus saillants au-devant de l'orbite et sur l'ex- trémité du museau. Les intermaxillaires ont, en effet, une longueur égale aux deux tiers de celle des maxillaires. Ils sont couchés sur les côtés de la bouche, séparés entre eux par une membrane lâche. Le voile supérieur de la bouche est très-large, très- grand, et réunit les deux os par leur fiice interne. Au-devant, il existe un enfoncement considérable qui reçoit le tubercule de la mâchoire inférieure. Ces intermaxillau'es portent sept ou huit grosses dents. Les dents du maxillaire sont un peu plus j:ietites que les précédentes. La branche de l'os dé- passe légèrement en arrière le bord postérieur de l'orbite. Les palatins ont une seule rangée de dents parallèles à celles du maxillaire. Il n'y a qu'une seule dent sur le chevron du vomer. Nous l'avons vérifiée sur plusieurs exemplaires, et le reste de l'os est complètement lisse, et le palais est recouvert d'une muqueuse extrêmement épaisse. La mâchoire inférieure est très-longue, de sorte que l'ouverture de la bouche égale souvent la moitié de la longueur totale de la tête, ou en flùt au moins les trois sep- tièmes. Les os de la mâchoire sont élargis, rugueux et un peu redressés auprès de la symphyse, qui porte sur le frais un tubercule fibro - cartilagineux , 21 4 LIVRE XXII. Si\LMONOÏDES. dur et résistant, et qui pénètre dans l'enfoncement de la mâchoire supérieure décrit plus haut. Quand la gueule est fermée et que le tubercule de la mâ- choire inférieure est rentré dans la cavité qui doit le recevoir, on doit dire, pour faire connaître la physionomie du poisson , que la mâchoire supérieure dépasse l'inférieure; que le museau, large et arrondi, est relevé en bosse, tandis qu'il y a un creux, si la mâchoire inférieure est un peu abaissée. Le profil du front devient concave au-dessus de la narine; puis il se relève sensiblement jusque vers le dos. Par la jonction de l'intermaxillaire et du maxillaire, la mâchoire supérieure forme un arc très-élevé, qui laisse toujours un vide très -grand entre elle et la mâchoire inférieure, de sorte que, quand la gueule est fermée, on aperçoit toujours la langue; celle-ci correspond à l'échancrure de la valvule du palais et à celle de la mâchoire inférieure, qui est non moins large. C'est donc un de ces poissons auxquels on donnerait, avec raison, l'épilhète àH Anadromas ^ ou dont on pourrait dire ore hianle. Le globe de l'œil est petit. Le diamètre de l'iris est compris treize fois dans la longueur de la tête. L'orbite, beaucoup plus grand, est bordé par une adipeuse fort épaisse, faisant un angle assez aigu sur le devant de l'œil. Le bord de cette partie ne touche point le globe, et l'intervalle est rempli par une duplicature de cette paupière adipeuse; ce qui forme une membrane épaisse, analogue à celle que nous avons observée dans les Aloses; mais celle-ci ne cache pas le cercle coloré de l'iris. Les sous-orbi- CHAP. I. SAUMONS. 215 laites sont étroits. Le premier ne dépasse pas l'oa- verlure postérieure de la narine, et il touche au cjuart antérieur du maxillaire. Les quatre ou cinq autres osselets sous-orbitaires sont très-minces et cachés dans l'épaisseur de la peau. Au-dessus de l'œil il existe un sourcilier, caché sous une peau muqueuse extrêmement épaisse. Cette peau du crâne recouvre aussi les petits nasaux et s'étend jusqu'à l'extrémité du museau, en formant sur toute la tête de l'animal un tissu fibreux, connue lardacé, d'une très-grande épaisseur. La fente de l'ouie est arrondie. Le bord du préopercule descend presque droit aux quatre cinquièmes de la longueur de la tête. L'oper- cule, le sous -opercule et Tinteropercule forment, par derrière, une assez large plaque à bord très- mince, de sorte que la suture qui sépare les os est presque linéaire; elle est cependant facile à voir. Le bord membraneux de l'opercule est si petit qu'il n'y aurait pas beaucoup d'exagération à le dire nul. La membrane branchiostège a tous ses rayons libres et visibles à côté les uns des autres, sous l'isthme de la gorge. Il y a onze rayons. La langue, qui est charnue, arrondie et très- grosse, porte trois dents de chaque côté. L'épaule ne se montie en deiiors que par un arc osseux, formé par l'huméral, le scapulalre étant presque entièrement caché sous le bord de l'opercule, et le surscapulaire étant perdu pour la plus grande partie sous la peau muqueuse de la tête. La pectorale, insérée dans une fossette axlllaire assez creuse, presque sous la ligne infé- rieure du piofil, est arrondie quand elle est étalée. 2I(» LIVRE XXII. SALAIONOÏDES. Quand elle est fermée et collée conlie le corps, sa plus grande longueur est égale à la moitié de celle de la tête. La ventrale, plus triangulaire et un peu plus courte que la précédente, est insérée sous le milieu de la longueur totale; elle porte dans son aisselle un appendice fibro-cartilagineux, à peu près de la longueur du tiers de la nageoire, sur lequel je n'aperçois pas d'écaillés. La dorsale ré- pond au milieu de la longueur du corps, en n'y comprenant pas la caudale; elle est insérée au-devant de la ventrale, ses cinq premiers lajons sont in- sérés au-devant de l'attache de la ventrale. Le corps en est coupé carrément. Le dernier rayon mesure la moitié de la longueur des premières, qui sont à peine plus longs que la base de la nageoire. L'adi- peuse répond au dernier rayon de l'anale. Cette na- geoire est très-épaisse, plus haute que les deux tiers de la hauteur du tronçon de la queue, mesurée sans elle. L'anale est aux deux tiers de la longueur totale. Sa hauteur égale celle de la dorsale; elle est plus courte qu'elle. Son bord est légèrement ar- rondi. Le bord de la caudale est très-peu concave. La longueur des rayons mitoyens mesure, à peu de chose près, la moitié des rayons latéraux. Tous, d'ailleurs, sont épais et enveloppés par cette peau muqueuse, et comme lardacée, que l'on observe sur toutes les autres parties de l'animal. B. llj D. 14 — 0; A. 1-2; C. 8 — 21-9j P. 14; V. 9. Les écailles sont d'une grande minceur, presque entièrement recouvertes par l'épiderme mince, dont les replis (orment les bourbes dans lesquelles sont CHAP. I. SAUMONS. 217 cachées les écailles; car au dessous d'elles la peau du corps a une grande épaisseur. Nous en comptons cent vingt-cinq rangées le long des flancs. La ligne latérale est droite et très-fine. Les couleurs sont constamment différentes de celles du saumon ordinaire. Le dos n'est jamais bleu, ni le ventre argenté, comme dans le saumon. C'est un gris rougeâlre devenant plus vif sur les parties inférieures des flancs, le ventre étant blanc mat. Il y a des taches noires formées par la réunion, de plusieurs points au-dessus de la ligne latérale. Sur le dos et sur les flancs seulement il y a de nom- breuses et grandes taches ou marbrures rouges. Il y en a aussi sur l'opercule, sur le haut du préopercule; on les voit même s'étendre sur le dessus de la tête; mais elles y sont très -pâles. Il en est de même de celles que nous observons sur la base de la dorsale et sur la plus grande partie de la caudale, dont le bord, noirâtre ou plutôt d'un brun rougeâtre assez foncé, porte encore des traces de taches ou de lignes plus pâles sur l'extrémité des lobes. Le bord de la dorsale est gris noirâtre et sans tache; celui de l'anale est tout à fait noir. L'adipeuse est bordée de noir; le reste de sa surface est de la couleur du dos et a des taches rouges pâles. La pectorale a les rayons verdâtres en dessus, plus pâles en dessous. Son bord est noirâtre. La ventrale est plus grise, et le bord est plus foncé. Les viscères du Bécard me paraissent différer très- peu de ceux du saumon. Je trouve cependant plus de cœcums. J'en compte soixante -sept. D'ailleurs, 218 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. l'esLomac et 1 ccso[)hrige me paraissent un peu plus allongés ei plus grêles que dans le saumon. Il n'y avait dans le canal intestinal que deux ou trois petits taenia, remarquables par leur brièveté; mais je n'en ai trouvé aucun dans les cœcums. On sait que la présence de ces vers dans les cœcums est , au con- traire, très-ordinaire dans les Truites. J'ai disséqué un mâle. Les laitances n'occupaient guère que la moitié de la longueur de la cavité splanchnique. Il m'a été facile d'insuffler par l'orifice commun des organes de la génération les deux canaux déférents qui viennent y aboutir. On les voit former sur la face dorsale du testicule des replis nombreux et très-fins, une sorte d'épididyme; de sorte que l'or- gane mâle ressemble tout à fait à celui des autres poissons, tandis que celui de la femelle offre, comme on sait, des différences très-notables. Quant au squelette, il faut remarquer les rugo- sités de la surface externe des frontaux. Elles forment de grandes lacunes remplies par une graisse abon- dante. Ces deux os se touchent sur la ligne médiane , sans former de crêie proprement dite. Le frontal postérieur est fortement uni avec le principal sous l'angle postérieur de l'orbite. La table du frontal le recouvre presque entièrement. Cet os est très-épais, celluleux, et s'appuie, par sa grande surface sutu- rale, sur la grande aile sphénoïdale ; mais l'agran- dissement du frontal principal est tel qu'il s'articule avec le mastoïdien. L'angle postérieur et moyen des frontaux se prolonge en une lame osseuse très- mince, qui s'avance sur les pariétaux et les recouvre CHAP. I. SAUMONS. 219 presque en entier. Cette lame s'avance même sur î'interpariélal. La matière graisseuse, qui pénètre tous les os du crâne, et remplit la plus grande partie de la boîte cérébrale, forme entre ces os une couche assez épaisse et les sépare, de sorte qu'il y a sur toute la voûte du crâne des intervalles entre les os; mais, outre cela, nous avons sur les côtés, entre les mastoïdiens, l'occipital latéral, les parié- taux et le frontal principal, un large trou qui com- munique directement dans l'intérieur de la boite cérébrale. Au-devant des deux frontaux principaux je trouve une très-large plaque osseuse, formée par une lame très-mince, relevée en bosse dans son mi- lieu et rugueuse sur les côtés. Cette lame occupe tout l'intervalle compris entre les frontaux prin- cipaux, les intermaxillaires et l'extrémité presque toujours cartilagineuse en dessus du vomer; elle contribue donc à la saillie du museau. Je ne crois pas me tromper en la considérant comme les deux frontaux antérieurs réunis sur la ligne médiane. D'ailleurs, un cartilage assez épais et une grande quantité de graisse condensée remplit tout le large espace qui sépare ces os du crâne de ceux de la voûte palatine. L'ethmoïde est gros, celluleux, mais court; il ne contribue pas, par conséquent, au prolongement du museau. Si nous revenons maintenant à la partie postérieure du crâne, nous ajouterons que la crête interpariétale est extrê- mement basse, qu'il n'y a pas de trou entre les occi- pitaux ou les mastoïdiens. Les autres os ne me pa- raissent présenter aucune particularité assez notable 220 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. pour qu'il me paraisse nécessaire d'en donner une description plus détaillée. Il y a cinquante -six ver- tèbres, dont trente -quatre sont abdominales. Les cotes sont grêles, longues j elles ne portent pas d'apophyses horizontales comme il y en a dans les Truites; mais on voit à la base des vingt-neuf pre- mières apophyses épineuses une arête dirigée hori- zontalement, qui rappelle les os observés dans les dupées. On trouve, d'ailleurs, une bonne figure de ce squelette dans les tables ichthyotomiques de M. Ro- senthal. ^ Cette description a été faite d'après un in- dividu long de trente-deux pouces. Nous avons reçu de Strasbourg une truite péchée dans l'Ill; elle avait été envoyée par M. Hammer. C'était une femelle, à ventre argenté, à flancs rosés, semés de quelques taches irrégulières rouges. Le dos avait quel- ques taches noires, telles qu'on les voit encore. L'adipeuse était bordée de rouge ; toutes les nageoires sont sans taches. Sa dentition est celle d'un saumon. Ce Bécard porte deux dents à l'extrémité du vomer, à côté lune de l'autre, et derrière celles-ci il en existe une troisième. Sur le devant du museau, tout près de la réunion des deux intermaxillaires, il 1. Iloseiilhal , Tab. ichlhyot. , pi. 6. I CHAP. I. SAUMONS. 221 existe une fossette assez profonde, dans la- quelle entrait évidemment le tubercule de la mâclioire inférieure. Ces détails nous font reconnaître un jeune âge de notre espèce ac- tuelle. Le poisson correspond parfaitement à la figure donnée par M. Agassiz, sous le nom de Saumon femelle. D'où il resuite que cet habile zoologiste, qui ne voulait pas admettre le Sahno hamatus^ a précisément représenté les deux sexes du Bécard; mais il a mal déter- miné l'espèce qu'il avait sous les yeux. De même que nous voyons quelquefois sur les marchés de Paris de petits saumons, on y y voit aussi arriver de temps à autre de jeunes Bécards. J'en ai trouvés qui n'avaient pas plus de quatorze à quinze pouces. A cet âge ils ont le corps beaucoup plus étroit, les flancs beau- coup plus aplatis que les jeunes saumons. Il est par conséquent beaucoup plus aisé de distinguer alors les deux espèces. Ces petits bécards ont la fossette de la mâchoire supé- rieure et le crochet de l'inférieure déjà très- prononcés. On les voit d'ailleurs sur des in- dividus beaucoup plus petits, car dans la basse Seine, oii les pêcheurs connaissent bien les deux espèces, ils distinguent déjà les petits du Bécaid à la protubérance naissante du crochet. 222 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Il faut aussi remarquer qu'on ne prend presque jamais dans la Touque que des bé- cards ou de grosses truites, mais très-rarement du véritable saumon. Dans la Rille, les sau- mons remontent les premiers, ils sont suivis des bécards; quand ces deux espèces ont dis- paru, on ne prend plus que des truites {Salar). Il résulte de ces exemples, qui se répètent très -probablement dans d'autres rivières de l'Europe, que les deux espèces ne fréquentent pas ensemble les mêmes eaux. Le saumon précède le bécard au moins de quatre à cinq mois, et la pcche du premier tire à sa fin quand on prend les deux espèces. On n'a pas craint de répéter que Texcroissance de la mâ- choire inférieure du saumon se développait à la suite d'un séjour trop prolongé dans les eaux douces. On n'a pas fait attention que l'on prend des bécards au moment même où ils quittent l'eau salée pour entrer dans la rivière; qu'on en prend dans la mer beaucoup plus fréquemment que de vrais saumons; que Ton prend très-souvent dans certaines parties des fleuves les plus voisines de leur source, la première de nos espèces, tandis que le bé- card ne remonte jamais aussi haut. La chair du bécard est beaucoup moins colorée que celle du saumon ; elle est aussi CHAP. I. SAUMONS. 225 bien plus sèche; ce qui fait que ce poisson est moins estimé que le précédent. Ce saumon arrive sur nos marchés en très- grande abondance au printemps, où on le vend ordinairement sous le nom de Saumon de la Loire, et aussi sous celui de Bécard; mais il reparaît encore vers la fin de la saison dans le mois d'octobre et de novembre. Les marchands le présentent comme de vieux mâles de l'espèce du Saumon ordinaire, quoi- qu'il y ait sur la place autant de femelles que de mâles. Les individus des deux sexes ont toujours le crochet saillant de la mâchoire infé- rieure, et je ne crois pas même qu'on puisse dire qu'il le soit davantage dans le mâle que dans la femelle. Il ne faut pas oublier que les femelles du saumon ordinaire portent un petit tubercule comme les saumons mâles. Que Ton me pardonne ces répétitions; elles me parais- sent nécessaires pour bien fixer les idées. Comme on trouve en même temps des indi- vidus de l'espèce précédente, que Von peut comparer immédiatement avec ceux de celle- ci, on est très-promptement frappé des diffé- rences qui existent entre ces deux poissons. Nous ferons ici la remarque, qui a déjà été faite pour l'espèce précédente, c'est qu'on n'en voit pas de jeunes. 224 LIVRK XXII. SALMONOÏDES. M. Agassiz a cru devoir établir dans une note lue devant l'Association britannique, que le Salmo liainatiis n'était que le vieux mâle du saumon, et son opinion a été adoptée par les icîitliyologistes récents d'Angleterre. Il a reproduit cette idée dans son Histoire des Salmones, et c'est d'après elle qu'il a fait figu- rer sur la planche I.'^^de son ouvrage le Salmo hamatus sous le nom de Salmo salar ou de Saumon du PJiin, mâle adulte. Le trait de la figure est Ibrt exact; il donne bien une idée de l'espèce, mais la couleur ne ressemble pas à celle des individus qui vien- nent sur nos marchés : elle n'est vraie, ni pour la force du corps ni pour la distribution des taches rouges. On peut également dire que l'adipeuse est trop petite. Avant M. Agassiz , Bloch avait énoncé la même idée relativement au sexe du bécard; il l'a représenté dans sa grande Ichthyologie à la planche 98; la figure est reconnaissable, quoique mauvaise, parce que la caudale est beaucoup trop échancrée et parce que les couleurs sont absolument fausses. Bloch a aussi regardé ce poisson comme le mâle du saumon, et il se fonde sur ce que le conseiller Goden, qui a une pèche considérable à Ru- gen, dit que les gens qui ouvrent des milliers CHAP. I. SAUMONS. 225 de ces poissons pour les fumer, n'ont jamais trouvé une seule femelle qui eût un crochet, ce qui est tout à ftiit inexact. Les ichthyologistes du 16.* siècle avaient fait connaître cette espèce ; car Gessner ' en donne une figure un peu rude, comme toutes ses planches exécutées sur bois, mais qui est cependant une des meilleures que je connaisse encore aujourd'hui, et s'il le présente comme un vieux mâle, il faut bien remarquer que Belon'' en a représenté la tête avec non moins d'inexactitude , mais en la donnant comme celle d'un saumon femelle {Caput salmonis fœniinoè). Duhamel'^ en donne la figure sous le nom de Bécard; mais elle est au-dessous de toute critique. Cependant ce que cet auteur dit dans le chapitre II, oii il traite du Bécard, prouve qu'il a bien évidemment vu l'espèce dont nous parlons ici; mais il a perdu les ob- servations qu'il faisait sur la nature, au milieu de toutes les notes plus ou moins confuses qu'il recevait de ses différents correspondants. 1. Gessn., De aquat., liv. 4, p. 825. 2. Belon , De aquat., p. 219. 3. Duhamel, 2.* partie, S- 2, pi. 1, fig. 2, p. 192. 21. l!3 220 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Le Salmone Huch. {Salmo Huchoy nob. ) Ce saumon a le corps pluslonget plus rond; la têie plus allongée que le saumon. La hauteur du tronc est, en effet, six fois et deux tiers dans la longueur totale, et celte mesure ne fait que Its deux tiers de celle de la têie. Le dos est assez large et arrondi. Le dessus de la tête est méplat. L'œil, placé sur le devant et sur le haut de la joue, n'est pas très-grand. Son diamètre est sept fois et deux tiers dans la longueur de la tête. L'angle antérieur de l'orbite est assez avancé et dépasse d'une manière notable le globe de l'œil lui-même ; mais cet intervalle est rempli par une paupière adi- peuse assez épaisse, et au-de.ssus de laquelle existe un petit somcilier qui ne dépasse pas l'angle antérieur de l'orbite et n'atteint pas la narine. Le premier sous- orbitaire est très-étroit au-dessous de l'œil; n)ais il s'élargit en une petite palette au-devant de l'organe et au-dessous de la narine. Les trois autres osselets sous-orbitaires sont cachés sous la peau nmqueuse qui recouvre toute la joue. Le bord du préopercule est reculé aux quatre cinquièmes de la longueur de la tête; il est mince et arrondi, avec quelques légères ondulations. L'opercule n'est pas très-grand; on peut dire qu'il est triangulaire; mais son angle supérieur serait tronqué; l'inférieur est, au contraire, très- aigu. Le sous-opercule est un rectangle assez régu- lier ; l'interopercule est aussi quadrilatère, mais rétréci en avant. Ces quatre os de l'appareil operculalre sont CHAP. I. SAUMONS. 227 bien visibles sur les côiés de la fente de l'ouïe. Le bord membraneux de l'opercule est très- petit. La fente de l'ouïe est très-grande. La branchie opercu- laire est tout à fait rudimentaire. Les râtelures des branchies ne m'ont rien offert de remarquable. Je compte dix rayons à la membrane branchiostège. La fente de la gueule, assez grande, n'a pas cepen- dant le tiers de la longueur de la tète. Le maxillaire n'a que de petites dents; il y en a sept ou huit sur l'intermaxillaire. Le nombre de ces dents est d'ailleurs très -variable, car ces organes tombent facilement comme dans tous les autres saumons. Les dents pa- latines sont assez fortes, en crochets et sur une seule rangée. Il y en a trois ou quatre sur le chevron du vomer; mais le corps de l'os est lisse et sans dents. La mâchoire inférieure paraît dépasser la supérieure quand elle est abaissée; mais quand la bouche est fermée, on doit dire que les deux mâchoires sont égales. La langue, grande, libre, cannelée, comme celles des saumons, a de chaque côté une rangée de sept ou huit dents. La dorsale est sur le milieu de la longueur du corps. L'adipeuse est assez large. Les ventrales sont implantées sous les derniers rayons de la dorsale. L'anale est un peu pointue de l'avant, ainsi que la pectorale. La caudale est fourchue. B. 10; D. 13; A. 12; G. 29; P. 17; V. 10. Les écailles sont très - petites , elliptiques. J'en compte deux cents rangées. Une d'elles, examinée séparément, ne montre que des stries d'accroisse- ment, parallèles aux bords. Il n'y en a point de longitudinales ou de transversales. 228 LIVRE XXII. SALMOiNOÏDES. La couleur du poisson adulte ou vieux est un grisâtre tirant au violet sur le dos. Les flancs et le ventre brillent d'un bel éclat argenté. La tête et les nageoires dorsales ont des teintes verdâtres. La caudale lire un peu au jaunâtre. Le bord de son croissant est gris plus foncé. Les autres nageoires sont jaunâtres. Au-dessus de la ligne latérale le dos est pointillé de taches noires, qui deviennent de plus en plus petites, à mesure que le poisson grandit. Elles tendent à s'effacer quand il est devenu adulte ou vieux. M. i^gassiz , qui a si bien représenté cette espèce, a donné, clans son Histoire des Sal- mones d'Europe, la figure d'un jeune Huchén; elle montre que, dans le premier âge, le corps est traversé par sept ou huit bandes verticales grises ou violacées , qui disparaissent avec 1 âge , comme dans les autres Salmonoïdes, et qui, plus tard, se changent en points. Quand l'ani- mal a un pied de long, on voit encore des points noirs sur le crâne et sur le haut de l'opercule, mais ils sont déjà entièrement ef- facés sur un exemplaire de seize pouces de longueur. Je n'en vois non plus aucune trace sur un poisson long de deux pieds. Il n'y en a pas sur les nageoires de nos exemplaires, et M. Agassiz n'en a indiquée aucune sur sa planche. La coloration que Bloch' a donnée à son Salmo Hucho est donc tout à fait arbitraire. 1. Bloch, pi. 100. CHAP. I. SAUMONS. 229 Les exemplaires sur lesquels j'ai fait les observations consignées dans cet article, ont tous été donnés au Cabinet du Roi par M. le marquis de Bonnay , alors ambassadeur de France près la cour impériale d'Autriche. Ce n'est pas le seul service que ce diplo- mate éclairé ait rendu aux sciences naturelles qu'il cultivait avec passion, en remplissant tous ses moments de loisir par l'étude pleine de charmes de la botanique. Nous lui devons d'autres exemplaires de saumons ou de truites du Danube et des lacs d'Autriche ou de la Bavière. Je me fais un devoir de lui exprimer ici le témoignage de ma reconnaissance pour les services qu'il a rendus à notre ouvrage. Le nom de Huch est déjà cité dans Gessner', et il en donne même une figure dans son Traité de Piscihus, dessin qui lui avait été envoyé de Vienne par un médecin de cette ville. Quoique reconnaissable, elle n'est pas parfaitement correcte, et l'on ne peut pas dire que l'on trouve déjà dans cet ouvrage cette espèce bien établie. Aldrovande'' en a repro- duit une grossière copie; Willugbhy^, au lieu 1. Gessner, De aqual., p. 1015, ou NomenclaL aqual., p. 313. 2. Aldr., p. 592. 3. Wiil., lilsi. fisc, tab. M.'^ \, fig. 6, p. 199. 230 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. de donner une figure originale de ce poisson, s'est contenté de copier celle de Gessner^ mais il le décrit d'après nature, et il signale très-exactement les dififérences qui font distin- guer notre espèce des autres truites. Marsigli ne veut pas omettre ce poisson dans son Histoire du Danube, et je trouve le Huch représenté sous son nom allemand à la pi. 28, fig. 1. Mais bien que la figure soit reconnais- sable, elle est loin d'être bonne : la mâchoire supérieure dépasse notablement l'inférieure ; il y a de la négligence dans les autres parties du trait. Cet auteur indique des taches sur .la dorsale et sur la caudale, comme Gessner l'avait dit avant lui. Il l'indique comme une des plus grandes truites, qui atteint jusqu'à trente livres de poids. Il dit que la chair est blanche, mais molle et moins agréable au goût que celle des autres espèces. Le Huch fraie en juin, le mâle et la femelle se tenant appariés, et se cachant dans les cavités qu'ils se creusent dans les fonds pierreux, malgré leur dureté, par la violence des mouvements de leur corps. Ils évitent facilement les filets des pécheurs, en se cachant dans les retraites où ils élèvent leurs petits, comme dans des sortes de nids. Ces ob- servations se rapportent tout à fait à celles qui sont consignées dans la récente Ichtliyologie CHAP. I. SAUMONS. 251 que J. Reisinger' nous a donnée de la Hongrie. C'est avec les documents donnés par les auteurs que nous venons de citer que Linné a établi son espèce de Salmo Iliicho. M. Hartmann^ fait remarquer, dans son Ich- thyologie helvétique, que l'on a cité dans une description du canton de Lucerne le Salmo Hucli parmi les poissons du lac des Quatre- cantons, mais que l'auteur aurait pris le Ritter ou ^S'. Umhla pour le Hucb. Suivant Cornide^ le Hucho se trouve en Galice : il l'appelle Reo, et dit qu'il entre dans la rivière au mois de mai ; qu'on le péclie en juin et en juillet; que la chair est de bon goût, mais un peu sèche. Suivant le témoignage de Fleming , on trouve encore le Sabno Hucho dans les eaux de l'Angleterre; mais ce qui m'étonne, c'est qu'il est le seul zoologiste moderne qui fasse mention de cette espèce. Ni M. Yarrell, ni M. Jenyns n'en font mention. Celte espèce doit être rare dans les mers du Nord; car les au- teurs des Faunes septentrionales ne le citent pas. Pallas'^ cependant a un Salmo Hucho 1. Reisiugcr, Ichih. flung., p. 38. 2. Harlmauii, Ichlhyol. hck. , p. 113. 3. Coriiiele , /. cit. , p. 8'2. 4. Pallas. p. 344. 252 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. qu'il dit tics -commun dans les fleuves qui versent leurs eaux dans la Baltique. Ce déli- cieux poisson est conservé vivant dans tous les viviers de Pétersbourg. L'auteur du célèbre ouvrage, que je cite, le donne comme plus rare dans le fleuve Rama, et ajoute qu'on le ren- contre dans la mer Caspienne. La description détaillée qui suit ses remarques, se rapporte assez bien à l'espèce dont nous parlons j mal- heureusement l'auteur n'a pas désigné la place des dents du vomer. Il avait reçu de Samuel- George Gmelin un Saumon de la Caspienne, très -semblable au S. Hucho. Il a trouvé ce poisson décrit sous le nom de Hucho dans les manuscrits de Guldenstsedt. Ce voyageur le disait très -commun dans le lac Gokscha , d'Arménie. Il faut observer cependant que M. Nordmann^ dit, que Pallas a dû se trom- per et confondre le Hucho avec une autre espèce de Saumon, attendu qu'il est, suivant lui , notoire que le Salnio Hucho n'habite pas les rivières qui se jettent dans la Baltique. Ce très -habile zoologiste a observé sur le Hucho un crustacé parasite attaché aux bran- chies : il l'a décrit sous le nom de Basanistes Huchonis. 1. Nordmann, Fauna pont. , p. 317. CHAP. I. SAUMONS. 233 Le Saumon Ocla. {Salino ocla, Nilsson.) Je trouve, dans l'ouvrage de M. Nilsson, l'établissement d'une espèce de Saumon que ce zoologiste croit différer et du -5'. Huclio de Bloch et de celui de Pallas, Il le donne comme un poisson ayant les yeux pelilsj l'iris blanchâtre. Le dos d'un noir verdàtre. Les côtés et les opercules argentés , couverts de taches noires. Les écailles plus petites et plus nombreuses que celles du saumon. La dor- sale entièrement tachetée. A l'automne, la mâchoire prendrait un crochet comme celle du Récard ; mais le corps ne serait jamais orné de taches rouges. Ce poisson sortirait de la mer Baltique pour remonter dans le fleuve de Dalefven et peut-être dans les autres. Il se présente en Suède, à Elfkarlly, plus tard que le saumon ordinaire. On le prend en plus grand nombre au mois de juillet. Sa chair est blanche. Cette description laisse encore beaucoup à désirer j c'est donc avec doute que j'indique ici cette espèce. Z/'Ombre chevalier. {Scdmo umhla, Linn.) Un saumon commun dans l'est de la France, 234 LIVRE XXIl. SALMONOÏDES. dans la Suisse, clans le Tyrol, est l'Ombre chevalier. Ce poisson a le corps beaucoup plus arrondi el plus trapu que le Huch et même que le Saumon. La tête me paraît un peu plus allongée que le corps n'est élevé, et à peu près du cinquième de la longueur totale. Ces proportions me paraissent cependant offrir quelques variations. Les deux mâchoires sont égales. Le bord montant de Topercule descend un peu obliquement. Les trois autres pièces operculaires se montrent à peu près comme dans le Hucho. Il n'y a aussi que dix rayons à la membrane brancliioslège. Les inter- maxillaires ont de fortes dents sur deux rangs irré- gullers. Il y a aussi un groupe de sept ou huit dents crochues sur le chevron du vomer, et pour se faire une idée juste de ces dents vomériennes, nous ren- voyons à la figure donnée par M. P\.ichardson. ^ Nous avons compté sur noire exemplaire deux cent dix rangées d'écaillés. La couleur de ce saumon est un gris verdàtre sur le dos, tacheté de points blancs pâles. Le ventre est jaunâtre. Les vieux mâles ont les maxillaires, l'opercule et le ventre salis d'un noir de charbon, qui les distingue tout de suite des femelles adultes. Celles-ci paraissent avoir le dos plus clair et moins tacheté. La dorsale est bleuâtre; la caudale, de même teinte, a du jaune sur la base des rayons mitoyens. Les nageoires inférieures sont jaunes, avec les deux ou trois rayons externes 1. llicliaidcon , Faunn vor. amer., [>1. 9-2 , t'g. 5, a cl o. CHAr. I. SAUMONS. 255 bleuâtres. Toutes ces teintes sont beaucoup plus pâles dans les femelles. L'adipeuse n'a pas de taches. Nous possédons, au Cabinet du Roi, un. bel exemplaire de ce saumon, long de deux pieds et huit pouces, qui a été envoyé à notre Muséum par les soins de notre illustre confrère et ami , M. Decandolle. La meilleure ligure à citer de cette espèce est celle que nous trouvons clans l'Histoire naturelle des poissons d'eau douce de l'Europe centrale. M. Agassiz a fait représenter le mâle et la femelle adultes , puis il a donné la ligure d'une jeune femelle péchée, avant la ponte, dans le lac de Zurich au mois de novembre. Il la représente avec le dos coloré en vert olivâtre très -foncé sans aucune tache; les flancs sont noirâtres, couverts de petites ta- ches plus pâles. Le ventre est d'un rouge orangé sah. Les nageoires , à l'exception de la dorsale, sont d'un rouge-brique; celle du dos est terre d'ombré. Malgré ces différences très- sensibles de coloration, il n'est pas difficile d'admettre que le poisccn de la planche IX et celui de la planche XI ne soient de la même espèce, à cause de la ressemblance des formes. Notre savant ami a encore représenté un Omble plus jeune. Celui-ci paraît avoir le corps plus allongé, le museau [)lus pointu 25G LIVRE XXII. SALMONOÏDES. et la tête proportionnellement plus longue. Le fond de la couleur est comme dans l'adulte, un vert noirâtre piqueté de blanc sur le dos et de jaunâtre sur les parties inférieures. Mais à cet âge les joues, les flancs et la dorsale sont piquetées de points rouges qui, d'après ces figures, disparaîtraient dans un âge plus avancé. On voit quelques points blanchâtres perdus dans l'olivâtre du dos. Piondelet' a plutôt indiqué qu'il n'a véri- tablement fait connaître l'Omble. Mais le Carpione de Salviani"" en est une représenta- tion beaucoup plus reconnaissable. On con- çoit en effet que l'iclithyologiste de Rome ait mieux fait connaître un poisson qui est cé- lèbre dans toute l'Italie à cause de la délica- tesse de sa chair. Gessner ne fait que le copier. La figure de DuhameP, que Ton cite ordinai- rement, me paraît tellement mauvaise qu'on ne peut en quelque sorte reconnaître le pois- son que par son inscription. Le poisson dont nous nous occupons est le Charr des Anglais. Déjà Willugliby"* avait associé au Charr du pays de Galles le Car- 1. Rondelet, De Piscibus lacust., p, 160, ch. 13. 2. Salv., ylquat., p. 99, pi. 25. 3. Duli., Tiailé des pèches, 2." paît., S- Hj l»'- 3, fig. 3. 4. Will., m fisc, p. 196, eh. 16, él 197, ch. H. CliAP. I. SAUMOrs'S. 257 ])ione du lac de Garda; et il a même repro- duit la figure de Salviani. La description qu'il en donne est également fort exacte; il avait aussi signalé l'absence de dents sur le milieu du palais. Si nous prenons maintenant Artedi, et Linné qui l'a suivi, en publiant les œuvres de son ami , nous trouvons des confusions dans l'éta- blissement de cette espèce et des Saumons voisins, tels que le S. sahelinus, S. alpinus, etc. \ mais nous ne croyons pas cependant devoir admettre l'opinion soutenue par M. Agassiz à l'association britannique, qui est de considérer les S. alpinus , S. marinus, salve- liniis y unihlu, comme différents états d'un même poisson, et ce qui me paraît surtout étrange, c'est d'oublier dans cette liste le S. carpio. L'espèce n.° 4 cle la synonymie d'Ar- tedi repose sur le Carpio de Salviani et le Gilt-Gharr de Willugbby. Elle est devenue dans la dixième et la douzième édition du Sjstema natiirœ le S. carpio. Mais comme le Carpio de Salviani est l'Umbla de Rondelet et de Gessner, il en résulte que les S. carpio S. mnhla représentent la même espèce. Je ne vois pas l'Omble cité dans Scliœne- velde, dans Siemsen et encore moins dans les auteurs septentrionaux , puisqu'il n'est 238 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. pas dans le Faiina suecica. L'Omble paraît aussi se trouver dans les eaux du Danemarck, puisque nous le voyons cité dans le Fauna danica, sous le nom (\eS. carpio ^ et il s'avance beaucoup plus loin vers le Nord; car Otlion Fabricius le compte aussi 'parmi les poissons du Groenland. 11 lui donne pour nom groen- landais Ekalluk, Kevleriksok. Il peut être compté parmi les espèces les plus communes au Groenland : il se tient dans les lacs, les fleuves et à leur embouchure. Sa nourriture consiste en Harengs, en Epinoches, en Mal- lottes [Salmo arcticus\ en petites Crevettes. 11 prend aussi les annélides ou les vers que l'on trouve dans la vase, et ne dédaigne pas même les œufs de poissons. Mais il paraîtrait que ses habitudes dans ces contrées boréales sont différentes de celles des individus vivant dans les lacs de la Suisse. Fabricius dit que ce poisson nage avec une grande vitesse, qu'il saute avec force. Il s'approche du rivage avec le flux de la mer et s'en éloigne par le reflux; il remonte également les fleuves quand ils grossissent, et les descend quand l'eau dé- croît. En automne, il est plus nombreux et plus gros dans les fleuves oii il vient frayer. On le mange séché ou fumé avec le Lichen 7YW gif ej^inus. On fait de sa peau des bourses CHAP. I. SAUMONS. 239 et plus rarement des voiles pour les bateaux. Sa chair est délicate, et agréable même aux étrangers. Comme TOmble chevalier est très- commun dans le lac de Genève, nous devons trouver dans les auteurs qui ont traité de richthyologie helvétique des documents sur cette espèce. En efï'et, nous la voyons citée dans Hartmann^ et dans Jurine^. Ces auteurs remarquent que dans un Omble de huit à dix livres de poids la queue est carrée à l'ex- trémité, tandis que les jeunes ont la caudale fourchue. Ces poissons nagent lentement : quand ils sont pris, ils font peu d'efforts pour s'échapper du filet; ils habitent pendant pres- que toute l'année les grandes profondeurs du lac; ils ne remontent pas comme les Truites et les Saumons les rivières et les fleuves. Pendant vingt- cinq ans on n'a pris qu'un Omble dans les nasses du Rhône. L'Omble fraie en janvier et en février; à cette époque il s'approche du rivage et dépose ses œufs autour des rochers ou sur de petites places garnies d'herbe. M. Jurine dit qu'autrefois on. prenait des Ombles de vingt- cinq à trente livres dans le lac, mais il ajoute qu'il n'en a 1. Ilartm., Ichlhyol. heh., p. 130. 2. Jurine, î'oiss. du Léman, p. 119, pi. 5. 240 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. pas vu d'un poids supérieur à douze livres. La chair grasse et délicate de ce poisson est préférée à celle de la Truite : elle est un peu rougeâlre, mais cependant moins que celle des Truites saumonées. Il a fait une obser- vation curieuse en s'assurant de la vérité d'une remarque des pécheurs. Ces hommes s'accor- dent à dire que les Ombles conservés dans des réservoirs deviennent promptement aveu- gles. Il examina six Ombles de différente gros- seur; en ayant remarqué un qui avait les yeux ternes, il chercha la cause de cette opacité et il reconnut que le crystallin devenait par places d'un blanc de lait. Il plaça les autres dans un réservoir traversé par une eau vive et courante. Au bout de huit jours l'un d'eux était devenu aveugle , et au bout d'un mois tous les individus étaient affectés de cataracte. Ayant fait part de cette observation au direc- teur de la ferme du Rhône, celui-ci lui assura avoir fait la même remarque et avoir constaté qu'après un plus long séjour dans un réser- voir les yeux se flétrissaient dans leur orbite. L'Omble qui existe dans le lac des Quatre- cantons et dans celui de Neuchâtel, ne paraît pas exister dans celui de Constance , car M. Nenning n'en fait pas mention. Les citations que nous avons faites plus haut nous l'ont CHAP. I. SAUMONS. 241 montré dans les lacs d'Italie. M. Reisinger le compte aussi parmi ses poissons de Hongrie, et il croit que le Salmo salvelinus et le Salmo salmariniis indiquent aussi la même espèce. Nous verrons dans l'article suivant sur quel fondement nous croyons devoir les distinguer. L'Omble, qui manque aux rivières de France qui se jettent dans l'Océan, est commun dans les grands lacs d'Angleterre et surtout du pays de Galles. Outre le témoignage de Willughby que nous avons déjà invoqué, nous devons citer Pennant*, qui traite dans son article du Charr et des différentes variétés désignées sous les noms de Case-Charr, de Gelt-Charr, de Red-Charr, et Barren-Charr. Il rappelle aussi le nom de Torgoch, qui lui est donné dans le pays de Galles. Donovan a publié après Pennant, mais sous le nom fautif de S. alpinus de Linné, une figure de l'Omble chevalier. Il le représente bleu sur le dos, rose sous le ventre, les nageoires paires sont roses, les au- tres nageoires tirent plus ou moins au verdâtre; le corps est couvert de points pâles. C'est sur ce document que Turton et Fleming ont fait reposer leur Salmo alpinus. M. Yarrell'' a dis- tingué le S. itmbla du S. salvelinus , et il a 1. Pennant, t. III, p. 256. 2. Yarrell, Poiss. d'Angl., p. 65. 21. l6 242 LIVRE XXTI. SALMONOÏDES. donné du premier une figure fort recorinals- sable sous le nom de Nothern-Charr , et est entré dans de très -longs détails sur 1 histoire de ce poisson. Il dit qu'il atteint très-rarement deux pieds de long. M. Jenyns a aussi distingué le Cliarr, qu'il appelle également 6". umhla. Cet auteur o])serve que ce poisson varie beaucouj) de couleur. Il existe aussi dans le Recueil des poissons de Madame Bowdicli une brillante représentation du Cliarr des contrées septen- trionales de l'Angleterre. Presque tous ces auteurs ont cru retrouver dans leur Charr le Salmo aïpinus de Linné, mais je regarde cette synonymie comme fau- tive, ainsi que je m'en vais le dire dans l'ar- ticle suivant. Quant au S. aïpinus de Blocli, je crois qu'il faut le rapporter au S. umbla. En effet, Blocli a donné un dessin qu'il avait reçu de Saint-Gall par le docteur Wartmann; Bloch l'a fait graver, et très -probablement il aura altéré ce dessin, comme il ne lui est arrivé que trop souvent dans son Icbtbyo- logie : car j'ai dessiné à Berlin, en iSay, deux individus de la collection de Blocb, l'un con- servé dans falcool et l'autre dessécbé, appelés Salmo alpinuSy et qui tous deux sont certai- nement le S. umbla. Je vois que M. Faber n'a établi dans son CHAP. I. SAUMONS. 243 îcbthyologie d'Islande qu'un Salnio alpinus, comprenant celui de Linné, de Fabricius et de Molir, mais renfermant aussi, comme une variété marine, le S. carpio de Linné, du Faiina groénlandica ou de THistoire natu- relle de l'Islande par Mohr. Ces citations me font croire que l'Omble se trouve en Islande comme au Groenland, qu'il y vit avec le S. alpiniLS, mais que M. Faber n'a pas distingué convenablement ces différentes espèces. Le Saumon kundsha. {Salmo leuconieniSy Pallas. ^) J'ai également dessiné et décrit à Berlin le poisson que Pallas a appelé S. leucomenis. Les formes le rapprochent de l'Omble, mais comme la langue , les palatins et le vomer étaient enlevés sur l'individu préparé, je ne puis placer cette espèce dans ce groupe que d'après l'indication malheureusement un peu vague laissée par Pallas sur la disposition des dents. La couleur est argentée, un peu bleuâtre, avec des taches orbi- culaires blanches, devenant verdâtres près du dos. La teinte générale se rembrunit d'ailleurs sur le haut du corps ; elle est très-blanche sous le ventre. Les pec- torales sont blanchâtres. Les ventrales sont blanches. 1. Pallas, Fauna Rosso-asîai. , III, p. 356. n." 254. 244 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Pallas dit que la chair est plus rouge clans les individus de la Sibérie boréale que dans ceux de la Sibérie orientale. La forme des taches, telle que je l'ai indiquée sur mon dessin, me fait croire que ce poisson est dif- férent de rOmble , bien qu'il en soit voisin. Le Saumon des Couriles. {Salmo cwnlus , Pallas.) J'ai aussi dessiné à Berlin le S. ciirilus d'a- près des exemplaires de Pallas % et déjà, en 1826, je décrivais ce poisson, en disant qu'ils portent cinq dénis à rintermaxlllaire, dix-sept aux maxillaires, vingt -six à la mâchoire inférieure (treize de chaque côté), seize ou dix-huit aux pa- latins, cinq sur le chevron du vomer, plus grandes que les autres, et dix sur la langue. La couleur du corps est noirâtre sur le dos; brune ou olivâtre sur les flancs. Le ventre est blanc. Des taches nom- breuses, espacées en quinconce, fliuves et pâles au- dessous de la ligne latérale, plus rares et moins marquées au-dessus d'elle, couvrent les flancs. Les nageoires sont tachetées de brun. Les pectorales ont la base rougeâtre. Ce poisson, long d'un pied, a été' observé par Merck dans les ruisseaux des iles Couriles. 1. Pallas, Fauna Rosso-asiat , , ÏII? p. 351, n." 251. CHAP. I. SAUMONS. 245 Ce Saumon est, comme on voit, très-voisin de rOmble et non du S. callaris , qui a des couleurs très- différentes aux nageoires infé- rieures. Le Saumon lisse. {Salrno lœvigatus, Pallas. J'ai encore pu faire un dessin, d'après les individus secs conservés au Musée de Berlin, du S. lœvigatus de Pallas. Je n'en connais pas assez bien les dents pour le caractériser et pour le joindre au S. imihla ou pour l'en distinguer. L'espèce en est cependant voisine; car elle n'a pas de dents sur le vomer, c'est confirmé par l'expression de Pallas : Palati fornix ca- vns incnnis. Le poisson n'est donc pas aussi voisin du S. fario que ce grand zoologiste le pensait. Il ajoute que le corps est comprimé. Le museau court et obtus ; que les mâchoires sont presque égales quand la bouche est fermée. Les nombres sont : ^ B. 12; D. 11; A. 10; C ; P. 13; V. 8. Le corps, argenté et sans taches, a le dos bleuâtre. Les nageoires inférieures paraissent avoir été rous- sâtres. Ce poisson vient des îles Couriles, d'où 1. Pallas. Fauna Rosso-asiat., \\\, p. 385, n." 266. 24 G LIVRE XXII. SALMONOÏDES. il a été rapporté par Merck. Les deux indi- vidus envoyés à Pallas sont longs de six pouces. Le Saumon Salvelin. {Salino salvelinus y Linri.) Les eaux douces de l'Europe nourrissent une espèce de saumon que l'examen des dents caractérise et fait par conséquent reconnaître avec facilité. Il n'y a, en effet, dans cette espèce que quatre ou cinq dents implantées sur une ligne transversale à rexlrémité du chevron du vomer. C'est d'ailleurs un poisson dont on peut dire que les deux mâchoires sont égales. La supérieure paraît cepen- dant un peu plus courte. Le maxillaire est droit et la distance de son extrémité au bout du museau égale celle mesurée entre celte même extrémité et le bord de l'opercule. Les dents du palais sont sur un seul rang; dentition différente de celle de l'Omble cheva- lier. La tête un peu plus petite que le cinquième de la longueur totale. Les écailles paraissent très-petites, et cependant je n'en conjpte que deux cent vingt-sept rangées dans la longueur. Le poisson frais est d'un vert bleuâtre sur le dos, rouge très-foncé sur toutes les parties inférieures. Les flancs sont couverts de taches rouges; mais celles-ci semblent disparaître suivant les saisons ou suivant l'âge; car j'en ai un exem- plaire qui n'en porte aucune trace. La dorsale est verte. Les deux derniers rayons ont seulement un peu de rouge. La caudale, un peu plus pâle, a des CHAP. I. SAUMONS. 247 teintes rouges sur les rayons. Tout le venue, ainsi que les nageoires inférieures, sont d'une belle cou- leur rouge. Le bord antérieur de l'anale et des deux nageoires paires est blanc. Je fais cette description sur de beaux exem- ])laires prépares pour notre Musée par les or- dres de M. le conseiller aulique de Schreibers, directeur du Musée impérial de Vienne, et sur d'autres, de même taille, envoyés de cette capitale par M. le marquis de Bonnay. Le poisson que je viens de décrire se rap- porte très bien à la figure de Bloch, et l'on comprendra cette identité quand on saura que Bloch avait reçu le sien d'Autriche, par con- séquent du même lieu que nous. Il y a rap- porté le Saimo sahelinus de Linné. Or, je crois que celui-ci n'est pas le même que celui de Bloch; car Linné a copié la phrase d'Ar- tedi, qui donne pour caractère à son poisson d'avoir la mâchoire supérieure un peu plus longue que l'inférieure. D'ailleurs , je ferai remarquer que toute la synonymie d'Artedi repose sur les figures de Rondelet; car Gessner et Willughby ne sont que des copistes de l'ichtliyologiste de Montpellier, et, sans aucun doute, le Sahno altei^ Leniani lacus sive Umhla altéra^ ne peut pas être la représentation de 1. RonJclcl, De fisc. îacusî., p. 160, eh. l'i. 248 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. notre poisson. D'ailleurs, je suis convaincu que Linné a fait une autre confusion, lors- qu'il a donné pour le S. sahelinus d'Artedi un poisson qui venait d'Autriche, auprès de Lintz. Il est très- probable que l'auteur du Sjsterna natiirœ aura mal déterminé son espèce. Blocli cite encore le S. salmarinus de Linné, lequel, d'après Artedi, repose uni- quement sur la figure de Salvian}\ Cette figure me paraît indéterminable. Est-ce sur elle qu'Artedi a composé la phrase caracté- ristique appliquée au Sahelinus par Linné, ou sur les poissons de Norvs^ége que j'ai sous les yeux? Cette phrase a-t-elle été faite d'après nature et transposée dans les papiers d'Artedi, lorsque Linné les a publiés? C'est ce que je n'ose décider. Mais, dans tous les cas, si je conserve le nom de S. sahelinus , il est bien entendu que je le prends d'après la figure de Bloch, et que j'exclus toute la synonymie li- néenne que cet auteur a jointe à son espèce. Notre poisson est aussi le Salbling de Mar- sigli^ C'est même la seule figure des trois espèces voisines qu'il a données, qui soit faci- lement reconnaissable; voilà pourquoi j'ai cru .1. Salviani, fol. 102. "2. Marsigli, t. XXIX, fig. 1. CHAP. I. SAUMONS. 249 devoir me dispenser de citer les deux autres, et surtout la première à l'article de l'Omble. he Saumon roïe. {Salmo alpinus 3 Linn.) L'abondance des matériaux réunis dans le Cabinet du Roi, m'a permis de distinguer des espèces extrêmement voisines les unes des autres, parce que j'ai pu faire une comparaison immédiate de plusieurs individus de chacune d'elles. Nous possédons plusieurs Truites, rappor- tées de Norwége par Noël de la Morinière, ou de Suède et d'Islande par M. Gaimard, le chef actif de l'expédition scientifique au Nord. L'une de ces Truites me paraît répondre par- faitement à la figure d'Ascanius, et être son véritable Roëding. Comparée au Salveliniis du Danube, on voit qu'elle s'en distingue par une lêle plus ëtrolie, par un uiaxillaire plus court et plus grêle, par des dents plus fines et plus longues. Il y en a quatre sur une bande transversale au chevron du vomer. Les deux mâchoires sont égales. D'ailleurs, les écailles ne sont guère plus grosses. La caudale est un peu fourchue. Les nombres sont : B. 11; D. 13; A. 10; C. 25; P. 14; V. 9. La couleur du poisson, conservé dans l'alcool, 260 LIVRE XXI. SALMONOÏDES. est devenue noirâtre, avec des points sur les flancs. On voit encore que l'anale et la ventrale étaient rougeâtres, et que le premier rayon de la nageoire paire était blanc. Ascanius ^ le peint d'un rouge lie de vin très-foncé sur le dos, devenant plus vif sur les cotés et pâle sous le ventre. Il a la gorge blanche. Les points des flancs se détachent en clair. La dor- sale est grise; la caudale est d'un brun rougeâire à sa base, boidée de rouge pâle. La pectorale, du même gris que la dorsale, est terminée par du rougeàtre, et n'a pas de bordure blanche. La ventrale est rouge, avec le premier rayon blanc. L'anale, sans bordure, est du même rouge que la ventrale. Ascanius appelle ce poisson du nom de Roïe, et il le croit le véritable S. alpinus de Linné. C'est effectivement le seul de nos Om- bles qui correspond parfaitement à la descrip- tion du Fauna suecica ^. Je ferai seulement remarquer que toute la synonymie, prise dans Artedi, serait mauvaise. Le Salmo alpinus se trouve cité dans riclithyologie Scandinave de M. Nilsson; mais il a eu tort, selon moi, d'y rapporter le S. saheliniis àe Blocli, et je crois aussi le S. erjthreus de Pallas. Nous avons pu faire un squelette de celte espèce; nous lui avons compté soixante-sept \. Ascanius, Icon. rer. nat. , t. W'iil. '2. Faun. suce, ,i. 117, n." 310. CHAP. I. SAUMOiNS. 2o1 vertèbres, dont trente-cinq sont abdominales. Notre individu a près d'un pied de long. Cette espèce habite dans les lacs alpins de la Laponie les plus élevés, où elle est très- abondante et presque le seul poisson. Linné remarque, avec raison, qu'il est difficile de concevoir comment ce poisson peut trouver une nourriture suffisante dans des eaux gelées pendant neuf à dix mois de l'année, et ou on ne trouve ni herbes ni vermisseaux. Ascanius dit que sa nourriture consiste en larves de moucherons. Le Roïe lui semble destiné, par la nature, à subvenir aux principaux besoins du Lapon des Alpes boréales. Comme ce pois- son est agréable à voir à cause du brillant de ses couleurs, et comme sa chair est d'un excel- lent goût, on a su le transplanter et le con- server dans des petits parcs d'eau de fontaine. Pallas ' a rapporté au S. alpinus d'Ascanius un poisson, décrit par Georgi^ sous le nom de S. erythrinus. Il a seulement changé l'épithète en disant S. erjtlireus. Ce poisson a le corps allongé, épais; le dos et l'abdomen assez con- vexes. La couleur est semblable à celle des poissons figurés par Ascanius. Comme la ven- trale seule est très-rouge, avec le bord blanc, 1. Pallas, Fauna liosso-asiat., III, p, 349, n." 250. 2. Georgi, Itin. , t. I, p. 186, lab. i, fig. 1. 252 LIVRE XXI. SALMONOÏDES. j'admets assez facilement la détermination de Pallas en ce qui concerne Ascanius, mais non pas en ce qui concerne les citations deWillugliby et de Pennant, ainsi que celles de Bloch. Georgi a trouve ce poisson en grande abon- dance dans le lac alpin de Frélicha, qui verse ses eaux, par torrents, dans les cotes orien- tales du lac Baïkal. Les Russes riverains de ce lac l'appellent Krasnaja-Ryba^ mais cette dénomination s'appliquerait, d'après les observations de M. Merteus, à tous nos sau- mons rouges. Je trouve dans Fabricius^ un S. aJpinus^ qui, selon lui, différerait très-peu de l'Omble chevalier j si bien que, pendant tout son séjour au Groenland, il ne l'en distinguait pas. Mais, de retour dans son pays, il a cru retrouver dans cette variété le S. alpinus de Linné. La description est un peu vague. On doit se contenter de cette simple indication. Cette espèce a été le sujet d'observations curieuses publiées dans les Mémoires de Stock- holm, et que mon savant confrère et ami M. Rayer^ n'a pas omis de rapporter dans son beau travail sur les maladies des poissons. 1. p. nS, u." 125. 2. Ra^ei. Arcli. rnéd. compar. , n."' 4 cl 5. [>. -bo. CHAP. I. SAUMONS. 255 Antoine Roland Martin' dit qu'il a vu à Berg- hen, dans l'automne de 1759, des poissons lépreux. Il entendit affirmer que des lacs en- tiers étaient pleins de ces poissons malades. Il croit même que plusieurs autres espèces de truites étaient affectées en même temps que le Roéding; et il inclinait à admettre que la lèpre était plus commune parmi les habi- tants des bords de ces lacs, que dans ceux des autres contrées. Il faudrait de nouvelles observations plus étendues, mieux faites sur ces maladies des poissons observées en général par des hommes peu instruits, et qui em- ploient pour désigner une affection qu'ils ne connaissent pas bien, des mots qui désignent une maladie dont la nature est bien déter- minée et nettement connue. Quand on parle de saumons ladres, il ne faut pas admettre que ces poissons ont la chair farcie de cysti- cerques, comme les cochons ou Thomme souf- frant de ladrerie. Nous ne connaissons pas bien la maladie de nos saumons. Il en est de même très- probablement de cette lèpre des truites alpines de A. R. Martin. La lèpre est malheureusement commune sur les côtes de 1. Amnerk. ilber die sogenannten aussiitzigen Fische , von And. Roi. Martin, K'on. Ak. der Wissenscliaflen von Stockholm, 1760; t. XXII, p. 301. 254 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Norwege, et les truites qui changent d'aspect, ou qui meurent peut-être après la ponte, sont dites lépreuses. Il faut espérer que les zoolo- gistes ou les médecins liabiles de Bergîien traiteront un jour cette question curieusp et importante pour la physiologie générale. Le Saumon kulmund. {Salmo carhonarius ^ Ascanius.) Nous avons encore reçu de Norwege, par Noël de la Morinière, une autre Truite de Norwege, dont Ascanius a donné une f.gure parfaitement reconnaissable : c'est le Kulmund des Norwégiens, qui est devenu dans le travail de Strom le S. carhonarius, et que nous voyons adopté dans l'ouvrage de Nilsson. Ce poisson est remarquable par la longueur de ses maxillaires arqués. Sa mâ- choire supérieure dépasse évidemment l'inférieure. Les dents forment un petit groupe sur le chevron du vomer; celles des mâchoires sont assez fortes. La caudale est un peu fourchue, B. l'O; D. iO; A. 7; C. 25; P. 12; V. 9. La couleur du poisson, conservé dans l'eau-de-vie, est noirâtre. Des taches paraissent sur le corps. Les nageoires, pectorales et ventrales, ont un fin liséré CHAP. I. SAUMONS. 255 blancliàlre. x\scaiiius', qui a vu le poisson frais, peint le dos presque noirâtre, les flancs violets, couverts de taches argentées; le ventre blanc; les nageoires sont bleuâtres; la base de la caudale tient de la couleur du dos. Ce Rulmuod a été observe par Ascanius dans le Randsfjord. La pèche de cette espèce produit très-peu, parce que le poisson a une chair blanche, molle et peu estimée. C'est aussi l'opinion de M. Nilsson : suivant cet auteur , le Rulmund se tient dans les lacs des régions boisées de la Nor^?vége occidentale, mais quil ne s'élève jamais dans les eaux alpines; il ne quitte le fond des lacs cfu'aii moment du frai ; on le pèche dans l'été avec des lignes amorcées d'une grenouille vivante. Cette espèce est la seule qui convienne à cette phrase de la synonymie d'Artedi : Sahno pedalis maxilla superiore lojigiore. Mais il faut observer de suite, que les citations placées dans cette synonymie sont fausses; car elles se rapportent toutes à un poisson entièrement différent. Si l'on s'en tenait à la phrase d'Ar- tedi, sur laquelle l'espèce a été établie , le S. sah'elinus de la 12.^ édition de Linné serait la dénomination linéenne à donner à notre 1. Ascaiiiiis, Icon. rer. nai. , t. XXXIII. 256 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. poisson. Mais Linné fait une confusion , en disant que son Sal^elinushaihhe en Autriche, à Lintz ; car nous avons vu que ce poisson du Danube a la mâclioiie supérieure plus courte que l'inférieure. Voilà donc pourquoi nous préférons laisser ces dénominations lin- néennes et que nous nous en tenons à celles de Strom et de Nilsson , et à la figure d'Asca- nius. Le Saumon d'Ascanius. {Salmo Ascanilj nob.) Ascanius* nous a donné la figure d'une troi- sième espèce, voisine des deux précédentes, qui tient aussi du Sahelinus , mais qui me pa- raît différer de toutes les trois : c'est celle de l'espèce qu'il a également appelée le Roéding ou Rœtelet. Celui-ci diffère du Salvelinus , auquel on peut le comparer, parce qu'il a la bouche beaucoup moins fendue, car le maxillaire dépasse à peine le bord antérieur de l'orbite. La tête est petite. D. 12; A. 10; C. 18; P. 13; V. 8. Cette espèce se trouve dans les lacs de Christiandsandvis près de la côte; on en a rap- 1. Ascaivlus, t. XXX[[. CHAP. I. SAUMONS. 257 porté une vingtaine à Ascanius pendant son séjour à Stavanger, La couleur du poisson frais est brune sur le dos, tachetée de points plus pâles; les flancs sont jaunâtres, le ventre est rouge , les ventrales et l'anale sont rouges, bor- dées de blanc, les pectorales sont rougeâtresj les trois autres nageoires tiennent de la cou- leur du dos. Je ne possède pas ce poisson parmi les exemplaires qui nous sont venus de ces contrées septentrionales; mais comme j'ai vérifié l'exactitude des figures d'Ascanius sur les S' atpinus et S. carhonariiis, je n'ai pas de raisons pour supposer que la figure de ce Rôding soit moins (idèle. Or, la petitesse de la bouche ne peut me faire admettre que cette planche représente un poisson de la Blême espèce que le S. sahelinus du Danube. C'est cependant ce que M. Nilsson' a cru, en donnant notre poisson comme le S. saheliniis de Linné. Ascanius a vu que l'on conservait aussi ce poisson dans des réservoirs ou dans des étangs, parce que la pèche n'en est pas abondante et qu'elle dure peu de temps. 1. Nilsson, Ichih. scand., p. 10, n.° 11. 21. 258 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Le Saumon automnal. {Salmo autumnalis y Pallas. ) Le saumon que Pallas a inscrit sous le nom de S. autinmialis est tellement voisin du pré- cèdent, que j'ai hésité à l'en distinguer. Cette espèce a la têle noirâtre, le dos rembruni; il devient cendré au-dessous de la ligne latérale; le ventre tacheté çà el là de rouge, comme sanguinolent, sur un fond blanchâtre; la dorsale est brune; les pectorales sont rouges, les ventrales et l'anale, de la même couleur, sont bordées de blanc. Pallas dit que ce poisson remonte en troupe dans la Néwa au mois d'octobre. Ces Saumons entrent dans le fleuve pour y frayer, quand ils sont pleins de laite ou d'œufs. Leur chair rouge est plus molle que celle du Huch. Nous avons reçu de bons exemplaires de cette espèce par la générosité de S. A. L la grande duchesse Hélène de Russie. On pren- drait ce Salmonoïde pour un jeune saumon. Mais il en est distinct. J'ai aussi pour garant de ma détermination le dessin que j'ai pris à Berlin sur l'individu desséché et original de Pallas. La petitesse du maxillaire se rapporte tout à fait à la confor- CHAP. I. SAUMONS. 259 mation du squelette de l'espèce précédente que j'ai sous les yeux. J'ai encore trouvé dans le même Musée un saumon rapporté du Japon par M. Langsdorff; le dessin de la tête, et surtout des mâchoires, ressemble tellement au précédent, que je ne crois pas me tromper en les réunissant. L'œil me paraît cependant un peu plus petit. Le Saumon ventru. (Salmo "ventricosus , nob.) Je vois encore dans la liste des Sahelini de M. Nilsson un -5*. ventricosiiSy qui me paraît extrêmement voisin du S. Rœdins: d'Ascanius, mais qui tia.-t aussi du S. carbonariiis de Strom. C'est un poisson à ventre gros, noirâtre, marqué de taches blanches sur les flancs. Le museau est court, tronqué obli- quement. Les mâchoires sont presque égales. Il ajoute que les yeux sont petits; que l'abdomen est gris, l'iris jaune, et que l'intérieur de la bouche, noire, est marbré d'orangé. Ce qui le distingue de tous les autres, c'est que le bord des pectorales, des ventrales et de l'anale est blanc. Ce poisson, long d'un pied, lui a été dé- signé par les Norwégiens de Sidgal, sous le nom de Gantesfisk. On ne l'a encore trouvé 260 LIVRE XXTI. SALMONOÏDES. que dans ce lac, dont il habite les grandes profondeurs. Le Saumon Golez. {Salrno callaris , Pallas, fîg. 352, n.° 252.) Le S. callaris de Pallas diffère très-peu de ce *S'. ventricosus de Nilsson , et je vois que ce grand naturaliste a été fort incertain sur la synonymie, et par conséquent, sur la déter- mination de cette espèce. La mâchoire inférieure est plus longue, plus ro- buste, plus pointue que la supérieure. Les dents sont égales et en petits crochets. Les pectorales , les ventrales et l'anale sont rouges, avec leur premier rayon blanc. Mais ce qui le distingue du précédent, c'est que le dos est brunâtre, semé de grandes taches d'abord pâles , mais devenant ensuite rouge de cinabre j l'abdomen est rouge. Pallas observe que tous ces poissons man- quent à la Hussie et à la Sibérie; mais qu'ils entrent en troupes dans tous les fleuves qui se jettent dans la mer orientale. Steller rap- porte que, dans un lac du cap de Rronok au Ramtschatka, il vit des variétés de ce S. callaris qui avaient le ventre plus gros, qui étaient d'une couleur livide, sans reflets argentés, à ventre blanc, à pectorales jaunâ- CHAP. I. SAUMONS. 261 très, a ventrales plus rouges, et à anale plus rembrunie. Ce n'est peut-être effectivement qu'une variété du précédent. J'ai dessiné le S. callaiis à Berlin , et l'en- semble du trait et la forme du maxillaire prouvent les affinités de ce poisson avec les espèces précédentes, et asseoient mon juge- ment. Le Saumon blême. {Salrno pallidus ^ Niisson.) Une autre espèce, également voisine du Rœding a le corps allongé; les mâchoires égales; la têle et l'ouverture de la bouche plus petite; le maxillaire moins prolongé et toutes les nageoires plus courtes que celles du Rœding. Les côtés sont tachetés de rouge. Toutes les parties inférieures sont blanches argentées, et les nageoires inférieures, pâles, sont teintées de jaunâtre. M. Nilsson croit que ce poisson n'a été trouvé nulle autre part jusqu'à présent que dans le lac Wettern , où les riverains l'appellent Ljusrôding, Blankrôding, Grônrôdmg. Sa chair, blanche, est maigre et peu estimée. Les plus grands individus pèsent de huit à neuf livres. On dit qu'ils fraient en octobre, dans les fonds du lac, par trente ou quarante brasses. 262 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Il me parait que c'est à coté de cette es- pèce que viendra se placer, si elle ne lui est complètement identique, le S. stagiialis de Fab^icius^ Sa description me paraît se rap- porter assez bien, puisqu'il est d'un brun noirâtre sur le dos, pâle sur les côtés, et que toutes les nageoires inférieures sont cendrées. C'est une espèce très-rare au Groenland, qui vit dans les eaux retirées sur les montagnes, d'où elle ne descend jamais. Le Saumon de Nilsson. (Salmo rutihis 3 Nilss.) Enfin, je place encore une troisième espèce que je n'ai pas vue, mais dont il est facile de connaître les affinités, puisque fauteur les a lui-même déterminées par les caractères si positifs tirés de la dentition. C est un saumon à mâchoire inférieure plus longue; à museau court, pointu; à têle petite. Les yeux sont grands. Le corps est grêle et allongé. La couleur, roussâtre, mêlée de jaune, est semée de taches plus pâles. Ce poisson, long d'un pied, est, suivant l'auteur, très -distinct de tous ceux qu'il a î. Fabricius, Fauna groenL , p. 175, n.° 126. CHAP. I. SAUMONS. 263 décrits. Ce Saumon a ëtë pêche dans un lac de Norwëge, du territoire de Hadeland. Le Saumon Desfontaines. {Salmo rhalis y Fabr.) M. Galmard nous a rapporté, de l'expédi- tion de la Recherche, un Saumon de petite taille, remarquable par la grosseur de son museau, par la brièveté de sa tête, la faiesse de ses dents, et qui se distingue du S, salve- liniis, dont il se rapproche cependant le plus, parce qu'il porte sur le chevron du vomer un groupe de petites dents. Il se distingue aussi de rOmble chevalier par la finesse de ses dents. Ce poisson a le corps couvert de petites écailles. Conservé dans la liqueur, il est brun et couvert de petites taches blanchâtres. A en juger par un croquis pris sur le noisson frais, les couleurs seraient un noir doré sur le dos, passant, par des nuances insensibles, au rouge du ventre. La pectorale, noire sur la plus grande partie de sa surface, est entourée d'une bor- dure rouge, et liséré de blanc le long du côté ex- terne. La ventrale a les rayons internes rouges, avec du noir sur le devant et un large bord blanc. Les nageoires impaires sont noirâtres et bordées de blanc. L'indication de ces couleurs nous a été donnée par M. Eugène Robert, qui a fait une 264 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. assez jolie esquisse de ce poisson. Il vient d'un lac d'Islande, et on l'a nommé au savant voya- geur que je cite, Raiïd ou Leikia-SUungr. Je dois faire remarquer que Molir ' cite aussi ces noms dans son Histoire de l'Islande, en les appliquant à des espèces nominales différentes. Je rapporte à cette espèce un autre petit poisson qui a une dentition parfaitement sem- blable, mais qui paraît cependant avoir le corps un peu plus allongé. Il a été donné au Cabinet du Roi par M. Beck. Il correspond fort bien à la description du S. rivalis de Fabricius. Cependant la grandeur de l'indi- vidu me laisse aujourd'hui quelque doute sur l'exactitude de ce rapprochement. C'est sous ce nom que j'ai fait graver cette espèce dans richlhyologie du voyage en Islande et au Groenland ^ On trouve dans l'histoire des poissons dislande de Faber un S. rivalis qu'il croit semblable à celui du Fauna o^roenlan- dica; il ne le donne pas eii effet plus grand. J'ai aussi dessiné, à Berlin, deux exemplaires originaires du Musée de Pallas et étiquetés S. rwalis. Il n'y a pas d'espèce décrite sous ce nom dans le Fauna rosso-asiatica. La 1. Mohr, Ilist. nat. de l'Islande, p. 80 et 81. 2. Valenc, Poissons d'Isl. et du Groenl., pi. 15, fig. 6. CHAP. I. SAUMONS. 265 forme de ces deux poissons, la grosseur de la tête, s'accordent assez bien avec nos indi- vidus, mais comme ils étaient jeunes, ils ont encore la livrée des Saumons de cet âge. Le Saumon de la Mana. {Salmo gracilis , nob.) Nous possédons aussi dans le Cabinet du Roi un Saumon remarquable par son corps allongé et rond. Sa hauteur est com- prise huit ou neuf fois dans sa longueur totale. Les mâchoires, d'égale longueur, portent de petites dents, assez semblables à celles de nos Truites, sur les maxillaires, sur les palatins et sur le chevron du vomer. Il y en a non -seulement sur le corps de la langue deux rangées plus nombreuses chacune que celles de nos Truites, car on en compte dix ou douze de chaque côté, mais la queue de l'hyoïde se trouve encore hérissée de petites dents. Ce carac- tère le distingue de toutes les autres espèces dont nous avons jusqu'à présent parlé. B. 10; D. 12; A. 12; C. 25; P. 12; V. 10. Les couleurs sont évidemment distribuées par bandes transversales sur le corps. On en compte dix ou douze. Je ne vois point de trace de taches sur le ,corps ni sur les nageoires. Notre plus grand exemplaire, de huit pouces et demi de longueur, a été envoyé de 266 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. la Mana par Madame Rivoire, sœur hospita- lière établie sur les bords de ce fleuve, et qu'un noble zèle de charité chrétienne a porté au milieu de ces contrées encore peu civili- sées. Elle y a fondé un établissement de sœurs, et elle emploie ses moments de loisir à la recherche des produits de ce pays. Elle a fait plusieurs envois curieux au Muséum d'his- toire naturelle, parmi lesquels se trouve ce poisson, qui est, jusqu'à présent, la seule es- pèce de Truite que j'aie observée dans les régions équatoriales. J'ai plusieurs fois appelé l'attention sur ce fait curieux, du manque de Truites dans les hautes montagnes de l'Amé- rique, et M. Heckel a aussi fait la même re- marque en ce qui concerne les eaux douces des hautes montagnes de l'Inde. Le Saumon de Mitchill. ( Salmo fontinalis , Mitch.) Nous trouvons dans les eaux douces de l'Amérique septentrionale un Saumon qui ap- partient au groupe dont nous nous occupons. Il a le corps assez trapu. Le museau large et ar- rondi. La nuicholre inférieure paraît un peu plus longue que la supérieure quand la bouche est ou- verte. Les dents du chevron du vonier sont réunies CHAP. I. SAUMONS. 267 en un petit groupe composé de deux bandes, l'anté- ileure ayant quatre dents et la postérieure deux seulement. Tous les exemplaires, grands ou petits, que je possède, ont la caudale tronquée ou du moins irès-faiblement échancrée. B. lOj D. 9; A. 9; C. "2.1 -, P. 12; V. 6. La peau est très-muqueuse. Les écailles sont très- petites. Les individus, décolorés par l'alcool, ont le dos plus ou moins rembruni et le ventre pâle. Il paraît avoir été rougeâtre. On voit des taches jau- nâtres, entourées d'un cercle noirâtre, semées sur le dos et sur les flancs. La dorsale est chargée de grosses taches noires. Les pectorales, les ventrales et l'anale ont le rayon externe pâle, le suivant noir, et le reste de la nageoire pâle; mais il a été proba- blement décoloré. Je possède un assez grand nombre d'ëclian- tillons de cette espèce, tous très-semblables malgré leur différence de taille. Le plus grand n'a que dix pouces. Ils ont été envoyés de New-York par M. Milbert, mais ce zoologiste les avait pris dans une course au lac de Sar- ratoga. C'est là le poisson décrit d'abord par Mît- cliilP sous le nom que nous lui avons con- servé, et qui a été adopté par les naturalistes américains. Cette espèce se trouve ensuite l. Mitch., Nciv-York phiî. transact. fisk., t. I, p. 345. 2G8 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. décrite avec détail et parfaitement figurée clans i'ïchthyologie américaine de M. Richardson. ^ Cette description prouve que ce poisson, des lacs Georges et Sarratoga , se porte au Nord jusque dans le lac Huron. M. Dekay^ l'a également décrit et figuré dans la Faune de New «York. Il l'appelle le Brook-Tj^out ; il indique les côtés bleuâtres, mêlés de blanc d'argent, tachetés de vermil- lon, le premier rayon de la pectorale jaune- pâle, le second noir, le reste de la nageoire orangé. Le premier rayon des ventrales et de l'anale est blanc, le second est noir, le reste des nageoires est rougeâtre. Je ne sais pas pourquoi M. Richardson a imprimé que M. Cuvier pensait retrouver le Salmo Gœdenii de Bloch dans cette espèce. Je ne vois pas dans le Règne animal, ni autre part, aucune preuve imprimée de cette opinion. Il me paraît que ce Salmo fontinalis se retrouve aussi dans les eaux de Terre-Neuve, du moins je le juge d'après un dessin que M. Lapylaie a fait d'une Truite de cette île. 1. Ricliardson, Faun. hor. amer., p. 176, pi. 83, fig. \, et pi. 87,%. 2. 2. Dekaj, New-York Faun., p. 235, pi. 38, fig. 120. CHAP. 1. SAUMONS. 269 Le Saumon de Hearn. (Saimo Hearniii Rich.) k la suite de ces espèces, je trouve dans l'ouvrage de M. Ricbardson' quelques espèces de Saumons, que ses descriptions ou ses figures me font seulement connaître. Ce savant ich- tbyologiste a décrit dans le premier voyage de Franklin, sous le nom que nous indiquons ici, une espèce prise dans la rivière de la Mine de cuivre, et qu'ils ont observée dans ies mers où ce fleuve verse ses eaux. Ce Saumon a des dents pointues j une seule sur l'intermaxillaire; un petit nombre sur la partie anté- rieure du vomer, et de plus fortes sur la langue. Le dos est vert olivâtre; les côtés sont pales; le ventre bleuâtre. Plusieurs rangées longitudinales de taches, couleur de chair, se voient sur le dos et sur les côtés. La chair en était rouge, assez semblable à celle du Saumon ordinaire, mais peut-être moins ferme et plus buileuse. 1. Rich., Fr. Journ., p. 706, et Faun. hor. am., III, p. 167. 270 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Le Saumon a longues nageoires. {Salmo alipeSj Ricli.) Cette espèce ^ appartient aussi au groupe dont nous traitons, ainsi que le remarque M. Ricliardson, parce qu'elle a la partie posté- rieure du vomer lisse et sans dents. La couleur, autant qu'il en a pu juger d'après un individu desséché, a été indiquée brune sur le dos, plus pâle sur les côtés, avec des marbrures jaunâtres, blanches ou jaunes sous le ventre. Les nageoires inférieures de couleur orangée, avec des raies plus foncées. Quand les ventrales sont cou- chées le long du corps elles touchent presque à l'anus. B. 11 ou 125 D. 13 — 0; A. 11; C. 25; P. 15; V. 9. Cette longueur lui a fait donner le nom sous lequel M. Richarclson a désigné ce sau- mon. Les individus ont été pris dans un petit lac qui se décharge dans liie du Prince ré- gent, par un courant d'un mille et demi de long. Plusieurs Brachielles adhéraient aux cotés de la mâchoire inférieure. 1. Rich., Fnun. bor. amer., III, p. 169^, pi. 81 et pi. 86, flg. 1, et ejusd. Hist. rai. app. Ross' s Voy., p. 67. CHAP. I. SAUMONS. 271 Le Saumon angmalook. (Salrno nitidus y Ricliardson. ^ ) Un autre poisson, voisin du Charr des Anglais, et, par conséquent du précédent, par la disposition de ses dents sur le vomer, est le S. nitidus de Ricliardson. Il a ]e dos plus étroit j le corps plus épais et les nageoires plus courtes que le S. allpes. Les couleurs sont assez semblables à celles de ce poisson. Il a été pris dans le même lac que le pré- cédent. M. Ricliardson trouve tant de ressem- blance entre les deux espèces, qu'il n'a, en quelque sorte, décrit cette seconde que pour mieux asseoir les caractères du /S", alipes. Le Saumon de Hood. Salino Hoodii, Ricli.^) Les dents sont plus petites que celles du précédent; d'ailleurs, elles sont disposées de la même manière. 1. L. cit., p. 171, pi. 82 et 86, fig. 2, et ejusd. Ilist. nat. app. Ross' s Voy., p. 57. 2. Rich. , Ilist. nat. app. Ross's Voy., p. 58, et Faun. bor. am., m, p. 173, pi. 82, fig. 2, pi. 83, %. 2, et pi. 87, % 1. 272 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Le corps est beaucoup plus étroit. L'orbite est plus près de l'exlrémité du museau. Les maxillaires sont plus courts. Le dos et les côtés ont une teinte intermédiaire entre le vert olive et un brun nuageux; des tacbes d'un gris jaunâtre, grosses comme des pois. Le ventre et le dessous de la gorge est blanc, poin- tillé de gris bleuâtre; sur la dorsale et sur la caudale de petites taches. Des individus de vingt-deux pouces de long avaient la chair rouge; mais leur frais était peu développé. Cette espèce est bien connue des habitants de l'extrémité septentrionale du continent sous le nom de Masamecoos. C'est un poisson vorace que l'on prend facilement à l'hameçon. Ceux que les compagnons du capitaine Franck- lin trouvèrent au mois de juin, avaient leur estomac plein de larves d'insectes. On croit que, pendant l'été, le Masamacush se retire dans les profondeurs du grand lac. Son poids est d'environ huit livres; mais il fraie avant d'avoir atteint cette taille. Le Saumon corégonoïde. {Salmo coregonoides,V3LW.) Je crois devoir placer à la suite des sau- mons, mais tout à fait à part, une espèce de Russie, qui semble appartenir aux ombres CHAP. I. SAUMONS. 275 (Thf7milus), par la forme et par la petitesse de sa bouche et aussi par celle des dents, mais sa dorsale étroite et ses petites écailles semblent l'en éloigner, pour le rappeler aux saumons. C'est un poisson qui offre des ca- ractères tout à fait intermédiaires entre les deux genres que je viens de citer. Son museau est gros et arrondi; la mâchoire su- périeure dépasse et recouvre l'inférieure. Les inter- masillaires sont petits et situés en travers sur la bouche; les maxillaires attachés sur les côtés, for- ment deux petites palettes ovales. Il n'y a qu'une rangée de petites dents coniques aux mâchoires , sur les palatins et sur le vomer; et quelques petites, pointues, sur la langue, plus sensibles au doigt que visibles. La dorsale est courte, basse, trapézoïdale; c'est évidemment celle d'une truite et non d'un thymalus. L'adipeuse est très-large, basse et ponctuée. Les pec- torales et les ventrales sont petites. La caudale est échancrée. B. 12; D. 14; A. 13; C. 29; P. 17; V. 10. Les écailles sont très-petites, sans être cependant perdues dans l'épaisseur de la peau, comme celles des truites et des saumons. Elles n'ont point de dentelures à la racine, on ne leur voit que des stries concentriques. Il y en a par tout le corps, jusque sous la gorge. Nous en comptons cent cinquante rangées. 21. l8 274^ LIVRE XXII. SALMONOÏDES. La couleur est un bleu d'acier plombé sur le dos, couvert de petits points grisâtres plus ou moins effa- cés. Au-dessous de la ligne latérale tout le corps est blanc. Les nageoires me paraissent blanches ou jau- nâtres; je n'y vois aucune tache. Le seul exemplaire déposé dans le Cabinet du Eoi, est long de treize pouces. 11 a été envoyé par S. A. I. la gi^ande-ducbesse Hélène. Le présent que le Muséum a reçu de cette grande princesse a, comme on le verra encore dans les autres genres, considérablement accru les collections de notre établissement, et nous a été d'autant plus précieux qu'il nous a donné les moyens de reconnaître plusieurs espèces fort importantes, décrites dans le grand et trop rare ouvrage de Pallas. Ce poisson est du nombre. En lisant la des- cription de la Faune russe *, on y retrouve les traits distinctifs de ce singulier saumon. Ce doit être une des plus grandes espèces de ce genre, puisque Pallas dit qu'on en prend dans la Witima du poids de quatre-vingts livres. Il n'atteint pas une taille aussi considérable dans les autres fleuves, et cependant c'est encore un poisson de soixante livres de poids. Il abonde dans les rivières, les ruisseaux et 1. Pallas, Fauna rosso-asint. , t. III, p. 362. CHAP. I. SAUMONS. 275 les torrents les plus rapides, qui descendent sur les fonds rocailleux de l'Altaï, et affluent à rObi, à rirtisclî et au lénisséi, ainsi que dans les tributaires de ces grands fleuves. On le trouve aussi dans le Baikal, dans le Selenga, qui y verse ses eaux, et dans l'Angara, que l'on peut appeler le Rhône de ce grand lac. Ce saumon y entre à la fin de mars, avant la fonte des glaces, et il y séjourne jusqu'à l'automne. La Lena et ses affluents, le Witiraa et le Kovyma, le nourrissent. Comme les autres espèces du même genre, celle-ci re- monte les fleuves pour y frayer. Un grand nombre d'individus y établissent leur demeure, et les jeunes surtout sont longtemps sans en sortir. C'est pour cela qu'on prend cette espèce en tout temps avec le S. Jlimatilis^ le S. thymaliiSf le goujon, les loches et le Cjprinus tschehahy les seuls hôtes de ces grands fleuves. Les troupes de ces saumons se pressent sur- tout aux cataractes. On les prend à riiameçon. Leur chair rougeâtre est de très-bon goût. On fait du caviar avec les œufs, comme avec l'es- turgeon. Le poisson ne se mange que frais , parce qu'on ne peut ni le saler ni le sécher. L'espèce ne se trouve pas au Ramtschatka, ni dans les mers orientales. Après ces obser- vations, Pallas en donne une description et 27G LIVRE XXII. SALMOxNOÏDES. une longue synonymie. Il établit que c'est le Scihno Lenok de son voyage; par conséquent celui de Gmelin et de Lacépède. Il se de- mande, ce qui m'étonne, si ce n'est pas le Salmo umhla de Linné. Puis il donne une longue suite des différents noms de ce saumon. Les Russes le nomment en Sibérie Lenok, et dans les chaînes de l'Altaï et de Saganian Kuskûtsch. Je renvoie pour les autres noms des différents dialectes tartares à l'ouvrage de Pallas. Quelques zoologistes feront peut-être de cette espèce le type d'un genre intermédiaire entre les saumons de notre ouvrage et les Ombres de M. Cuvier. Je ne l'ai pas fait, car je crois que ce poisson pourrait plutôt servir a démontrer l'inutilité de la coupe faite sous le nom de Thjmaîus. CHAP. II. FORELLES. 277 CHAPITRE II. Des FoRELLEs [Fario, nob.) Ce que j'ai dit plus haut sur les caractères de la dentition des Salmonoïdes, me conduit à parler dans ce chapitre des espèces qui ap- partiendront à un genre caractérisé par une rangée unique de dents sur le corps du vomer. D'ailleurs ces poissons ont tous les autres caractères des Saumons; les rappeler ici ne serait donc qu'une simple répétition. Je n'ai vu que deux des espèces qui peu- vent exister en Europe : l'une, abondante sur nos marchés, y est bien connue sous la dé- nomination de Truite de mer ou de Truite argentée j l'autre, que le commerce apporte aussi quelquefois à Paris, est la grande Truite du lac de Genève que l'on désigne ordinai- rement sous le nom de Truite saumonée. Piien n'est plus vague que cette dernière dénomination; car la chair de toutes les Truites prend, à certaines époques de leur vie, une couleur rouge plus ou moins intense, dont la cause est fort difficile à déterminer. Il est impossible le décider d'avance si les muscles d'une ruite seront rouges ou blancs 278 LIVRE xxn. salmonoÏdes. après la cuisson du poisson. Aucune marque extérieure ne peut faire distinguer les truites saumonées des autres. DuliameP rapporte à ce sujet les observations de M. de Courtivron, qui avait essayé de présenter un grand nom- bre de truites à des pêcheurs, prétendant les distinguer parfaitement les unes des autres. Ils se trompaient si fréquemment dans leurs distinctions, qu'il était facile de voir qu'ils ne s'y connaissaient pas du tout. J'ai examiné avec soin un grand nombre de truites de nos rivières pour lâcher de trouver la cause de ce changement de coloration. Plu- sieurs naturalistes ont pensé que Tinfluence de la saison du frai pouvait agir sur ces chan- gements de couleur, mais il n'est personne ayant un peu observé les truites, qui ne sache que dans un même coup de filet on tire à la fois des truites à chair blanche et des truites à chair rouge. Cett3 observation empêche d'attribuer au développement des organes génitaux ou a leur influence la colo- ration de la chair de quelques individus. La différence d'intensité de la coloration des muscles est aussi très -remarquable sur les divers individus pris à la même époque. 1. Duliaineî , Trailé des pèches, 2.*parlie, p. 207. CHAP. II. FORELLES. 279 Les uns ont la chair presque blanche, d'au- tres sont fortement saumonés , mais on trouve des individus qui établiront, par des nuances insensibles, des passages entre ces deux extrêmes. Cette observation, jointe à celle que j'ai faite sur la nature des aliments contenus dans l'estomac, me fait penser que la coloration est passagère, qu'elle change sui- vant la nourriture que l'animal aura prise avec plus de prédilection pendant un certain temps. Les recherches que j'ai faites sont parfai- tement conformes à celles que l'on trouve citées dans Duhamel, qui a fait un très-bon article sur la coloration de la chair des truites. M. Jurine " rapporte une observation intéres- sante par sa liaison avec les idées que je viens d'émettre. Il la tenait de S. A. R. le grand-duc de Saxe-Weimar : je la reproduis ici textuel- lement. «Le château de Kotliberg appartenant à la famille de Stein, à la distance de cinq lieues de Weimar, est dans une position beau- coup plus élevée et entouré d'un fossé plein d'eau, qui peut être mis à sec à volonté. De- puis bien des années on savait que les truites blanches qu'on y jetait se changeaient en peu de semaines en truites saumonées, c'est-à-dire 1. Jurine, Poissons du Léman, p. 165, année 1830. 280 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. " que la chair en devenait rouge. On nettoya ce fossé il y a près de dix ans. On enleva toutes les plantes qui y croissaient, puis on fit rentrer l'eau. Dès ce moment les truites qu'on y mit ne se colorèrent plus , mais de- puis trois ou quatre ans les mousses ayant repoussé, les truites s'y colorent de nouveau. S. A. R. voulant remonter à la cause de ce fait singulier, chargea M. Dcebereiner, professeur de chimie à l'université de léna, de faire une analyse comparative de l'eau du ruisseau où on péchait les truites et de celle du fossé où on les mettait. '' Je renvoie le lecteur au mé- moire que j'ai cité, pour juger lui-même des explications qui ont été proposées. Cela étant bien établi , ainsi que les carac- tères d'après lesquels je classe les Salmonoïdes dans leurs genres, on conçoit, je ne dis pas la difficulté, mais presque l'impossibilité de rapporter aux deux espèces que j'ai citées, une synonymie exacte. On ne peut pas la trouver dans les auteurs les plus récents, sans en excepter notre illustre maître. En cherchant à établir, d'après le Règne animal, la liste des Forelles d'Europe, il est bien clair que la première des deux espèces est ce que M. Cuvier a appelé la Truite de mer. Mais je ne crois j)as que ce soit là le Salmo Schie- CE AV. II. FORELLES. 281 feniiuUeri de Bloch. En effet, on verra dans le chapitre suivant que l'ichthyologiste de Berlin avait reçu de Vienne, par les soins de TaJ^bé Scbiefermùller, le poisson qu'il lui a dédié. Or, le Cabinet du Roi possède une truite ])rise dans le Danube et envoyée de Vienne, qui ressemble assez bien à la figure de Bloch, mais elle est du genre Salar, à cause de sa double rangée de dents vomériennes. D'un autre côté, ce que M. Guvier a appelé la Truite saumonée, est de la même espèce que ce qu'il entendait désigner sous le nom de Truite de mer. Les nombreux individus réunis dans le Cabinet du Roi, et les notes que nous y avons placées, ainsi que les squelettes qu'il avait fait préparer, ne me laissent aucun doute à ce sujet. C'est peut- être le Sahno Trutta de Bloch, mais ce n'est pas celui de Linné. Heureusement il a établi le Sahno LenianuSy pour fixer la truite du lac de Genève. En cherchant à m'éclairer sur les dénomi- nations que M. Cuvier a inscrites dans le Règne, animal, je trouve aussi quelque incertitude en ce qui concerne nos petites espèces; car sa Truite pointillée (Salmo pimctatus), sa Truite marbrée {S. inarmoratus) et sa Truite des Alpes [S. Alpinus), bien différente alors de celle de Linné, ne sont que de simples 282 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. variétés de notre Truite commune, dont M. Cuvier n'a pas eu le temps d établir une synonymie un peu certaine. Je crois que je deviendrai plus clair et plus précis en présentant ime critique compara- tive de la synonymie des nombreux auteurs qui ont parlé des Truites appartenant ou au genre Fario ou au genre Salar. Cette réu- nion me paraît nécessaire dans cette tête de chapitre, parce que les auteurs ont presque tous négligé le caractère essentiel qu'offre la dentition vomérienne. J'ai pu distraire les Sau- mons, parce que nous avons vu que déjà Willughby et plusieurs autres naturalistes avaient signalé en partie l'absence de dents le long du vomer. Belon* a joint au Bécard deux articles sur les poissons dont nous traitons. L'un se rap- porte à la Truite saumonée, à laquelle il ap- plique, d'après Ausone, le nom de Fario y et l'autre à la petite Truite commune, que sa judicieuse érudition lui fait désigner sous* le nom de Salar. Rondelet'' a ajouté deux figures aux deux articles des chapitres XIV et XV de son Traité 1. Beloii;, De aquai., liv. I, p. -80. 2. Rondclel, De fisc, lacust., p. 160 cl 161. CHAP. II. FOPvELLES. 285 des poissons des lacs, et il n'a pas représente la Truite fluviatile, dont il a parlé au cha- pitre IV des poissons fluviatiles '. 11 est pro- bable qu'il a figuré la grande Truite du lac de Genève, en la désignant sous le nom de seconde espèce d'Omble ou de Saumon du lac de Genève. Je ne saurais à quelle espèce rapporter la figure qui est en tête du cha- pitre des Truites. Le texte des trois articles ne signale aucun caractère essentiel qui fasse reconnaître ces poissons. Gesner a essayé de débrouiller la synony- mie des Truites. On trouve à la page ioo3 une figure originale d'une grande Truite lacustre, qu'il appelle Truite saumonée. Mais ce n'est pas la même que la grande Truite du lac de Genève , représentée par Rondelet. La seconde figure de la page 1007 représente avec fidélité le Pars ou le Salmo Salmulus de Willughl^y. Willughby, qui avait porté son attention sur la dentition des Saumons, mais qui ce- pendant n'a pas distingué dans ses descriptions les espèces qui ont deux rangées de dents palatines de celles qui n'en ont qu'une, a parlé de la Truite des lacs d'après Gesner, en y ajoutant quelques traits que lui fournissait 1. Rondelet j De pisc. fluv., p. 169. 284 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Paul Jove et les observations de quelques-uns de ses compatriotes. Il appelle cet habitant des lacs, la Truite saumonée des Français ou le Sabiion-Trout, mais en même temps il donne, d'après Johnson, une Truite saumonée qui aurait pour noms anglais ceux de BuU-Trout ou de Sciirf, et qui est peut-être différente. Elle n'est pas plus caractérisée que l'espèce dont il parle dans le même chapitre au para- graphe précédent sous le nom de Graia, et qui aurait pour nom vulgaire anglais the Grey. Je dis la même chose de ses Truites fluvia- tiles. Il se demande s'il y en a deux espèces et il ne cherche à asseoir les caractères d'au- cune d'elles. Ce sont des documents aussi incertains qu'Artedi n'a pas craint d'employer dans sa synonymie, ce qui a commencé à tout em- brouiller dans ce genre. La seconde espèce de la synonymie reposerait sur la description très- vague du Grej de Willughby, caractérisé par cette phrase : Salnio maculis cinereis, caiula extremo œqiiaîi. Cette espèce nominale est devenue dans Linné le Sahno eriox; elle est tout à fait indéterminable. On ne peut donc pas en parler dans l'histoire positive de l'Ich- thyologie, cependant plusieurs auteurs ont cherché à la déterminer. On peut tout aussi CHAP. II. FORELLES. 285 l)ien rapporter cette plirase à notre Salnio hamatus qu'au Salai' ferox de Jardine. La neuvième espèce d'Artedi repose sur la Truite de Gessner. Elle est devenue dans la dixième édition du Systenia naturœ le Salnio lacus- tris. On pourrait donc appliquer avec quel- que probabilité cette dénomination à notre Fario arméniens y si Artedi n'avait compris dans sa synonymie que le poisson du lac de Constance; mais comme il y joint la Truite lacustre du lac de Garda, d'après Aldrovande, laquelle est l'Omble chevalier [Salmo imibla), et qu'il y rapporte, quoiqu'avec doute, la Truite du lac de Genève d'après Rondelet, on voit que dès son origine le Salnio lacus- tris serait mal établi. Il devient nécessaire de le rayer des catalogues iclithyologiques, parce qu'il est la source d'une confusion de plusieurs espèces dans la douzième édition du Sjstenia naturœ. En effet, Linné y ajoute le Salmo ^ décrit par Gronovius dans son Zooplijla- cium, qui comprend la Truite de Boiiase de l'Histoire de Cornouailles : en recourant à la figure de la planche 26 de cet ouvrage , on a promptement la conviction que la Truite de cet auteur est différente du Carpio de Sal- viani. Je trouve d'ailleurs dans les descriptions d'Artedi un Salnio minor vul^ari similis, 286 LIVRE xxn. salmonoïdes. designé eu suédois sous le uom de Laximge, Cette description appartient ou à notre Forellc de mer, ou peut tout aussi bien convenir à notre Salar Bailloni. Elle na pas d'ailleurs été employée par Artedi dans sa synonymie; Linné n'en a pas fait mention. A la suite de cette description, il en existe une troisième beaucoup moins détaillée , qui se rapporte à un Saumon large, marqué de taches noires et rouges et à queue égale. Il est très-probable qu'elle appartient à notre Salmo hamatus. Celle-ci est devenue la cinquième espèce dans la synonymie d'Artedi. Or, Linné a employé cette espèce d'Artedi, dans le Faiinasuecica, pour un poisson certainement différent, qui a le corps couvert de taches noires entourées d'un cercle brun; cette truite porte par conséquent des ocelles dont ne parle point Artedi. De plus , pour augmenter la confusion, le Systema naturœ y ajoute le Salmo latus n.^ 164 du Muséum ichthjologicum de Gronovius, dont la description faite d'après une Truite prise dans le Rhin, auprès de Baie, par Jean-Conrad Hammann, appartient à une autre espèce, ou tout au moins à une autre variété qui a le corps couvert de grandes taches entourées d'un cercle blanc. C'est sur cette association que repose le Salmo Trutta du Sjstema CIIAP. II. FORELLES. 287 natiirœ dos la dixième édition. Il me paraît donc évident qu'il faut aussi laisser de côté ce Sahno Trutta, qui, dans aucun cas n'appar- tient à la Truite du lac de Genève. Dans la première pensée d'Artedi, il devait être un Bécard (Salmo ïianiatus, nob. ), et il est devenu dans Linné une association de plu- sieurs espèces. Ce que je viens de dire d'Artedi et de Linné, va s'appliquer également à Blocli. Si son Salmo trutta est notre Forelle de mer, sa figure est mauvaise. Cependant je crois qu'on doit la rapporter à cette espèce, parce que Blocli l'a faite d'après un poisson de la Baltique, venu du Frisch-Haff. Je ne doute pas d'ailleurs que Blocli n'ait mal déter- miné les différentes espèces de Truites qu'on lui adressait, lorsque nous le voyons con- fondre les Truites argentées ou les Silher- îaclis de la Baltique avec fespèce différente qu'il recevait du Danube et qui devenait son Salmo Schieferniulleri. Dans une addition au genre du Saumon, il a inséré l'extrait d'un mémoire de Wartmann sur flllanken du lac de Constance. Il l'a rapporté sans aucune cri- tique au Sahno lacustris de Linné. Quant à la Truite de nos rivières, Blocli en a représenté deux variétés à la planche l'i et ^3 de sa f 7 288 LIVRE xxn. saimonoïdes. grande Ichthyologie. Je n'hésite pas à croire que ce ne soit aussi un poisson de la même espèce, figuré par Blocli sur la ])lanclie 102 sous le nom de S. Gœdeni. Après ce que je viens de dire de Linné et de Blocli, on ne doit pas s'attendre que nous trouvions dans Pennant les Truites mieux ca- ractérisées. Son Grey et son Bnll-Trout re- posent uniquement sur la synonymie d'Artedi. Donovan a, dans ses poissons d'Angleterre, un Salmo canibricus , qu'il croit analogue au Grey de Pennant. On peut admettre qu'il représente notre Salar Bailloni^ mais ce qui me paraît certain, c'est qu'il ne peut pas être le Grey de Pennant, quoique ces deux au- teurs donnent ce poisson sous le nom vulgaire de Sewin ou Shewin , d'après les observations que Ray avait reçues du docteur Johnson et qu'il a consignées dans la publication de l'ou- vrage de Willughby. M. Richardson ' vient appuyer de son au- torité ce jugement sur le Sewin, car la figure 2 A et B de la planche 92 de sa grande Ich- thyologie américaine montre une double ran- gée de dents divergentes, Fleming n'asseoit pas mieux ses espèces 1. Richardson. Faun. bor. amer., III, p. 141. ^* CHAP. n. FORELLES. 289 que les auteurs précédents. Pour son Sahno Trutta il cite Linnë ou Pennant. Il rapporte au S. eriox le S. cambricus de Donovan. Son S.fario ne comprend que tous les vagues syno- nymes de l'espèce de Linné. J'ai également le regret de dire que M. Yar- rell nous a laisse dans les mêmes incertitudes sur ses différentes Truites, qu'elles soient de notre genre Fcirio ou de celui des Salar. ïl représente en effet à la page 3i, sous le nom de Buîl-trout , un poisson qu'il croit être le S. eriox de Linné, et auquel il associe le S. canihricus de Donovan. Il suffit de com- parer les deux figures pour voir qu'elles n'ont pas de ressemblance. Mais le dessin du poisson de la planche 3i ressemble tellement à celui de la page 56 que je suis tenté de les rapporter à la même espèce. M. Yarrell donne à toutes deux la caudale arrondie, les mâchoires bécar- dées et la bouche très-largement fendue. Si cet habile ichthyologiste possède encore les deux exemplaires qui ont servi à ses dessins et que l'examen de la dentition lui prouve qu'ils ont été faits d'après des poissons d'espèces ou de genres différents, je ne serais pas éloigné de croire que celui de la page 3i est un Bécard {^Sahno liamatuSy nob.), et que celui de la page 56 appartient au S. ferox de Jardine. 21. 19 290 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. A la page 32, dans l'ailicle du Bull-Trout, M. Yairell a donné une figure qui peut être faite tout aussi bien d'après un jeune Sau- mon que daprès une Truite argentée. Les figures des ])ages 36 et 3^ appartiennent-elles sûrement à la même espèce? Cela me paraît douteux, car la caudale n'est pas la même. Sont-elles des Truites de mer, c'est-à-dire du genre de nos Forelles ? on peut le croire pour la ligure de la page 36. Quant h notre petite Truite ou au S. fario, j'admets diffi- cilement que la figure de la page 5i repré- sente un j)oisson de la même espèce que celui de la page 57. Enfin, si l'auteur a bien donné le S. ferox de Jardine, il faut avouer que cette figure laisse beaucoup à désirer. Mais je ne puis croire qu'elle représente un pois- son de la même espèce que celui donné à la page i3 du Supplément, publié récemment par M. Yarrell. Cette grande Truite des lacs me paraît être mon Fario ar^enteiis. Dans la même publication le célèbre iclitliyo- logiste anglais donne la figure du S. cœcifer de M. Parnell, synonyme du Salnio le^^enensis de Walker. Je ne crois pas que les légères difTérences doivent faire distinguer cette Truite de notre Salar Ausonii, A la vérité, je n'ai pas vu d'exemplaire des lacs de l'île Locli- CHAP. II. FORELLES. 291 leven, célèbre par son château encore rempli des touchants souvenirs qu'y a laissés l'infor- tunée reine Marie. Nous avons déjà cité les magnifiques plan- ches de Jardine pour déterminer l'espèce du Saumon, et pour exposer nos doutes sur l'es- pèce du Salnio alhiis. Nous trouverons une représentation reconnaissable d'une de nos espèces de Salar dans ce qu'il a appelé Salmo ferox; mais je reste dans de plus grandes in- certitudes en ce qui concerne les deux variétés qu'il a données du S.fario, Ces deux Truites de lacs n'ont point de taches rouges, leur cau- dale est plus profondément échancrée qu'au- cune de celles de nos Truites. Je crois qu'elles appartiennent au genre Salar. Je ne serais pas étonné qu'un observateur, qui les suivrait dans tous leurs passages, ne vint à nous les montrer comme des jeunes du Salmo Jerox. Si nous examinons maintenant les Faunes particulières des différentes contrées de TAlle- magne, nous trouverons qu'en général la petite Truite des rivières a été assez bien reconnue. M. Agassiz en a donné plusieurs variétés qui font parfaitement connaître cette espèce. 11 a représenté sur les planches 1 4 et 1 5 de sa belle monographie des Salmonoïdes, un Saumon argenté qu'il a nommé S. lacustris. Je regrette 292 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. qu'il n'ait pas alors connu la nécessite de figurer les dents voniériennes ou de les décrire. Il aurait dissipé les incertitudes qui nous restent sur cette espèce. Il regarde son Saumon argenté comme de la même espèce que l'Illanken de Wartmann et de Bloch, et il a cru, avec cet auteur, reconnaître en lui le S. lacustris de Linné. Il n'est pas nécessaire de revenir sur cette dénomination, mais en examinant la plan elle qui représente le jeune âge, et en comparant cette figure avec une petite Truite argentée que j'ai reçue de Vienne, je ne serais pas éloigné de considérer ces poissons comme de l'espèce du S. SchiefennuUeri , et je serais en cela du même avis que M. Agassiz. Si l'on démontre que cette similitude n'existe pas, je crois que l'on considérera ce poisson du lac de Constance comme étant d'une espèce toute particulière. Relativement au poisson qu'il a appelé le S. trutta , les planches 6 et 7 représentent notre grande Truite du lac de Genève, celle que M. Cuvier a appelée S.Lemanus.ie citerai ses figures comme type de l'espèce. La lon- gueur des mâchoires, leur crochet, la forme de la caudale, la grandeur de l'adipeuse con- viennent parfaitement à ce que jai observé nombre de fois à Paris, mais les deux sexes CHAP. II. FORELLES. 20â de cette espèce ont la même forme; j'ai vu tout aussi souvent des ("emelles que des mâles. Ce malheureux préjugé de croire que les truites mâles deviennent seules bécardées a été cause de nombreuses erreurs dans la détermination des truites. Quant au poisson représenté pi. 8, je ne pense qu'il soit de la même espèce que ceux des planches précédentes. Je ne serais pas étonné qu'il n'ait eu une double rangée de dents vomériennes, et je le prendrais alors volontiers pour un S. Schiefeniiulleri. M. Jurine a donné aussi une bonne repré- sentation de notre S. Lemanus , planclie 4? mais je ne vois pas que cet habile ichthyolo- giste ait distingué les différentes espèces qui vivent dans les eaux qui Fenvironnaient. Je crois qu'il a regardé le S. fario comme des jeunes de la grande espèce du lac. J'ai étudié avec tout le soin que je mets à ce genre de recherches, les ouvrages pu- bliés récemment sur les poissons du Nord; car mes lecteurs comprennent qu'il est inutile de discuter ceux c[ui ont été écrits un peu plus anciennement après les travaux de Bloch et de Linné. Je ne puis appliquer à aucune de nos espèces les caractères que M. Nilsson atti^ibue, dans son excellent Traité sur l'iclithyologie Scandinave , à son -5. trutta et à son S. truttula. 294 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Pour designer le genre dont je vais traiter dans ce cliapitre, j'ai francisé le nom allemand très -connu que l'on donne aux truites. J'ai adopté le nom de Forelle, a cause de sa res- semblance avec la dénomination latine usitée par Ausone, et qui peut être appliquée avec d'autant plus de raison au genre dont je parle, que le poète latin considéraitson Fario comme une traite intermédiaire entre le saumon et le salar, ce qui peut convenir parfaitement à nos espèces, à cause de leur grande taille. J'ai cité plus haut les vers d'Ausone, je ne les répé- terai pas ici. Je vais commencer par décrire d'après na- ture les deux espèces que je possède, et je tâcherai d'en rapprocher les descriptions des autres Forelles que je pourrai reconnaître dans les auteurs. La Forelle argentée. {Fario argenteiiSj nob.) Ce poisson, qui me paraît habiter également les mers ou les grands lacs, et remonter de ces eaux dans les rivières qui les alimentent, a la forme du Saumon; il me semble, cependant, proportionnellement un peu plus court. Sa hauteur est'comprise quatre fois dans la longueur du corps, sans la nageoire de la queue, ou quatre fois et demie avec la caudale. Les deux mâchoires sont cà peu CIIAP. II. FOIIELLES. 21)6 près égales. Il faut dire, cependant, que la supé- rieure dépasse un peu l'inférieure. La longueur de la lêie est du cinquième de celle du corps entier. Le globe de l'œil est un peu plus grand que le huitième de la longueur de la tête. On lui voit, en avant, ses deux paupières adipeuses. L'exlrémilé du maxillaire n'atteint pas en arrière au delà de l'œil, et il ne mesure que deux fois la longueur de l'in- lermaxillaire. Les dents sont de moyenne force sur les deux mâchoires, sur les palatins, sur la langue, et il n'y a qu'une seule rangée longitudi- nale sur le corps du vomer; elle est composée de quatre ou cinq dents. Il y a onze rayons à la mem- brane branchiostège. La dorsale est sur le milieu de la longueur du corps, en n'y comprenant pas la caudale; la ventrale est au milieu de la longueur totale ; l'anale est un peu au delà des deux tiers de cette même mesure. B. 11; D. 13 — 0; A. 10; C 23 ; P. 15; V. 9. La ligne latérale est une série de petits traits tracés un peu au-dessus de la moitié de la hauteur. Il y a environ cent vingt-cinq rangées d'écaillés le long des flancs. Ces écailles sont petites, mais ne sont pas aussi cachées dans la peau du corps que celles du Saumon. La couleur est un vîrdâtre, légère- ment gris de fer sur le dos. Les flancs el le ventre brillent d'un bel éclat argenté. Il n'y a que des taches éparses noires au-dessus de la ligne latérale. On n'en voit que deux ou trois sur la région pectorale, un peu au-dessous de cette ligne. Le crâne et l'oper- cule portent aussi quelques points noirs. On les 296 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. rencontre également sur la dorsale : c'est la seule nageoire qui ait des taches. La caudale, très -faible- ment échancrée dans le milieu-, est olivâtre et bordée de noirâtre. L'adipeuse est verdâtre. L'anale et les ventrales sont blanches. Du noirâtre semble salir la couleur blanche de la pectorale. Il arrive quelque- fois que les grands individus ont des taches rouges sur l'opercule. Je crois que ces taches sont passa- gères et qu'elles existent en plus grand nombre sur les individus qui redescendent à la mer. La Truite argentée, que j'ai distinguée, était une femelle. Le foie est presque en entier dans le côté droit de l'abdomen. La vésicule du fiel repose sur la branche montante de l'estomac. Il n'y a qu'une simple bande transversale sous l'œsophage; mais aucune partie du foie ne passe à gauche de l'estomac. Celui-ci, ainsi que l'œsophage, ressemble tout à fait à ces viscères dans le Saumon; mais il y a un plus grand nombre de cœcums autour de la branche pylorique, puisque je compte soixante-dix appen- dices cœcales autour de cette portion de l'intestin. Le reste du canal intestinal n'offre rien de remarquable. Le grand nombre de Tœnia dont l'intestin était rempli, est vraiment re- marquable : il y en avait un dans chacun des cœcums. M. Rayer a fait de son coté la même observation. Outre ces tœnia il y avait aussi quelques Filaria piscium retenus autour des épiploons graisseux des appendices. Les ovaires occupaient la moitié antérieure de la longueur CHAP. II. FORELLES. 297 de l'abdomen ; les œufs sont assez gros ; ils tombent, comme c'est l'ordinaire chez les truites, dans l'intérieur de la cavité abdomi- nale. Sur le squelette nous voyons les os du crâne formant une voûte à peu près semblable à celle déjà décrite dans le S. hamatus. Ainsi, les deux frontaux principaux recouvrent en partie les deux pariétaux; mais ils ne se touchent pas aussi complètement que ceux de l'espèce que nous venons de citer; de sorte qu'il y a un trou sur le crâne et deux trous latéraux circonscrits par les occipitaux, les mastoïdiens, la grande aile et le frontal principal. Les deux fron- taux antérieurs forment une plaque assez grande sur l'extrémité du museau. Les autres os ne présentent pas des différences bien notables d'avec ceux du grand S. hamciius. Nous comptons cinquante-quatre vertèbres à cette espèce, dont trente -cinq sont ab- dominales. La taille des individus que l'on trouve sur les marchés de Paris est quelquefois de deux pieds et demi ; mais il n'est pas rare cependant d'eu voir de deux pieds. C'est d'après l'un d'eux que j'ai donné dans l'iconographie du Règne animal une figure un peu petite, à la vérité, de la Truite de mer, en adoptant alors pour sa dénomination latine celle que je trouvais dans l'ouvrage dont nous voulions illustrer le texte. Cette truite de mer est, sans aucun 298 LIVRE XXIÎ. SALMONOÏDES. doute, de la même espèce que Lacépède a cta}3lie sous le nom de Salmone CumherlancL Il serait difficile de détermine)', dans louvrage que nous citons, le poisson que son illustre au- teur a inscrit dans ce supplément. Mais j'ai eu le bonheur de retrouver dans les papiers que M. de Lacépède m'a légués, les notes manus- crites de Noël, et j'y vois une représentation de la disposition des dents du palais; il n'y en a, sans aucun doute, qu'un seul rang sur le vo- mer. Noël avait pris ses notes sur un individu apporté à Rilvington en Westmoreland , et qui avait été pêclié dans un lac voisin du Penryth. Cet iclitliyologiste la désignait sous le nom de Truite blanche et présumait qu'elle était de la même espèce que celle des lacs d'Ecosse. Or, comme je trouve dans l'ouvrage de Yarrell que son Salmon-trout, qu'il consi- dère aussi comme la Truite de mer, est la Truite blanche du Devonsliire , du pays de Galles et de l'Irlande, et qu'il rapporte une observation de M. MaccuUock, constatant que la truite de mer d'Ecosse vit dans un lac d'eau douce de Lismore, l'une des Hébrides; que ces truites ne peuvent sortir de ce lac pour se rendre à la mer; je prolite de ces obser- vations pour admettre également que notre espèce peut se trouver dans le lac de Cou- CHAP. II. FORELLES. 299 stancCj passer de ce lac dans les nombreux ruisseaux qui y aflluent, soit directement, soit par le vieux Rhin, vivre dans les pro- fondeurs du lac, et en sortir pour remonter dans les rivières au temps du frai, d'où Ton conclurait, avec M. de Lacépède, que les grands lacs seraient, pour les individus qui ne peuvent se rendre a la mer, ce que FOcéan est aux espèces qui remontent dans les petites rivières qui viennent y verser leurs eaux. C'est ce que M. de Lacépède a dit, avec autant d'ëlëgance que de justesse dans Farticle quil a écrit, d'après Bloch, et par conséquent d'après le docteur Wartmann, sur le Salmo illanken. Si Ton vient à lever ces incertitudes, il en résul- terait que notre Forelle argentée serait, comme il y a tout lieu de le croire d'après l'examen des figures, très-bien représentée dans Agassiz, sur les planches 1 4 et 1 5 de son ouvrage, et que ce serait aussi flllanken (5. lacustris) de Bloch. L'illustre continuateur de Buffon faurait re- produite , une seconde fois, comme je viens de le dire, sous le nom de Salmone Cumherland. Le Salmo trutta de Bloch peut encore la re- présenter; mais la figure et la synonymie de cet auteur laissent de grandes incertitudes pour cette détermination. Ce serait plus pro- bablement le Salmo lacustris de Gesner. 300 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. En remontant à la discussion générale que j'ai faite de toute cette synonymie on voit la nécessité de donner à ce salmonoïde un nom nouveau; car presque tous ceux que je viens de rapporter ont été appliquées par d'autres auteurs à des espèces difFérentes. N'oublions pas que les dénominations d'Artedi ou de Linné embrassent, par leur synonymie, des poissons différents les uns des autres. Si le Salmon-trout de M. Yarreîl est un des noms de l'espèce actuelle, nous verrons cette espèce abonder sur les marchés de Londres comme sur ceux de Paris. Je n'aurais aucun doute sur cette détermination, si le docteur Richardson' s'était exprimé d'une ma- nière plus nette sur la disposition des dents du vomer. Je crois bien cependant qu'il n'y admet qu'une seule rangée. La figure de la planche 91 , n."" 1 , A et B, de l'ouvrage de Richardson, ne peut laisser aucun doute sur le genre auquel le poisson qui a été dessiné pouvait appartenir; c'était une Forelle argentée. La Forelle du lac Léman. {Farlo Leinaniis y nob.; Salmo Lemanus^ Cuv.) Nous recevons à Paris, sous le nom de 1. Faun. hor. amer., III, p. 140. CHAP. II. FORELLES. 501 Truite saumonée du lac de Genève, une des espèces les plus grandes et les plus estimées de ce genre. C'est un poisson à corps épais, à dos arrondi, à queue forie et raccourcie, à caudale peu développée, proportions qui donnent à ce poisson une forme beaucoup plus lourde que celle du Saumon. L'épais- seur fait à peu près les deux tiers de la hauteur, qui est comprise environ cinq fois et demie dans la longueur totale. La longueur de la tête n'y est que quatre fois et demie. Le dessus du crâne est plus large et à proportion plus arrondi. L'œil est à la moiilé de la longueur de la joue. Le préoper- cule est arrondi; l'opercule a le bord inférieur ar- rondi; il se loge dans le croissant du bord corres- pondant du sous- opercule, lequel est une palette assez large. L'interopercule est étroit et a le bord échancré. L'intermaxilîaire est assez long; il fait un peu plus du tiers du maxillaire. Les dents de ces deux os sont courtes et assez grosses; elles sont beaucoup moins fortes que celles des palatins. J'en trouve sur le vomer deux au chevron, et une bande de quatre ou cinq le long du corps de l'os. A l'ex- trémité de la mâchoire supérieure il existe une petite fossette, dans laquelle pénètre un tubercule assez haut de la mâchoire inférieure; mais il faut faire bien attention que ce tubercule n'a jamais la forme ni la saillie de celui du 6". hanialus. La pectorale est plus courte et plus large que celle du Saumon. Les ventrales sont plus éloignées, car elles corres- pondent aux derniers rayons de la dorsale. Celle-ci 302 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. répond au milieu de la longueur totale. L'adipeuse est très-haute, très-large- elle est à proportion beau- coup plus grande que celle du Salmo hamatus. Le poisson, desséché, a les flancs plus tachetés que le dos et le ventre. On voit des points sur la joue, sur l'opercule et sur la dorsale. Il n'en reste pas de traces sur les autres nageoires. Les écailles sont petites et comme perdues dans la peau. Nous en comptons cent trente rangées le long des côtés. La pectorale est plus arrondie; la caudale coupée carrément; l'anale aussi haute que longue. B. 11; D. 13 — 0; A. 10; C. 25; P. 12; Y. 9. Nous conservons clans le Cabinet du Roi deux grands individus empailles, dont l'un a trois pieds quatre pouces et demi de long; nous avons aussi un squelette long de detix pieds neuf pouces, qui avait ëtë envoyé h M. Cuvier par le sénat de la ville de Genève. Outre ces exemplaires, j'en ai examiné un grand nombre que le commerce apporte à Paris, ce qui m'a rendue l'acile l'appréciation des caractères généraux de cette espèce. M. Pentland en a donné un petit exemplaire du lac de Como, long d'un pied et deux pouces, mais sur lequel nous retrouvons aussi très- bien les caractères spécifiques de cette Truite. Le squelette nous offre aussi certains carac- tères qui servent à distinguer ce poisson des espèces voisines. CHAP. II. FORELLES. 305 Le crâne est plus rugueux. La crêie moyenne formée parla réunion des deux frontaux principaux, est plus élevée, et comme elle se continue avec celle des frontaux antérieurs, il en résulte une crête lon- gitudinale , allant depuis les intermaxillaires jus- qu'aux pariétaux. Sur les cotés de la créie moyenne il y en a deux autres rugueuses; puis les rebords des frontaux antérieurs se redressent un peu. Je ne vois pas sur les côtés du crâne les grands trous la- téraux de l'espèce précédente. Je compte cinquante -six vertèbres, dont trente- trois pour l'abdomen. Cette espèce si célèbre n'a été figurée que dans ces derniers temps. On en doit une pre- mière et bonne représentation à M. Juriiie% et plus réceranient M. Agassiz en a donné de très-élégantes figures dans sa belle monogra- phie des Saîmonoîdes. M. Jurine pense que l'accroissement des Truites^ d'une livre aug- mente dans une année du quart de leur poids, celles de trois livres d'un sixième, et que de plus grosses gagnent à peine une livre dans le même tenq:>s. Je ne suis pas très-sûr que ces observations se rapportent à la même espèce. Cet auteur nous dit qu'il n'a pas vu prendre 1. Jurine, Poissons du lac Léman, pi. 4. 2. Il est bien entendu que, dans tout cet article, j'emploie le nom de Truite, pour désigner, avec tout le monde, le poisson appelé en ichthjologie par M. Cuvier Salmo Lemanus. 304 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. dans le lac des Truites de plus de trente-six livres, que la plus grosse qui ait été prise depuis quinze ans (181 5) dans les nasses du Hhône, au moment oii il écrivait son mé- moire (i83o), n'en pesait que trente-deux. Il y a bien loin de ce poids à celui que l'on trouve cité dans les auteurs, et que M. Jurine a pris soin de transcrire. Grégoire de Tours parle de Truites d'un quintal, mais si cela arrivait dans le sixième siècle, dit le conser- vateur suisse cité par M. Jurine, il faut en réduire au moins la moitié actuellement. La plus grande Truite, dont les annalistes aient conservé le souvenir, fut prise en i663 : elle \ pesait soixante-deux livres. Les Forelies ou grandes Truites du lac, réduites en captivité, finissent par manger avec avidité les poissons qu'on leur donne, et elles peuvent se conserver longtemps dans une eau vive. Elles ont besoin de beaucoup de nourriture et elles maigrissent rapide- ment si on ne leur en donne pas une assez abondante. Les Truites quittent le lac à l'époque du frai et remontent les rivières et les torrents pour revenir dans les eaux d'où elles sont sorties, après avoir déposé leurs œufs. Le pas- sage des Truites du lac dans le Rhône, et leur CHAP. II. FORELLES. 305 retour de ce fleuve dans le lac est connu à Genève sous le nom de descente et de re- monte. Les observations suivies depuis plu- sieurs années montrent que les époques de migration varient suivant les influences atmos- phériques, comme nous en avons cité des exemples pour les harengs et comme on sait- que cela a lieu dans les migrations des oiseaux. Dès que la surface de Feau commence à se réchauffer, les Truites ne tardent pas à quit- ter les profondeurs où elles ont passé l hiver, et dès le mois d'avril on en voit quelques- unes descendre le Rhône. M. Jurine dit quà cette époque la chair est grasse et très-deli- cate et c[ue les femelles sont beaucoup plus savoureuses que les mâles. La descente est annoncée par les petites Truites, après elles viennent les moyennes; les grosses se mon- trent les dernières. Les Truites que Ton prend en juin et en juillet laissent déjà couler leurs œufs. Le gouvernement de Ge- nève a, par une heureuse prévoyance, forcé la ferme de la pèche du Pdiône, d'enlever pendant six mois, à dater de la fin d'avril, trois vannes du clayonnage disposé de ma- nière à fermer le fleuve à sa naissance, afin d'ouvrir un passage au poisson et d'assurer par là sa reproduction. Mais comme le cours 21. 20 506 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. du Rliône cache de nombreuses nasses pour prendre les Truites à la descente, il arrive encore que plusieurs y entrent et s'y prennent, de sorte que l'on verrait diminuer bien sen- siblement les Truites du lac sans le frai qui lui est fourni par les autres rivières ou tor- rents qui viennent y verser leurs eaux. Les grosses Truites semblent mesurer la quantité d'eau d'une rivière avant de s'y engager. L'iné- galité du lit de l'Arve empêche un grand nombre d'entre elles d'y pénétrer, à moins que les eaux ne soient abondantes. Le froid glacial de ses eaux , ou leur défaut de trans- parence, font peut-être aussi reculer le pois- son. 11 paraît préférer le Rhône et plusieurs fraient à la naissance du fleuve au sortir de Genève. Quand on se promène le long de ces berges élevées, on découvre au fond du lit de grandes places blanches formées par les Truites; celles-ci y ont déposé leurs œufs. Après le frai les Truites rentrent dans le lac, mais alors elles sont très -maigres et comme épuisées : on les a nommées fourreau jc. La remonte a lieu vers la fin d'octobre. Lorsque les Truites veulent de nouveau re- monter du Rhône dans le lac, elles sont obli- gées de pénétrer dans les nasses, parce que les portes du clayonnage ont été fermées. CHAP. II. FORELLES. 307 Tels sont les documents tires de l'excellent mémoire de M. Juriue. Cet habile naturaliste observe qu'il a vu souvent des Truites bos- sues, mais il remarque que ces déviations exté- rieures ne laissent aucune trace sur le sque- lette. Nous avons fait la même observation sur les Perches bossues d'Angleterre; M. Ju- rine en a fait de semblables sur des Brochets contrefaits. La cause de ces déviations n'est pas due à une sorte de rachitisme analogue à celui qui affecte plusieurs autres vertébrés. Les Truites pourraient être transportées dans nos lacs. L'on se souvient encore dans le département de l'îsère, des essais faits par l'abbé Garden, curé de la commune de Ve- noseen Oysans; il avait empoissonné, en l'^'^o, le lac Loritel, l'un des plus élevés de ce pays. Les Truites y ont frayé et prospéré pendant longtemps : depuis, le défaut de soins a laissé détruire ces poissons, parce qu'on en a fait la pêche en tout temps. Le peu qu'il en reste est difficile à prendre, parce que les Truites résident dans les profondeurs du lac. Je dois ces renseignements à M. Charvet, professeur d'histoire naturelle à Grenoble, à qui le bota- niste Villars les avait communiqués. Les expériences de M. Rusconi, de M. Agas- siz, et celles qui se font en Allemagne sur la 508 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. fécondation artificielle, prouvent qu'avec un peu de soin l'on ])eut transplanter les Truites. Je saisirai cette occasion de rappeler qu'on pourrait obtenir d'excellents résultats en ap- pliquant cette méthode à beaucoup d'autres espèces de poissons. Il est aussi à remarquer que les Truites de rivières grandissent promp- tement dans les lacs où on les place conve- nablement. On ne prend jamais, dans les cours d'eau, des individus aussi grands que ceux tirés des lacs. La FORELLE A VENTRE ROUGE. {Fario erjthrogaster^ nob.; Sahno er-jt/irogasier, Dekav.) Il existe aussi des Forelles dans les grands lacs de TAmérique septentrionale. Ricliardson en a signalé dans ses écrits. Le Cabinet du Roi en possède une très-belle espèce, remarquable par sa tête large et aplatie, par la grosseur de son museau. Les dents sont coniques et très-fortes. On en voit deux ou trois à l'extrémité du vomer, suivies de deux, placées à la suite l'une de l'autre sur le corps de l'os. Les postérieures sont plus grandes que celles de devant. Le vomer est d'ailleurs assez court. Les palatins sont armés de dents plus longues que celles des mâchoires. Je ne puis rien dire des dents linguales, la langue ayant été enlevée dans CHAP. II. FORELLES. 309 l'individu préparé que j'ai sous les yeux. L'opercule est un large triangle. Il s'unit par une suture écail- leuse au sous-opercule. Ces deux os portent de nombreuses stries rayonnantes, naissant chacune de l'articulation antérieure de l'os; d'où il résulte que les stries qui se rendent au bord inférieur de l'oper- cule croisent presque à angle droit celles du sous- opercule. L'interopercule a aussi des stries, mais elles sont moins marquées, et elles sont longitudi- nales comme celles du sous -opercule. Le dos est large et épais. La queue paraît assez grêle et assez longue. La dorsale est reculée sur le dos, et n'est pas très-grande. L'adipeuse est petite. L'anale est étroite et oblongue. La caudale est échancrée. Le lobe supé- rieur paraît plus long et plus aigu que l'inférieur. Les nageoires paires sont étroites et pointues. B. lOj D. 11 — 0; A. iOj C. 31; P. 13; V. 10. Les écailles sont petites, perdues dans l'épaisseur du derme co;nme celles des Truites en général. La couleur est d'un verdàlre foncé sur le dos, s'éclaircissant sur les flancs et sous le ventre. Les écailles paraissent bordées de verdàtre; ce qui doit former, sur le poisson frais, un réseau fm, à très- petites mailles. Notre exemplaire, long de deux pieds et demi, vient du lac Ontario : il a été envoyé par M. Milbert. Je crois retrouver dans cette espèce le Sal- mo erythrogaster de M. Dekay \ La figure 1. Dckaj, Ne^ç-York Faim., p. 236, pi. 39, %. 126. 310 UVRE XXII. SALMONOÏDES. nous représente assez bien sa télé large et courte. Cependant il ne paraîtrait pas que M. Dekay accorde à son espèce une taille aussi considérable que celle de Texemplaire dû aux soins de M. Milbert. Celte espèce a été reproduite, d'après MM. Dekay et Dough- tliy, dans le Synopsis de M. Slorer; mais ce naturaliste n'ajoute aucun détail qui nous fasse mieux connaître ce poisson. Les couleurs in- diquées dans la Faune de New-York sont un vert olivâtre foncé sur le dos, les côtes bronzés, marbrés de rouge et semés de taches carmin. Le ventre brille d'un bel orangé, avec une ligne longitudinale moyenne d'un blanc de perle. Les nageoires inférieures et la caudale ont du rouge. La FoRELLE DE Ross. {Far 10 Rossii, n-^v), ; Salmo Rossii , Ricliardsonj Salmo jjenshinensls j Pallas.) M. Piicliardson a dédie à son célèbre ami le capitaine James Clarke Ross, une espèce qu'il a décrite avec soin et comparativement au Saumon. Il aurait pu cependant la trouver déjà nommée dans le Fauna rosso-asiatica. C'est un poisson de forme plus élancée, dont le dos est plus droit, dont le museau et les mâchoires CHAP. II. FORELLES. 511 sont moins arquées, dont la tête est plus large. La niâclioire inférieure a une longueur remarquable et dépasse de beaucoup la supérieure. Les dents, courtes et coniques, mais très-aiguës, existent à chaque pa- latin, et quoique le vomer ait été cassé par la pré- paration de l'individu, M. Richardson a pu en ob- server deux sur l'extrémilé antérieure et une seule plus éloignée sur le corps de l'os. L'opercule est rhomboidal. Ses angles sont arrondis. Le bord infé- rieur de linieropercule est concave et comme éclian- cré. L'adipeuse est petite. La caudale est fourchue. B. 12—13; D. 13 — 0; A. il; C. 29; P. 14; V. 10. Les écailles sont petites, particulièrement celles du devant du dos. L'auteur en a compté cent trente- quatre le long des flancs. Le dos, le sommet de la tête, la dorsale et la caudale ont une couleur in- termédiaire entre le vert olive et le brun des che- veux. Les côtés sont nacrés ou gris perlé, à reflets argentés, irisés de bleu et de lilas. De nombreuses taches de carmin sont le long de la ligne latérale. La couleur du ventre varie dans les diflférents exem- plaires d'un orangé pâle à une belle couleur rouge. Le courageux voyageur auquel nous em- pruntons cette description Ta faite en partie sur des peaux desséchées, et en partie d'après les dessins qui lui avaient été communiqués par sir John Pioss. Il lui donne pour nom vul- gaire , chez les Eskimaux , le mot Eekalook. L'espèce est une des découvertes de leur ex- pédition à l'ile du Régent. Cette Forelle est 512 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. si abondante dans la mer, à remboucîiiire de la rivière de Boothia-Félix, qu'un seul coup d'une petite seine en a rapporté trois mille trois cent soixante-dix-liuit individus. Leur poids variait de deux à quatorze livres. La couleur de la chair était quelquefois d'un rouge foncé; d'autres individus l'avaient très-pâle. M. Ricbardson croit son ^S". Rossii voisin du poisson signalé par Pennant sous le nom de Malma ou de Golez des Russes, qui entre de la mer dans les rivières du Kamlscbatka. Pallas a appliqué ce nom de ]\ïalma ou de Golez au Salmo callaris, dont nous avons déjà parlé page 248, et qui a les deux mâ- choires à peu près égales, car l'inférieure est un peu plus courte, d'après la note de Pallas. Je ne crois donc pas que la supposition de M. Ricbardson doive être admise. Ce qui d'ailleurs me confirme cette déter- mination, c'est que je retrouve notre espèce dans un aulre article de l'illustre zoologiste de Pétersbourg. J'ai dessiné à Berlin le Salmo penshinensis de Pallas, et ce dessin, m'éclai- rant sur la description du Fàuna rosso-asia- tica, me démontre que le Salmo Rossii n est autre que cette espèce. J'ai examiné l'individu dessécbé, rapporté par Merk. Ce saumon entre du golfe de Pensbiné dans la rivière de CHAP. II. FORELLES. 5'!^ Worofskaya. Les naturalistes me pardonne- ront de conserver le nom du célèbre navi- gateur, auquel Ricliardson l'a dédiée. Je ne serais pas éloigné de croire que M. Mertens aurait aussi dessiné cette espèce, car il m'a permis de calquer un de ses dessins repré- sentant un Golez des Kamtscliadales. Je n'au- rais aucun doute à établir ce rapprochement, si la m.achoire était un peu plus allongée. Je trouve, dans les belles collections des dessins du navigateur russe, un petit poisson représenté sous le même nom de Golez, et qui a le corps traversé par dix à onze bandes verticales plus foncées que le fond verdâtre du dos. Tout le corps est semé de nombreuses taches rouges. La caudale et la dorsale sont verdâtres, les autres nageoires rougeâtres. Je crois qu'il représente un jeune âge de notre espèce , ce qui peut faire supposer que les saumons des rivières du Kamtschatka ont une livrée comme ceux de l'Europe. Il faut d'ailleurs faire attention que le nom de Golez paraît être donné à plusieurs espèces, et être en quelque sorte un nom générique auRamlschatka, comme l'est, chez nous, celui de Truite. 514 LIVRE XXIL SALMONOÏDES. CHAPITRE III. Des Truites {Salar^ nob.). Après avoir distingué les Saumons [Sahno) avec le corps du vomer lisse et sans dents , les Forelles {Fario) avec une seule rangée de dents sur le corps du vomer , il nous reste à parler des Truites proprement dites, dont le corps du vomer est armé de deux rangées de dents. Une autre disposition des dents vomériennes distingue encore le genre Truite des deux genres précédents : leurs espèces ont un groupe de dents sur le chevron du vomer. Les espèces de notre troisième genre n'ont pas de dents remarquables et distinctes sur le devant de l'os. D'ailleurs leur anatomie, leur taille, leurs habitudes, leur séjour, tantôt fiuviatile, tantôt de passage de la mer ou des profondeurs des grands lacs intérieurs dans les rivières qui viennent y verser leurs eaux, sont les mêmes dans nos truites que dans les espèces des deux autres genres. La truite de nos ruisseaux a été si nette- ment désignée dans ce vers tant de fois cité du Poème de la Moselle : Purpurcis(pie Saljr stellatus iergore i^nttisj CHAP. m. TRUITES. 515 que je n'ai pas hésité a désigner le genre nou- veau établi dans ce chapitre par le nom de Salar, de même que j ai trouvé dans ce poète les deux noms génériques précédents. Je complète dans ce troisième article l'his- toire d'un très-grand nombre d'espèces, qui ont été toutes confondues par mes prédéces- seurs sous le nom Linnéen de Salmo. Il y a, pour retrouver les espèces décrites dans leurs ouvrages, les difficultés signalées dans les deux articles précédents, parce que les naturalistes n'ont pas plus apprécié le caractère des truites que celui des deux autres groupes. Les auteurs admettent que les grandes espèces de ce genre subissent les mêmes chan- gements dans la forme des mâchoires, que le ferait le saumon ordinaire, si le S. hamatus était de l'espèce du saumon vulgaire. Je crois que ces conséquences sont le résultat d'ob- servations inexactes, et que les naturalistes futurs rectifieront les erreurs que je n'ai pu dé- couvrir. L'examen des espèces des trois genres prouve ce que j'ai dit plus haut ; c'est que les Salmonoïdes de la tribu des Truites abondent dans les eaux circumpolaires. Je m'étonne que le nombre immense de poissons excellents après qu'ils ont été fumés ou salés, n'aient pas excité davantage les hommes qui spéculent 516 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. sur les profits de la grande pèche, à y aller poursuivre les saumons qui fourniraient des cargaisons tout aussi fortes que les morues de Terre-Neuve et qui seraient d'une valeur plus élevée. Ce que l'on rapporte de l'abondance de certaines espèces de truites dans les rivières du Ramtscbalka , et de la mortalité d'un si grand nombre de poissons dans le lit resserré de ces rivières, doit donner lieu à la réunion de squelettes qui se conserveront dans les alluvions de ces eaux douces, en y formant des bancs analogues, par le nombre de cada- vres entassés, aux couches stratifiées du monte Bolca ou à ceux des argiles d'i^ix remplies de prétendues pœcilies. Que les géologues réflé- chissent sur ces faits, et qu'ils se demandent si des espèces qui sont marines pendant pres- que tout le temps qu'a duré le développement ou la croissance des individus, et qui devien- nent fluviatiles pour un espace de temps très- court, devront être désignées sous le nom de poissons marins ou d'espèces fluviatiles. Les Truites, répandues dans un si grand nombre de ruisseaux, de rivières et même de lacs des eaux douces de lEurope, présentent presque toutes ce caractère commun et re- marquable d'avoir le corps couvert de taches CHAP. III. TRUITES. 517 d'un beau rouge de vermillon , qui devient Irès-souvent le centre dun ocelle gris, blan- châtre ou brun. La couleur de ces points résiste à la cuisson, et pendant très-longtemps à l'action de l'alkool. Avec ces taches rouges, les parties supérieures du corps en ont d autres toujours beaucoup plus grosses, de couleur brune. La tête et les opercules en sont char- gés comme le tronc, la dorsale et Fadipeuse. Si Ton ne compare pas ensemble un grand nombre de ces poissons, on peut, en s'en tenant à ces caractères généraux, croire que rien ne serait plus facile que de déterminer l'espèce de poisson que les naturalistes se con- tentaient, jusqu'à nous, dà^j)e\er Salnwfario. Mais si l'on a le soin, comme je l'ai fait, de réunir les différentes Truites non-seulement de divers pays, mais même des petites rivières les plus voisines les unes des autres, on ne tarde pas à reconnaître des variétés tellement irappantes, que l'on devient fort embarrassé d'appliquer très-souvent à l'individu que l'on a sous les yeux les caractères du Sahno fario de Linné. Les difficultés augmenteront très- vite , si l'on veut suivre avec quelque pré- cision les caractères signalés dans les Traités généraux ou dans les Faunes spéciales de dil- férents pays. Mon prenûer soin a été de re- 318 LIVRE XXII, SALMONOÏDES. clierclier s'il y avait quelque différence cons- tante dans les formes ou dans les proportions, et si ces différences concordaient avec d'au- tres que je pouvais observer dans le nombre ou dans la dis})Osition des taches. Après avoir mesuré avec la plus grande attention les di- verses parties du corps pour connaître leurs diverses longueurs proportionnelles, et après avoir mis ensemble les Truites qui se ressem- blent , j'ai trouvé qu'il y a dans toutes nos nombreuses Truites cVEurope deux groupes appartenant peut-être à deux espèces dis- tinctes. Si on les réunit, comme je le fais, on sera du moins forcé de les considérer comme constituant deux races très-différentes et re- connaissables à la longueur de la tête et au nombre des taclies qui couvrent l'opercule. Je vois que les Truites, couvertes de taches nombreuses sur la tête et sur le corps, ont la tête constamment et sensiblement courte. Au contraire un grand nombre d'autres in- dividus qui ont peu de taches sur le corps sont remarquables par la longueur de leur tête. Ces deux distinctions sont faciles à saisir à la première vue, lorsque l'étude vous a familiarisé avec la physionomie de chacun des groupes. Il y a d'ailleurs dans les Truites à tête courte des variations dans la grandeur CHAP. m. TRUITES. 319 et dans le nombre des taches, variations qui se reproduisent avec assez de constance pour qu'il soit facile à un observateur exercé de reconnaître une Truite des rivières de Pro- vence ou d'Ilalie, et pour la distinguer de celles de nos ruisseaux de Normandie. Ces différences, que l'étudte finit par faire saisir, sont cependant, je dois l'avouer, difficiles à apprécier sans beaucoup d'exercice. Je n'exa- gère pas en disant que j'ai été obligé de rap- procher plus de cent exemplaires, et de les étudier longtemps avant d'apprendre à les bien connaître. Mais je crois aussi qu'il y a quelque certitude dans la distinction des deux races , car maintenant que j'ai bien saisi les différences, je les retrouve sans hésiter. J'ai cru nécessaire d'entrer dans ces détails, afin que le lecteur qui voudra appliquer ces prin- cipes et vérifier l'exactitude de mes détermi- nations ne se décide pas avec trop de préci- titation. Les naturalistes devront se souvenir qu'ils entreprennent une œuvre de patience. Lu Truite vulgaire. {Salar Ausoniiy nob.) Je commence par décrire celle des deux races, très-voisines l'une de l'autre, celle dont 320 LIVRE XXII. SALMOiNOÏDES. j'ai pu rassembler le plus grand nombre d'exemplaires : c'est la Truite à tête courte. Elle a le corps Je forme régulière, assez élégante, et, cependant, il est un peu trapu. L'épaisseur fait à peu près la moitié de la hauteur, et celle-ci est, à très-peu de chose près, le cinquième de la lon- gueur totale. Les variations doivent dépendre de fétat de plénitude et peut-être bien aussi du sexe de l'individu. La tète a le front assez large; le mu- seau gros et arrondi; l'extrémité, quoique obtuse, fait une sorte de saillie. La longueur de la têle est contenue quatre fois dans la longueur du corps; la caudale non comprise. La plus grande longueur des lobes de la caudale est à peu près la moitié de la longueur de la têle. L'œil est assez gros. Son dia- mètre est compris quatre fols et deux tiers dans la longueur de la tête. Il est égal à la moitié de la longueur du maxillaire; celui-ci dépasse à peine le bord postérieur de l'orbite. Le bord de cette cavité se porte assez en avant de l'œil, se rétrécit, et l'es- pace compris entre son angle antérieur et la scléro- tique est rempli par une adipeuse large et épaisse. Les quatre osselets sous-orbitaires sont étroits. La partie des deux premiers qui bordent le maxillaire est presque linéaire. La distance de la partie posté- rieure de l'œil au bord montant du préopercule est égale à une fois et demie le diamètre. Le bord in- férieur de cet os descend un peu obliquement. L'oper- cule est un trapèze rétréci vers le haut. Le bord inférieur est peu arqué. Le sous-opercule suit à peu près la direction de ce bord , et termine la portion CHAP. lïl. TRUITES. 321 libre de l'appareil operculaire par un angle mousse peu prolongé, appuyé sur l'os humerai. L'interoper- cule est étroit. Comme dans tous les Saumons, la fente de l'ou'ie est assez grande. Les rayons de la membrane brancLioslège sont gros, aplatis et presque tous visibles à l'extérieur. On peut à peine donner le nom de lèvre au repli qui borde la mâchoire inférieure. Il n'y en a aucune trace sur la supé- rieure. Son contour est une ogive assez régulière, arrondie plutôt qu'aiguë. Les deux intermaxillaires, courts et "terminant rexlrémité du museau, n'ont guère que le quart de la longueur du maxillaire. Quand la bouche est fermée, la mâchoire inférieure est plus courte que la supérieure. Ses branches sont larges et se portent en arrière au delà du maxillaire d'une longueur égale à celle du quart de la branche. Les dents des mâchoires sont petites et crochues, sur un seul rang; celles des maxillaires sont plus courtes que les autres; il en existe un seul rang sur chaque palatin, et celles du vomer, disposées sur deux rangs, sont divergentes, aussi grosses que les palatins, souvent même plus fortes. Il y en a, d'ailleurs, une petite rangée transversale au chevron du vomer. La langue, grosse, charnue et creusée en gouttière , a chaque bord armé de quatre ou cinq dents. Il arrive presque toujours que le bord gauche a une dent de plus que le droit. Les nageoires des Truites ne sont pas très- grandes. La dorsale est aussi longue que haute, et sa base a un tiers de plus que celle de l'anale. Les ventrales sont insérées sous le milieu de la nageoire du dos; elles ai. 21 322 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. ont à peu près les deux tiers de la longueur de la pectorale, qui est contenue six fois et demie dans la longueur totale. La caudale est peu échancrée. B. 11; D. 13 — 0; A. 10; C. 27; P. 12; V. 9. Les écailles sont très -petites et comme perdues sous la peau muqueuse qui les enveloppe 5 elles ne montrent que des siries d'accroissement concentri- ques, sans éventail ni rayon à la portion radicale. Il y en a cent vingt rangées le long du corps. La couleur de ces Truites est un vert doré, devenant plus jaune ou jaunâtre sous l'abdomen. La tète et les opercules sont couverts de grosses taches rondes, de grandeur diverse, noirâtres. Il y en a quelquefois une plus grosse sur la joue, entre l'ccit et le bord du préopercule. Le dessous de la gorge est jaunâtre. La mâchoire inférieure est grise, mêlée de jaunâtre. Le bord des lèvres est noirâtre. On voit sur le dos un grand nombre de taches brunes, qui descen- dent au-dessous de la ligne latérale, principalement sur la région de la poitrine. Le long de la ligne on voit une série assez régulière de taches rouges, en- tourées souvent d'un cercle plus pâle. Au-dessus et au-dessous nous voyons des taches rouges épar- pillées, plus ou moins nombreuses; rien ne varie plus selon les différents individus. Le ventre n'a jamais de taches. La dorsale, grise ou verdâtre, a de nombreux points noirs et des taches rouges, plus ou moins prononcées. Les premiers rayons sont souvent noirâtres, bordés d'une teinte pâle, qui devient souvent assez blanche sur le poisson con- servé depuis peu de temps dans l'alcool. L'adipeuse, CHAP. IIÎ. TRUITES. 523 verclâlre comme le dos, a des laclies rouges et noires. La caudale, plus ou moins orangée, a quel- quefois une bordure noire très -prononcée et des taches rousses qui s'évanouissent facilement. Les na- geoires inférieures, d'un vert plus ou moins sali de noirâtre, ont rarement des taches. Presque toujours l'anale a une bordure noirâtre, lisérée de blanc. On observe la même disposition à la ventrale, et la pec- torale en offre quelquefois une légère apparence. J'ai fait cette description de la Truite d'après des exemplaires encore très-frais que j'ai reçus des différentes rivières de Norman- die qui se jettent dans la mer auprès de Dieppe et auprès de Caen. Mais d'ailleurs, j'ai retrouvé cette même variété dans beau- coup d'autres cours d'eau des environs de Paris ou des différentes contrées de l'Europe : c'est la variété qu'on observe dans l'Iton, auprès d'Evreux ; dans l'Eure , auprès de Louviers ; je l'ai observée dans les petites rivières du plateau du Vexin, dans lEpte et ses affluents, auprès de Gisors. La Rille, qui coule à l'ex- trémité nord-ouest du département de l'Eure, nourrit aussi un assez grand nombre de truites de la même espèce. 11 est curieux de remar- quer l'abondance des truites dans ces petites rivières tributaires de la Seine, et leur ab- sence dans ce fleuve. Il n'y a pas non plus de truites dans la Marne, quoique cette grande 324 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. rivière reçoive de nombreux affluents qui en nourrissent. J'ai encore retrouvé la truite à tête courte dans des envois Hiits par IM. Mac Gui- loch et par M.""^ Bowdicb, qui chercliaient à nous procurer les truites des lacs de leur pays. J'en ai rapporté de la petite rivière de la Bou- vack, qui se jette dans la Somme auprès d'Ah- béville. J'ai aussi trouvé cette espèce dans la Meuse et dans les petits affluents aux environs de Namur et de Huy. J'en ai rapporté des exemplaires pris à Franc- fort; ils venaient de la Nidda, petite rivière qui se jette dans le Mein. J'en ai vu un grand nombre d'exemplaires qui tous variaient beau- coup entre eux. Le fond de la couleur était tantôt brun assez foncé, tantôt il était jaunâtre avec des reflets plus ou moins dorés. Les indi- vidus avaient des taches plus ou moins nom- breuses, brunes ou rouges; celles-ci étaient entourées d'un cercle blanc: mais souvent aussi il n'y en avait point; d'autres exemplaires avaient des ocelles à cercle noir. Tous avaient la dorsale tachetée, l'adipeuse et la caudale bordées de rouge, les pectorales jaunes. L'exa- men des nombreux individus que j'ai fait dans les bateaux des pécheurs, m'a convaincu de leur identité spécifique avec ceux que je venais de voir récemment sur le marché de CIIAP. III. TRUITES. 325 Berlin. Ils m'ont également donné la convic- tion que toutes ces variétés appartiennent à une seule et même espèce. J'ai pu en acheter à Freiberg. M. Chevalier, préfet du Var, a eu la complai- sance d'envoyer à M. Cuvier un assez grand nombre de truites, qui arrivent à Draguignan. La Soignes est le ruisseau qui les fournit; elles sont toutes remarquables par leur tête courte, couverte de taches noires très-petites et par les nombreuses taches rouges de leur corps. C'est un des poissons qui ressemblerait le plus à la figure que Bloch a donnée sous le nom de Sahno alpiniis. Cette espèce nominale me parait cependant indéterminable d'après les observations que j'ai publiées plus haut. Je rapporte encore à cette variété la Truite que M. Pentland a prise pour nous au mont Cenis, et celle du versant des Alpes, que M. Laurillard a prise a Nice, que M. Major nous a envoyée du lac Majeur et que M. Canali, professeur d'histoire naturelle à Perugia, nous a envoyée de Colhonto. Enfin, M. Duvaucel et M. Bibron ont aussi rapporté au Muséum des Truites à tête courte, qu'ils avaient prises dans les Pyrénées. La seconde race, dont quelques naturalistes feraient peut-être une espèce, si le hasard leur 326 LIVRE XXII. SALTVÎONOÏDES. faisait rapprocher dans une collection deux individus pris parmi ces deux groupes, et dont l'un aurait - la tête très-courte, et l'autre allongée, se caractérise, en effet, par la longueur de sa tête. Portée sur l'étendue du corps, je trouve certains exemplaires qui ont la tête comprise quatre fois seulement dans la distance entre le bout du museau et l'extrémité des rayons mitoyens de la queue, c'est-à-dire, qu'elle est, à très-peu de chose près, égale au quart de la longueur totale. L'allongement dépend de ce que, d'une part, le museau paraît un peu plus avancé, et de l'autre, que l'opercule, un peu plus elliptique, couvre un peu plus l'épaule. Presque tous ces individus ont peu de taches sur l'opercule. Trois ou quatre gros points au plus, souvent un seul, se voient sur l'ouie. Les taches du dos sont plus rares, plus grosses et plus violacées. Les taches rouges ocellées, sont tout aussi abondantes. Je vois, dans plusieurs exemplaires, un plus grand nombre de points rouges sur la dorsale. Du reste, tous les autres caractères de la race précédente se retrou- vent sur celle-ci. J'ai observé des individus frais de cette race , rapportés des rivières de Champagne par un jeune naturaliste, M. Jules Piemy, qui s'est déjà fait connaître par ses travaux en botanique. M. Rondeaux, de Rouen, a eu aussi l'obligeance de nous en remettre de CIIAP. III. TRUITES. 527 beaux exemplaires péchés dans la Rilie auprès de la commune de ïibouville. Nous en avons reçu aussi des exemplaires pris dans le Rhin, près Strasbourg, et qui ont été envoyés à M. Cuvier avec des saumoneaux de ce fleuve, par M."^ Levrault. J'ai vu cette variété à Francfort, à lieidelberg; j'en ai rapporté des individus pris sur le marché de Berlin. Je retrouve aussi cette variété parmi les nombreux individus envoyés du Var par M. Chevalier. Les eaux douces de France et d'Italie nous ont fourni une autre variété de Truite, que M. Cuvier a indiquée dans le Règne animal sous le nom de Sahno niannoratus. Celle-ci a tous les caractères que fournit l'étude des formes extérieures de la Truite. Il reste sur leur corps peu de traces de points rouges; mais des marbrures formées par des taches oblongues et confluentes d'un gris violacé, couvrent tout le corps, aussi bien l'abdomen que le dos. M. Savigny nous a rapporté les premiers exemplaires de cette variété, qu'il a prise dans le Pô et dans le lac Majeur. La disposition générale des viscères de la Truite ressemble beaucoup à ce qu'on peut observer dans le Saumon. Le foie ne forme qu un seul lobe placé à droite de l'œsophage, assez épais en avant, mince et tron- 52 â LIVRE XXII. SALMO>fOÏDES. que en arrière, avec une assez grosse vésicule du fiel. La branche monlanle de l'esiomac et la portion recourbée du commencement de l'inleslin porte de nombreux cœcums. J'en ai compté trente -neuf dans l'individu que j'ai disséqué. La rate est de grosseur moyenne, située au delà du foie. Une grande vessie natatoire, à parois membraneuses, occupe tout le haut du dos et communique avec l'œsophage. Les œufs sont très- gros, tombent dans la cavité du ventre à cause de la disposition lamel- laire de l'ovaire. Quant au squelette, les frontaux principaux se rejoignent par une petite crête moyenne, de manière à couvrir toute la voûte du crâne. La plaque des deux frontaux antérieurs est unie avec celle des frontaux principaux beaucoup plus inti- mement que dans le Saumon. En arrière, les mas- toïdiens et les temporaux se touchent, de sorte qu'il n'y a point de grand trou latéral sur le crâne. Les occipitaux, en arrière, ne sont pas non plus séparés. Noiis avons compté les vertèbres sur six squelettes, faits avec des individus de localités assez éloignées. Nous avons trouvé chez tous cinquante- sept ver- tèbres. La constance de ce nombre ajoute encore aux preuves que j'ai données plus haut pour con- sidérer toutes ces variétés de truites comme appar- tenant à une seule et même espèce. La grandeur ordinaire des Uuites de toutes nos rivières de Normandie, varie de dix à quatorze pouces. Mais on en prend quelque- fois de plus grosses. Ainsi, j'en ai reçu de CHAI», m. TRUITES. 529 rîton une qui avait seize pouces de long. Nous en avons, au Cabinet du Koi, un individu pcclié dans la Rille, qui a dix-huit pouces. Celte truite commune me paraît rester dans des dimensions toujours plus petites quand on s'élève dans les montagnes. Les truites du Mont-Cenis, celles des hautes Pyrénées, les exemplaires assez nombreux que j'ai vus à Freiberg, n'ont en général que cmq ou six pouces de longueur. Dans les Vosges et dans le Ridoustole, rivière qui coule dans les montagnes des Ardennes, les truites ne pèsent guère que deux à trois onces. Les plus grosses ne dépassent pas trois livres de poids dans la Vesle, rivière de Champagne. J'ai aussi retrouvé, dans les papiers de M. de Lacépède, les notes de Noël de la Mori- nière, d'après lesquelles l'ilkistre continuateur de Buffon a constitué son Salmone gadoïde. Ce doit être la variété à longue tête de notre truite commune. Les exemplaires de M. Ron- deaux nous aident pour arriver à reconnaître la description de M. Noël. On sait que les truites aiment les eaux vives et courantes, qu'elles nagent presque toujours contre le courant; aussi quand on pèche des truites à la ligne faut-il, en don- nant plus ou moins de tond, faire remonter 530 LIVRE XXII. SALMONOÏDl'S. le courant à lappât quon présente au poisson pour l'exciter à sortir de ses retraites ; il se jette alors avec impétuosité sur l'amorce, et presque toujours il avale avec elle l'hameçon qui la tient. La truite aime beaucoup aussi les plîryganes et les autres mouches qui volent au-dessus de la surface de l'eau. Il est même fort aisé de tromper la truite avec des mou- ches factices, cela donne lieu à un genre de pèche souvent très-productive. Enfin nos truites, comme toutes les espèces du genre Saumon, aiment à s'établir dans les trous sur les berges du fleuve , et elles s'y tien- nent tellement tranquilles que les pécheurs qui connaissent depuis longtemps leurs re- traites, vont les y prendre à la main, souvent en plongeant. Il ne faut pas oublier que ces habitudes de se cacher dans des trous ne sont pas uniquement propres à la truite, car on peut prendre de la même manière des bro- chets et des carpes. La truite qui fraie dans nos rivières, y croît assez vite pour atteindre une taille moyenne de sept à huit pouces, mais il parait qu'ensuite la rapidité de sa croissance diminue, et les pécheurs affirment que les truites de dix-huit à vingt pouces sont vieilles. Les truites, comme le saumon, dé- posent leurs œufs dans des espèces de nids CIIAP. m. TRUITES. 351 quelles fout sur le sable, ea se tournant et eu se frottant plusieurs fois sur le gravier. Elles ne pondent pas tous leurs ceufs à la même place, et elles lâchent leur frai en plusieurs fois et h huit à dix jours de distance. On sait que les petits qui en naissent ont des bandes trans- versales qui se perdent avec l'âge. Sur certains ruisseaux de la Normandie les paysans leur donnent le nom de Mdlins. Mon confrère et ami, M. Rayer, a eu la bonté de m'en donner pour le Cabinet du Roi un assez grand nombre d'exemplaires. Ces bandes se conservent sur des truites qui ont déjà six pouces de longueur. Cependant j'en vois des individus, même un peu plus petits, sur lesquels elles sont totale- ment effacées. Je crois que la conservation de ces bandes dépend souvent de la nature des eaux dans lesquelles vit le poisson. Leur séjour influe beaucoup aussi sur leur taille; on peut remarquer que les truites des ruisseaux les plus élevés restent toujours plus petites que celles des ruisseaux de la plaine. Cependant il ne faut pas trop étendre cette observation générale. M. Ramond dit qu'il a vu pécher, dans les eaux profondes, des truites de quatre livres, et une fois il en a vu tirer une de qua- rante pouces d'un gouffre du Garve , situé à environ trois cents toises au-dessus du niveau 552 LIVRE XXII. SALMO?fOÏDES. de la mer. Il observe que la truite commune se pèche en al^ondance dans tous les lacs jus- qu'à la limite d'environ ii^o toises. Le lac d'Onsay, au pic du Midi, n'en contient point; son élévation est de 1 187 toises, et cependant on y trouve en abondance des salamandres aquatiques et des grenouilles. M. Ramond croit que, ces lacs étant couverts dune glace épaisse pendant six mois de l'année, les poissons se- raient privés, pendant un temps si long, de l'air nécessaire à leur respiration. C'est a cette asphyxie qu'il faut attribuer la disparition du poisson dans ces lacs, beaucoup plus qu'à l'in- tensité du froid que le poisson pourrait res- sentir. Un fait rapporté par Lacépède et qui avait été recueilli par Lemonnier, montre la présence des truites à trois cents toises en- viron au-dessous du sommet du Canigou, c'est-à-dire, à ii4o toises au-dessus de la mer. Ce qui est très-curieux, c'est que ce lac, plein d'eau en été, et sec vers l'équinoxe d'au- tomne, est peuplé de truites durant la saison OLi il se remplit. Elles disparaissent quand il se dessèche, et elles se montrent de nouveau quand l'eau vient remplir le bassin. Cela prouve que le lac est en communication par des canaux souterrains avec d'autres cours d'eau ou avec des réservoirs intérieurs où le CHAP. m. TRUITES. 333 poisson peut se réfugier. Si l'on compare les observations faites par Linné sur le Sahno alpiniis des montagnes de la Norwége, on ne doit pas attribuer à la congélation des lacs dans les Pyrénées la disparition des truites, car les lacs septentrionaux sont congelés pen- dant autant de temps au moins que ceux des hautes Pyrénées , et cependant ils sont con- stamment remplis de poissons. Je pense que la hauteur au-dessus du niveau de la mer fixe le point où les truites peuvent cesser de vivre dans les montagnes 5 c'est un phénomène de la même nature que celui qui fixe l'élévation de telle espèce végétale sur les versants alpins. Ces hauteurs varient suivant les diftérentes espèces. Si l'on se rappelle les observations que nous avons faites sur des siluroïdes de Cusco et surtout sur les Orestias, nous voyons ces cyprinoïdes s'élever dans le grand lac de Titicaca, à 45oo mètres au-dessus de la mer, sans qu'aucun des nombreux salmonoïdes, de la tribu des Characins, qui abondent dans l'Amérique équinoxiale , viennent vivre avec eux à cette immense hauteur. J'ai d'ailleurs fait connaître une espèce particulière de petit saumon des eaux douces de Cayenne. La nature a donc reproduit les formes de nos truites dans ces contrées, sans donner h aucune 354 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. espèce l'habitude instinctive de s'élever dans les montagnes. J'ai dit qu'en général les truites du mont Cenis, des hautes Pyrénées, celles même que l'on peut observer sur le sommet des chaînes moins élevées de l'Allemagne ou de la France, restent en général dans des di- mensions plus petites. Cette petitesse indivi- duelle est un signe caractéristique de plusieurs espèces de mollusques alpins. Que l'on com- pare XHelix arhusîoriun pris sur les hautes cimes des Alpes avec ceux qui vivent dans nos plaines, on sera frappé de voir que les premiers sont constamment moitié plus petits que les seconds. Cn peut observer ces exem- plaires dans la collection du Jardin des plan- tes, et j'ai réuni dans le même but d'obser- vation des Ombrettes, Hélix putris, et quel- ques autres espèces encore. J'en ai rassemblé de nombreux individus recueillis dans les con- trées septentrionales de l'Europe, et je trouve, à mesure que nous avançons vers le pôle, une décroissance analogue à celle que nous obser- vons quand nous les recueillons sur les mon- tagnes. U Hélix ai^hustoruni , rapporté d'Ar- cliangel, a les mêmes proportions que ceux rapportés du Saint-Gothard. La truite est une des espèces de poisson dont on peut observer le plus fréquemment CHAP. IIL TRUITES. 335 des individus monstrueux. Une des déforma- tions les plus communes rappelle tout à fait celle que j'ai décrite avec détail sur la carpe. M. Yarrell a figuré une de ces déviations dans la vignette de son Histoire du Salmo fario. Le Muséum en possède deux exem- plaires, et tous deux sont adultes. L'un a plus de huit pouces de longueur. Il est diffi- cile de concevoir comment cet individu pou- vait vivre, car les intermaxillaires sont repliés sous le palais, de manière que les dents tou- chent à celle d'en haut. La mâchoire inférieure dépasse en entier toute la supérieure ; elle ne touche à aucune partie de la mandibule opposée; je ne comprends comment les dents pouvaient retenir la proie. On rencontre aussi très-souvent, mais sur- tout dans les produits des œufs fécondés arti- ficiellement , des monstruosités par réunion, de manière à former des truites à deux têtes sur un corps formé comme à l'ordinaire; d'au- tres ont le ventre commun et paraissent comme deux truites ordinaires placées l'une auprès de l'autre. On en a vu qui avaient deux corps distincts sur une queue commune. Ces mon- struosités sont du même ordre, ou, comme Fa dit M. Geoffroy Saint-Hilaire , du même genre que celles décrites par ce savant dans les mammifères. 356 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Il faut remarquer que ces monstres ne vi- vent pas au delà de six semaines, c'est-à-dire qu'ils cessent d'exister quand ils ont absorbé le vitellus rentré dans l'intérieur de l'abdomen après leur éclosion. Avant de terminer l'histoire naturelle des Truites d'Europe, il me reste à ajouter quel- ques mots sur un travail fort important, pu- blié par MM. Agassiz et Vogt. Je veux parler de l'anatomie' et de Fembryologie^ des sâl- monoïdes. Les recherches , qui avaient pour pour objet le développement du fœtus, ont été faites sur la Palée [Coregonus Pcilœa., Cuv.). Le travail anatomique est le résultat des ob- servations sur les Truites, les Corégones et les Thymales. Il est facile de voir, en ce qui con- cerne les premiers de ces poissons, que les auteurs ont disséqué ordinairement le Salar Ausoniiy Val., ou leur Salmo fario. Ils se sont aidés de la grande Forelle du lac [Fario LenianuSf Val. ) , quand ils avaient besoin 1. Agassiz et Vogt, Anat. des salmones; Exlr. du III. "^ vol. de la Société des sciences naturelles; Neufcliatel, 1845, in-4.°, avec 15 planches in-fol. 2. Histoire naturelle des poissons d'eau douce de l'Europe cen- trale, Embryologie, par Vogt; Ncufchatel, 1842, in-8.°, avec 7 planches double in-fol. CHAP. m. TRUITES. 357 d'oxerrolaires plus commodes, à cause de leur taille. Les naturalistes qui voudront compléter ce que nous avons fait sur l'anatomie géné- rale des poissons , dans le premier volume du présent ouvrage , où nous avons pris la perche {jjerca fluviatilis) pour terme de com- paraison, devront étudier le Mémoire des deux savants de Neufchatel. Ce beau traité prendra place à côté des éminents travaux de M. Jean Muller, sur des poissons de familles très-di- verses. Mais, en ce qui concerne l'histoire des truites, je suis obligé de faire remarquer que les deux collaborateurs n'ont pas toujours distingué zoologiquement les deux poissons qu'ils ont disséqués. Ils ne pouvaient pas le faire à l'époque où ils ont écrit. D'ailleurs, une détermination zoologique très -précise n'était pas nécessaire entre deux espèces si voisines, que l'anatomie de l'une peut très- bien compléter celle de l'autre. C'est ce qui m'a engagé à ne pas faire paraître une dis- sertation critique sur un aussi beau travail. Elle n'aurait porté que sur quelques noms spécifiques quelquefois mal appliqués. Il faut que j'ajoute, pour dire toute la vérité, que je n'ai pas pu déterminer, pour tous les cas, lequel des deux poissons, du Salar Ausonii ou du Fario hemanus, a servi 21. 11 338 Livr.E XXII. salmonoïdes. à l'observation. Cette minutieuse distinction est inutile dans un travail excellent pour l'ana- tomie comparée, mais qui n'a pas été entre- pris sous le point de vue zoologique. J'ai cru devoir présenter ces observations pour n'être pas accusé d'avoir oublié un travail oii j'ai puisé beaucoup pour mon instruction. La Truite féroce. {Salar ferox , Jardine.) Je crois qu'il faut considérer comme d'une espèce distincte une assez grande Truite bien caractérisée comme espèce du genre par son double rang de dents vomérieunes, et qui est remarquable par la grandeur de sa gueule; par ses larges inler- niaxillaires; par la grosseur et la courbure des branches de sa mâchoire inférieure. On pourrait l'appeler une Truite bécardée. Je lui trouve aussi une adipeuse beaucoup plus longue et beaucoup plus grande que celles d'aucune de nos Truites, Le Cabinet du Roi en a reçu des eaux du Foretz quatre exemplaires : un de cinq pouces, un autre de dix et deux autres longs de dix- neuf pouces. Ce qui me fait croire que j'ai sous les yeux une espèce distincte, c'est qu'en CHAP. III. TRUITES. 359 comparant Tindividu de cinq pouces à ceux de Truites de même grandeur, je trouve la gueule de ce petit plus grande, les maxillaires plus longs, de sorte quils ne rentrent dans aucune des formes de nos petites Truites communes. La couleur de nos poissons est un vert rembruni devenant grisâtre sous le ventre. Tout le corps est couvert de taches ou de points noirs; il n'y avait pas de taclies rouges, ils ressend:)lent parfaitement à la figure publiée par sir William Jardine , sous le nom de Salmo ferox ou de grande Truite des |acs du comte de Sutherland, dans les lochs du Laygthal. Je ne crois pas me tromper en disant que cette espèce de Truite est à la Truite commune ce que le Bécard est au Saumon. Je ne doute pas qu'il ne faille rapporter à cette espèce un exemplaire long de dix-sept pouces , qui a été rapporté d'Islande par M. Gaimard. Les taches de la joue, c'est-à-dire celles qui couvrent le maxillaire, le préo- percule, l'opercule et le sous-opercule, sont de gros points noirs et ronds, beaucoup plus nettement limités que les taches des autres individus. 340 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. La Truite élégante. {Salar spectahilis , nob.) Son Altesse Impériale la grande-ckicliesse Hélène de Russie a donné au Cal)inet du Roi une très-jolie espèce de Truite, que Ton prendrait facilement pour un Saumon, si Ton n'en examinait la dentition. Sa double rangée de dents vomériennes la différencie suffisam- ment comme genre et comme espèce de ce poisson. Elle se dislingue de loules nos Truiies par son corps fusiforme, plus régulièrement elliptique. Sa lêle est environ du cinquième de la longueur lo- iale. Sa gueule est médiocrement fendue, un peu moins que le tiers de la longueur de la tête. Le mu- seau est pointu. Les deux mâchoires sont égales. Le préopercule est régulièrement arrondi. L'œil est peut. Son diamètre est six fois et demi dans la longueur de la lôte. Les nageoires sont petites. Les écailles sont plus apparentes, ou, si l'on aime mieux, moins perdues dans la mucosité de la peau. Il y en a cent trente rangées le long des flancs. La couleur est un bleu d'acier sur le dos, s'éclaircissant en argenté sur les flancs. Le dessous du ventre et de la gorge est blanc mat. Les côtés et la joue sont parsemés de taches noires. Le plus grand des trois exemplaires du Cabinet est long de seize pouces. Ccsi probablement l'une des espèces dé- CHAP. III. TîîUITES. 51! criies par Pallas j mais quelle qu'ait été l'assi- duité de mes recherches, je n'ai pu la retrou- ver dans ses nombreuses descriptions. La Truite de Gaimard. {Salar Gaimardi , nob.) Nous avons reçu d'Islande une autre Traite assez semblable par sa forme générale, par l'ensemble de ses couleurs et par son aspect brillant à l'espèce précédente; mais son museau me paraît plus arrondi. Son œil, un peu plus grand, est plus rapproché de l'eslré- mlté, et sa dorsale et son anale sont un peu plus longues; car elles ont trois rayons de plus. B. li;D. 14; A. 12; C. 23; P. 14; V. 9. Les écailles sont, au contraire, un peu plus pellies que celles du Saumon, et se rapprochent de celles de l'espèce précédente. Les couleurs sont plombées, avec des lâches noires plus ou moins nombreuses sur l'opercule, sur la dorsale, sur la caudale et sur le corps. Nos individus ont quinze pouces ; ils fai- saient partie des collections recueillies a bord de la Recherche par M. Gaimard. C'est l'espèce dont j'ai donné une figure dans le Voyage en Islande et au Groenland, planche i5, figure A, sous le nom de Saimo 542 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. trulta. Elle ressemble assez, en effet, par sa taille et par ses taches, au poisson que Ton désignait alors sous ce nom, pour que Ton me pardonne d'avoir commis cette erreur et cette confusion. Je pense que le Sahno Lepechini de Gme- lin est très -voisin de cette espèce. Je ferai cependant observer qu'il existe dans le cabinet de Berlin, sous ce même nom de Salmo Le- pechini, une Truite à taches brunes au-dessus de la ligne latérale, à ventre blanc, sans taches; la tête courte; les dents petites, et sur lequel j'ai aussi compté les nombres : D. llj A. 11; C. 19; P. 13; V. 9. L'individu a onze pouces de long. Il ne me paraît pas être de l'espèce figurée par Lepe- chini et inscrite sous ce nom dans le Sjstema naturœ. La Truite de Bâillon. (Salar Baillonij nob.) Je me suis procuré au marché d'Abbeville une Truite péchée dans la Somme, que je prenais à l'extérieur pour un jeune Saumon , mais le pécheur qui me la vendait m'assurait que c'était un poisson tout différent, et qu'il CHAP. III. TRUITES. 545 ne deviendrait jamais un Saumon. Aujour- d'hui que les caractères de la dentilion tien- nent asseoir mon jugement, je reconnais l'exac- titude des observations empiriques de cet homme habitué à observer les poissons vivants. L'espèce que je décris a la têle comprise quatre fois et demie dans la lon- gueur lolale. Le front large; les deux mâchoires égales; le museau assez pointu; les dents fines et serrées sur les deux mâchoires, les palatins et sur le vomer; celles-ci, sur deux rangées, sont beau- coup plus petites qu'aucune de celles de nos Truites conununes. Le dos, plombé, à reflets violacés et couvert de taches, assez grosses, empourprées. On voit de petites taches brunes sur la dorsale. Les pectorales et l'anale sont jaunâtres. La ventrale est blanche. La caudale, un peu fourchue, est grise, sans aucune tache. Tout le poisson est argenté. B. 95 D. 13; A. 10; C. 23; P. 12; V. 9. Cette espèce a aussi un caractère remarquable; car je ne trouve que neuf rayons à la membrane branchiostège. Elle doit être rare, car M. Bâillon, qui connaît si bien les poissons de la Somme, croit n'en avoir vu que deux ou trois indi- vidus. L'exemplaire du Cabinet du Roi est long de treize pouces et demi. J'ai dédié cette espèce à mon ami M. Bâil- lon ^ qui a rendu tant de services à l'Ichlbyc- 544 LIVRE XXIÎ. SALMO?ÎOÏDES. logie. Ce poisson me parait venir des contrées septentrionales et descendre des mers du Nord vers nos côtes en compagnie des autres Sau- mons, car j'ai retrouvé deux exemplaires de cette espèce, tous deux reconnaissables non- seulement par leur forme générale, mais par le caractère positif des neuf rayons de la membrane branchiostège dans les poissons rapportés de Norwége par M. Noël de la Morinière. Ce zélé icbthyologiste avait observé beau- coup de Truites dans ses différents voyages en Ecosse. Je croîs qu'il faut rapporter à cette espèce plusieurs des observations quila trans- mises à M. de Lacépède, mais le défaut de précision dans les diagnoses empêclient de fixer la synonymie de ces espèces. La Truite de Schiefermuller. {Salar Schiefermuller i , nob.) Le Cabinet du Roi a reçu de Vienne, par les soins de M. Fitzinger, une Truite que Ton confondrait très-facilement avec nos Truites de mer, sans le caractère de la dentition. Ce poisson ressemble assez à l'espèce précédente. Il paraît cependant avoir la tête un peu plus couitcj la caudale plus fourchue; et il s'en dislingue CHAP. III. TRUITES. 545 par un caraclère plus facile à retrouver. îi a douze rayons à la ineuibrane brancliioslège. Les dents sont fines comme dans l'espèce précédente. La cou- leur, plonjbée sur le dos, blanche sur le ventre, et à reflets argentés, est semée de taches noires nombreuses sur le dos, sur les flancs et sur la dor- sale. Les nageoires inférieures sont un peu grises. La caudale est noirâtre. B. 125 D. 12; A. 11; C. 25; P. 14; V. 9. L'individu est long de dix ponces. Comme il vient du Danube, il y a tout lieu de penser que nous possédons l'espèce dédiée par Bloch à l'abbé Schiefernuilier, qui le lui avait en- voyé. ha Truite de Scouler. {Salar Scouleri , nob.; Sahno Scouleri, Ricliards.) Après ces espèces que j'ai vues et qui sont toutes décrites d'après nature, je puis encore placer avec quelque certitude les trois espèces suivantes, qui ont été décrites et suffisamment caractérisées dans l'excellent travail du doc- teur Ricliardson. La première espèce est celle qu'il a dédiée au docteur Scouler. C'est un poisson qui a le profil très-arqué entre la nuque et la dor- sale, et le corps atténué vers la caudale. La tête est convexe entre les yeux , creuse au-devant des narines, soutenue vers l'exlrémilé du museau, qui est crocliu 546 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. parce que les interniaxillaires sont longs, arqués et disposés de manière à avoir une très-grande ressem- blance avec noire Saimo hamatiis. Les maxillaires sont étroits, allongés. La mâchoire inférieure est un peu redressée vers l'extrémité; elle est élargie et armée à cet endroit de très-forles dents. Les dents voniériennes sont implantées sur un double rang. 11 n'y en a point au clievron du vomer. Les os de l'opercule sont fortement striés, et, en général, tous les os de la tête ont une structure fibreuse. La caudale est échancrée. L'adipeuse est assez grande et reculée jusqu'au troisième avant-dernier rayon de l'anale. B. Î2-13; D. 14_0î A. il; P. 16 j Y. 11. Les écailles sont très-petites. Il y en a cent soixante- dix le long de la ligne latérale. M. Piicharclsoii croit que ce poisson du grand fleuve de Columbia a été décrit par Lewis et Clarke, sous le nom de Saumon commun ou de Read-Cliarr ou de Salmon- Trout, C'est une espèce qui remonte de la mer dans les rivières de la côte nord-ouest de l'Amérique. La cliair est tantôt orange et tantôt blanche. Les naturels estiment beau- coup les ovaires sèches au soleil , et ils les gardent longtemps. Les œufs sont de la taille d'un petit pois, presque transparents, d'un jaune rougeâtre. L'individu que ïlichardson a décrit et figuré a été pris à lObservatory Inlet, au mois d'août, sur la côte nord-ouest I CHAP. III. TRUITES. 547 de l'Amérique. Ce poisson fréquente ce bras de mer par myriades; ils sont en si grand nombre qu'une pierre ne saurait toucher le ibnd sans frapper plusieurs individus, dont l'abondance surpasse tout ce que l'imagination peut concevoir. Le cours d'un petit ruisseau oii le poisson se pressait en remontant pour frayer, en était tellement rempli, que dans l'espace de deux heures ils en prirent plus de soixante avec une pic£ue du bord. Le doc- teur Scouler pense, d'après les recherches que mon ami Richardson lui a engagé de faire, que ce poisson doit avoir la plus grande affî- nité avec le GorbiiscJia du Ramlschatka; mais je dois faire observer qu'il est très-difficile de déterminer l'espèce décrite dans la Zoologie arctique de Pennant, parce que les notes que j'ai recueillies, soit sur les poissons originaux de Pallas, soit sur les dessins faits par M. Mer- tens pendant la grande expédition russe de l'amiral Lutke, prouvent que ce nom russe est donné à plusieurs Saumons qui ressem.- blent autant au Bécard que celui-ci. On peut lire dans l'ouvrage de Richardson les procédés singuliers que les naturels emploient pour la préparation des œufs. Il a extrait ces docu- ments des notes du journal de Mackensie. Tous ces observateurs s'accordent à dire que 548 LIVRE XXII. SALMO>'OÏDES. la chair de ces poissons est excellenle et tout à fait (.raussi bonne qualité que celle de nos Saumons d'Europe. La Truite Namagcush (Salar Namagcush, nob.; Salirio Namagcush, Pennant) Est une grande et magnifique espèce de Truite, qui égale et surpasse même la taille du Saumon commun. Le Namagcush vit dans tous les grands lacs entre les Etats-Unis et 1 Océan arctique, mais le docteur Piichardson croit pouvoir affirmer qu'il ne peut exister dans aucune eau saumâtre. Suivant le rapport des pécheurs du lac Huron, son poids mo3'en est de dix-sept livres, mais ils en prennent quelquefois des individus pesant jusqu'à soi- xante livres, et Mitchill a établi qu'il, était bien reconnu à Michilimackinac, que ce pois- son atteignait le poids énorme de 120 livres. Ce Namagcusli ressemble au Saumon ordinaire. Les mâchoires sont très -fortes. Il y a un double rang de dents vomériennes. Richardson les a comp- tées. Je répète ce caractère générique pour bien établir que la taille, pas plus que ia forme du mu- seau dans l'espèce précédente, ne peuvent nous servir de guide pour déterminer les poissons de la famille des Salmones. On ne peut se fiei- qu'à l'examen CIIAP. m. TRUITES* O'iO des dents. La forme de la niàclioire inférieure avec son grand crocliet prouve que la têle de ce poisson, comme celle de l'espèce précédente, ressemble plu- tôt sous ce rapport, à notre S. hamatus qu'à toute autre espèce. Les écailles sont petites, flexibles. B. 11 — 12; D. 14 — 0; A. 11; C. 1h; P. 14; V. 9. La couleur est un verdàtre cendré, plus ou moins foncé, avec des taches d'un gris jaunâtre. Le ventre est blanc, à reflets bleuâtres. Telle est l'espèce qui sort à certaines sai- sons dti lac Huron pour frayer. La chair res- .senible à celle des autres Saumons. Mitcliill l'a décrite sous le nom de Salnio ainetJijstiis, et cette dénomination a été acceptée par les naturalistes américains, qui ont eu le tort de laisser de côté le nom de la Zoologie arctique de Pennaiit. M. Dekay en a donné une excel- lente figure; il dit que ce poisson a été observé jusqu'au 68.^ degré de latitude boréale. Je crois devoir rapporter à cette espèce le dessin d'un Saumon fait au Ramtscbatka par M. Mertens et qui est intitulé Tohlezz j il me paraît probable que c'en serait une espèce très-voisine, si elle n'est pas la même, comme je le crois. Le poisson était peint en plombé verdckre, blanc sous le ventre et tout couvert sur le dos et les flancs de petites taches ron- des, serrées et fauves. 550 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Ici je termine l'examen des Saumons et des Truites que j'ai pu déterminer, soit par des descriptions faites sur nature, soit en extrayant des auteurs que j'ai consultés, les caractères qui me permettaient de rapporter ces espèces à l'un des trois genres que je viens d'établir. Mais je dois dire qu'il en reste encore uu assez grand nombre mentionnées dansPalIaSj j'ai le regret d'être réduit à les indiquer seule- ment, à cause de l'incertitude que ce grand naturaliste a laissée dans des descriptions faites pour satisfaire aux besoins de l'iiistoire natu- relle de son époque. Comme ses espèces sont décrites dans un ouvrage rare, je vais en rapporter ici, d'une manière très-abrégée, les principaux traits des caractères mentionnés par Pallas. Afin d'éviter toute confusion, je les dési- gnerai par le nom linnéen que Pallas a donné à ces poissons, et je ne les désignerai en fran- çais que par le nom de la tribu des Saumons, dans la grande famille des Salmonoïdes. Le nom de Salmone aura à peu près la même valeur que dans l'iclithyologie de Lacépèdc. CHAP. III. TRUITES. 354 Le Salmone bâtard {Salmo spiirius, Pallas^) a le corps lâcheté de brun. La queue presque carrée. Le museau est prolongé. Chaque mâchoire est cro- chue; la supérieure est obtuse; linférieure est plus aiguë. C'est, suivant Pallas, le Loch ou Locîiowina des Russes. Il le croit le Salmo eriooc de Linné ou le Grey de Willughby. Ce pourrait être une espèce voisine de notre Salmo ha- inatuSf si elle en est différente. Les pécheurs sur les différents fleuves de la Paissie les dis- tinguent très -bien du Saumon ordinaire. Ils croient qu'ils remontent le Terek avant cette espèce. Le Salmone bars (Salmo labraXjVaLÏlas^) serait une espèce à corps argenté et sans tache, à museau conique, à mâchoires égales. La dorsale est seule chargée de points noirs. Pallas se demande si ce n'est pas le Salmo alhiis de Pennant. On prend cette espèce à Sévastopol et sur les autres points de la mer 1. Faun. rosso-asiat. , III, p. 843. 2. Loe. cit., m, p. 346. 552 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Noire. C'est un délicieux poisson à dioir rouge. Palias lui a donné le nom de Salmo labraXj qui rappelle la couleur argentée de notre Bars. Le Salmone truite {Salmo triitta de Palias') est une espèce du littoral de la Crimée qui n'a jamais été observée dans les eaux de la Russie ni de la Sibérie. Malgré la synonymie que Palias a donnée à cette espèce, je crois ce poisson voisin des Truites de nos ruisseaux et par conséquent du genre Salar. Le corps est couvert de points noirs et rouges subocellés. La dorsale est pointillée de noir. La mâ- choire supérieure est plus longue que Tinférieure. il y a des dents au palais et dans un sillon sous le vomer; mais comme il ne dit pas si cette rangée est simple ou double, il est difficile de rien préciser de plus. J'ai trouvé dans le Cabinet de Berlin une assez grande espèce de Truite , considérée comme le Salmo trutta de Palias. Le dessin que j'en ai fait et la courte description que j'en ai ])rise5 ne s'accordent point avec celle du F aima rosso-asiatica. 1. loc. cit., Ul, p. 341. CHAP. m. TRUITES. ÙbO Ce poisson brun a le dos et le venire semé de nombreux poinls plus foncés. Voici les nombres que j'ai comptés sur cet individu : D. 12; A. 15; G. 25; P. 13; V. 10. Il portait le n.° 89 dans les collections de l'Université. Comme je n'ai pas décrit les dents vomériennes, je ne puis en parler avec plus de précision. Le Salmone farion. {Salino fario y Pallas.') Je lis dans le même ouvrage la description d'un Salmo fario qui aurait le corps ponctué de noir et de rouge. Le museau conique et les deux mâchoires égales. La dorsale ponctuée de rouge. Après en avoir donné une longue synony- mie dans les différents dialectes de Tempire de Russie, Pallas dit que ee poisson vit dans tous les petits ruisseaux à fond pierreux et glaiseux, qui descendent des montagnes de la Russie, du Caucase, de presque toute l'Asie centrale, et même dans les torrents des îles Aleutiennes. Mais il observe que ce poisson manque aux eaux de la Sibérie, comme la 1. Loc. cit., m, p. 348. 21. 23 354 LIVRE xxn. salmonoÏdes. Brème et FÉcve visse. Il est très-possible que ce soit en effet la Truite commune. Le Salmone fluviatile. {Sahno Jlavlalilis , Pallas. ' ) Pallas a décrit sous ce nom une grande et belle espèce qui appartient très-probal:)lement à notre genre Fario. Il l'avait citée dans ses voyages sous le nom de Salmo Tajnieny et c'est d'après ce document qu elle a paru dans Gmelin et dans M. de Lacépède. Ce poisson, long de deux pieds, et du poids d'environ six livres, a la téie longue, conique, épaisse. La bouche grande- les mâchoires presque égales. Le corps épais; le dos arrondi; le venu-e saillant; le corps lachelé de noir. L'anale et la cau- dale sont rouges. Le dos est rembruni; le ventre est blanc; les côtés sont argentés. La description des dents jette de l'incerti- tude sur le genre auquel peut appartenir cette espèce, mais elle montre qu'il ne s'agit pas ici d'un Saumon, tel que nous les caractérisons. J'ai trouvé dans le Musée de Berlin deux exemplaires de Saumon ou de Truite ainsi nommés : l'une, sous le n.° 84? a de nom- 1. Loc. cit., m, p. 359. CHAP. m. TRUITES. 355 breuses taches sur tout le corps, l'autre est indiqué comiixe une variété sans taches. En comparant les deux dessins que j'en ai faits, je crois que ces deux poissons sont d'espèces différentes et cju'il faut les distinguer de celui que Pallas a décrit. Les maxillaires du premier et la troncature du museau me semblent ra- mener ce poisson vers le genre des Thymales, tandis que le second est certainement une Truite. Le Salmo jlmdatilis abonde dans tous les fleuves des contrées transourales , qui se dé- chargent dans l'Obi, rirtish et flénisei, la Lena et leurs affluents. Espèce essentiellement d'eau douce, elle ne paraît pas remonter de la mer dans les eaux oii on la prend. Elle atteint une taille considérable, car les individus varient ordinairement entre vingt et trente livres de poids, et on en a vu qui atteignaient jusqu'à quatre-vingts livres. Elle entre dans les nom- breux affluents des fleuves que nous venons de citer, mais on ne la trouve point au delà de la Lena, ni vers l'Océan oriental; on ne la trouve pas non plus au Ramtschalka. La chair, qui est molle et malsaine pendant l'été, prend des qualités opposées pendant l'hiver. 556 LIVRE XXIÎ. SALMONOÏDES. Le Salmone oriental. {Salmo ovienlaliSy Pallas.') J'ai vu à Berlin plusieurs exemplaires con- servés en peau de cette espèce de Saumon. Il a le corps plus large et plus Irapu que le Saumon ordinaire. Les mâchoires un peu courbées. Pallas dit qu'elles sont presque égales; la supérieure m'a cependant paru un peu plus longue. Le profil du dos et du ventre est assez convexe. La couleur argentée, d'un bleuâtre rembruni sur le dos, devient blanche sur le ventre. Ce poisson, rapporté par Merk, passe de rOcéan oriental dans les fleuves qui s'y ver- sent. On le prend en abondance au Ramt- scliatka à la lin de juin. ]\L Mertens en a rapporté un dessin fait au Ramtschatka d'aprcs une femelle. Il a écrit Tschewitscka pour nom kamtscliadale, ce qui se rapporte assez bien à ceux indiqués par Pallas. Son beau dessin était peint des cou- leurs suivantes : Le fond, cendré bleuâtre, était plus foncé vers le dos; les flancs et le ventre, plus pâles, prenaient une teinte rosée. De nombreux traits noirs, en crois- sant, forment des taches au-dessus de la ligne laté- î. Inc. cit., llï, p. 867. CHAP. III. TRUITES. 357 raie. Le bord antérieur des nageoires paires, ainsi que celui de l'anale, est rosé. M. Mertens observe que les mâles ont les opercules un peu plus longs que les temelles Le Salmone Lycaodonte {Salmo Ljcaodoiiy Pallas^) est une autre espèce qui remonte de la mer d'Okotsk et du Kamtschatka au mois de mai, qui a trois rangs de dents sur le palais, et qui aurait tantôt les mâchoires droites et pointues, mais chez lesquels les mâchoires se courberaient en un crochet remarquable. Le poisson, de couleur argentée très-pure, me paraît sous beaucoup de rapports ressem- bler au Salino Scouleri de Richardson. Les Russes du Kamtschatka l'appellent Krcis- naja rjha, ce qui, d après Pallas, veut dire poisson rouge. Je trouve une ligure de ce poisson sous ce même nom dans les dessins faits au Kamtschatka par M. Mertens. Il est en effet d'un rouge carmin assez brillant. La tête, les pectorales et le bord de la caudale sont bleuâtres ou verdâtres. M. Mertens dit qu'il l'a dessiné au temps de l'amour. 1. Loc. cil., III, p. 310. 558 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Ze Salmone tète de lièvre {Salmo Lagocephaliis , Pallas') est une autre espèce de la mer orientale, à corps argenlë, à museau obtus, qui remonte dans les eaux du Kamtscliatka après le iS". lycaodon et le S. orientalis. Lorsqu'ils arrivent de la mer ils brillent d'un bel éclat d'argent; mais les côtés sem- blent tachés de sang après l'agitation que leur cause le séjour de l'eau douce. Cette espèce a été observée par Steller. M. Mertens l'a également vue et en a fait un dessin que l'on peut facilement rapporter à la description de Pallas, à cause de la gros- seur de son museau, formé par des mâchoires armées de fortes dents, ce naturaliste l'a in- titulée Choiika. Le Salmone pourpré k (Salmo piirpuratus j Pallas-) f est une petite truite d'un pied et demi, à tête assez * grande, glabre, convexe sur la nuque et entre les yeux; | en suite un peu carénée. Les yeux sont grands. Les % dents petites et serrées sur le boid des mâchoires. ^5, . I 1. Luc. cil., Ili, p. 372. I 2. Loc. cit., m, p. 374. I CHAP. m. TRUITES. 559 Le corps, laclieté de brunâtre, a une bande rouge le long des côtés. La dorsale est bleuâtre; l'anale rougeàtre; l'une et lautre variée de taches brunes. . Il y en a aussi sur l'adipeuse, qui est olivâtre. C'est encore une espèce observée par Steller, et qui remonte du golfe de Penschiné dans les fleuves qui s'y versent. Elle est très-vorace, trcs-grasse; sa chair est blanche; c'est une des meilleures truites de ces contrées. Elle se nourrit non- seulement d'ceufs de poissons, de petits poissons, de pliryganes, de potamo- getons, mais encore des rats qui traversent le tleuve dans leurs migrations. Lorsqu'elle aper- çoit des brandies du sorbier nain pendantes sous le poids de leurs baies rouges, elle s'élance, par de grands sauts, hors de l'eau et en saisit les fruits. Aussi ^ au contraire des autres Sal- monoïdes, elle ne maigrit pas par suite des pertes de la ponte, mais elle reste grasse et bien nourrie. J'ai trouve dans le Cabinet de Berlin deux peaux desséchées, étiquetées toutes deux par Pallas Sahno piirparatiis; l'une sous le n.° 82 et l'autre sous le n.° 83. Elles n'appartiennent pas à la même espèce; car le poisson du n.° 82 a la tête beaucoup plus courte que celui du n.° 83. Le premier a la bouche moins fendue que l'autre ; il est couvert de taches au-dessus 3()0 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. de la ligne latérale, mais le ventre est blanc. Le n.° 83 a de nombreuses taches noires etoi- lées répandues sur tout le corps, au-dessous comme au-dessus de la ligne latérale. Je laisse aux zoologistes, qui étudieront ces poissons, le soin d'établir par ces remarques les deux espèces. J'en trouve aussi un dessin fait par M. Mer- tens, reconnaissable à la belle bande cramoisie des flancs et à l'ensemble de ses formes. Le nom kamtschadale que Pallas a écrit Mjkky est changé sur le dessin du compagnon de Lutkee en celui de Mjkjslia. Dans le Fauna rosso-asiatica on a transcrit Mjkjss. Le Salmone Protée {Salmo Proteus , Pallas') est un Saumon qui, au sortir de la mer, res- semble à nos Truites ou au S. eiiox de cet auteur, ayant tantôt le museau conique et les mâchoires à peine courbées, mais aussi prenant, après quelques jours, des formes toutes différenies ; car les mâ- choires se recourbent en crochets opposés et s'allon- gent plus que dans aucune autre espèce de Saumon. Les dénis se développent et croissent en même 1. Loc. cit., m, p. 316. chap.»iii. truites. 361 temps; tandis qu'à la mer, le Saumon paraissait n'en avoir que de simples germes. En même temps le dos, principalement chez les mâles, se courbe en une bosse très- élevée, qui augmente dans l'eau douce jusqu'à la mort de l'animal. La couleur qui brillait dans la mer d'un éclat d'argent, commence à devenir, à l'entrée dans l'eau douce, livide, passe ensuite à des teintes de rouille, et change encore, comme si le poisson, devenu malade, était sali par du sang épanché. Au moment où il entre dans l'eau douce ce Saumon est très-gras, de très-bon goûl et très-agile. Le séjour dans les fleuves lui fait perdre toutes ces qualités. La description de Pallas prouve que cette espèce est une de ces Truites à mâchoire recourbée, probablement voisine du S. Scoulei^i. Pour en fixer la place, il faudrait que Pallas eût décrit les dents du vomer. Ce poisson remonte dans les fleuves de la Sibérie et du Ramtschatka de la mer d'Okotsk en même temps que les S. collaris et S. la^ocephalus. Environ à la mi-juillet, ils arrivent en troupes si nombreuses qu'ils sou- lèvent dans le fleuve un véritable reflux, et on peut les prendre à la main. Le séjour dans l'eau douce, allonge la mâchoire à ce point qu'ils ne peuvent plus fermer la bouche ni prendre de nourriture. Aussi, après avoir sa- tisfait aux conditions du frai , ces poissons 562 LIVRE XXIf. SAUrONOÏDES. périssent tous dans les fleuves au mois d'août, jonchant les fonds et les rives de leurs ca- davres qui, seuls retournent à la mer: aucun individu n'y rentre vivant. Les Eusses des rives de l'Océan oriental l'appellent Gorhucha que Pallas traduit par Gihbendus. Cette espèce a été mentionnée par Van Couver; j'en ai re- trouvé de très-jolis dessins qui m'ont été com- muniqués par M. Mertens au retour de son expédition. Le Salmone sanguinolent (Saimo sauguinolentus j Pallas') est une espèce que Pallas a proposée, mais avec quelque doute d'après les renseignements de Steller. Il entre dans les fleuves vers le milieu d'août. Sa couleur esl alors blanche et brille de l'argent le mieux poli; mais, après un séjour de six à sept semaines dans le fleuve ou dans les lacs, ils sont tout à fuit amaigris, et leurs côlés deviennent rouges. Pallas en indique plusieurs variétés. Cette espèce est encore une de celles à mâchoire supérieure, allongée et crochue, à pectorales bleuâtres, à dor- sale brune, à dos verdàlre et à flancs rougealres. Je crois l'espèce de Steller hotjne à con- 1. Loc. cit., \\\, p. 319. CHAP. III. TRUITES. ;65 server, et je crois en avoir retrouvé une ligure clans les dessins de ^I. Mertens. Le Salmone Japon. {Salino Japonensis , Pallas. ') Pallas a indiqué sous ce nom une espèce qui ne me parait pas sufïisamment bien dé- terminée. C'est encore une de celles dont je recommande l'examen aux naturalistes qui voudront entreprendre ce travail. Pallas dit de son Saumon qu'il a le corps argenté et sans tache; la mâchoire infé- rieure plus longue; la têle courte pour une Truite saumonée; les yeux près du museau. Il a le dos brun; il est argenté au-dessous de la ligne latérale. Voici les nombres que j'ai comptés à Berlin : D. 18; A. 18; C. 19; P. 19 ; V. 10. Ce poisson remonte de l'Océan oriental dans le fleuve Amour. J ai vu à Berlin les deux exemplaires rap- portés des îles Couriles par Meik; Fun, sous le n.° 76, me parait correspondre parfaitement à la description de Pallas, mais l'autre, n.° yb, également nommé Salmo japonensis sur l'éti- quette mise par la main de Pallas , comme 1. hoc. cit., \u, p. 38-2. 5G4 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. M. Rudolphi me Fa appris, est d'une espèce différente, distincte par ses petites écailles, par sa bouche plus fendue , par sa mâchoire supérieure plus longue, redressée, crochue, comme celle d'un S. Scouleri ou d'un Gor- bucha. ^ Je crois enfin pouvoir placer à la suite de cette longue énumération de Salmones, des espèces que je ne connais qu'imparfaitement par les dessins du savant zoologiste, compa- gnon de l'amiral Lutkee. Ce seront des in- dications pour les naturalistes que la baie porte vers les îles aleutiennes et le cercle du Ramtschatka. * Le Salmone tapdisma. {Salmo Tapdisma 3 nob.) J'ai trouvé, dans les dessins de M. Mertens, un Salmonoïde du Ramtschatka, très -voisin de ces espèces. Il a la lêie courte; l'œil irès-pelit; la mâchoire supérieure un peu plus longue que finférieure; le dos relevé en bosse; le dessus verdàlre, avec les flancs et le ventre argentés, et les nageoires brunes. Ce poisson vient du Kamtschatka. CHAP. III. TRUITES. 365 Le Salmone arabatsch. (Salmo Arahatsch, nob.) a les mêmes formes que le précédent; mais le mu- seau est beaucoup moins gros, La couleur est cen- drée, devenant noirâtre sur le dos et plus blanche sous le ventre. M. Mertens dit que quelques pécheurs kanitschadales le prenaient pour une variété du Krasnaja rjha, W Faudrait de grandes alté- ra lions dans les formes pour qu'il en fut ainsi. Le Salmone nummifère. {Salmo nummifery nob.) Nous avons vu que le nom russe de Kras- naja rjha s'appliquait à plusieurs espèces assez différentes les unes des autres. J'en dis autant du nom de Kunsha- car j'ai sous les yeux deux dessins de M. Mertens qui portent ce nom, et qui représentent des poissons cer- tainement différents des espèces précédentes. Celui-ci a la bouche très-peu fendue. La mâchoire inférieure plus longue que la supérieure ; les dents petites et égales; le dos est vert noirâtre; les flancs gris, à reflets roussâtres; le ventre blanc, teinlé de rougeâtre. Des taches, rondes et blanches, ou rous- sâtres, très-serrées, d'inégales grandeurs, couvrent 300 LIVRE XXII. SALMONOIDES. tout le corps. Le bortl de la caudale est vert assez i'oncé. L'adipeuse est rougeatre. Les autres nageoires sont grises ou verdàlres. La dorsale est un peu rougt'âtre. Les nombres sont : D. 12; A. 10: C. 23: P. 15; V, 9. Celte jolie espèce rappelle à certains égards notre Sahno fontinalis. M. Mertensl'a donnée comme un poisson du Kamtscliatka. Le Salmone mélamptère. {Salmo melcimpterus i nob.) J'ai encore trouvé, dans les dessins de cet infatigable naturaliste , la figure d'un autre saumon que j'appelle Solnio melampterus , parce que ses deux nageoires, sa pectorale et sa caudale, sont noirâtres; que les ventrales et l'anale sont grises, plus ou moins foncées. Le bleu violet très-foncé du dos s'éclaircit sur les flancs pour se fondre dans le blanc argenté du ventre. Le dessin représente des mâchoires égales, non crochues; une tête courte; l'œil de médiocre grandeur. L'espèce vient du Kamtscliatka. Le Salmone au bec rouge. {Salmo erjthrorjnchos i nob.) Je n'ai pas osé placer à la suite de notre Salmo alpinus cette espèce, qui y prendra CtlAP. III. TRUITES. 367 probablement place lorsqu'elle sera mieux connue. C'est un Saumon à petile tête ; à bouche peu fendue, qui est vert sur le dos, rouge sous le ventre. Tout le corps est semé de points flmves. Les deux dor- sales et la caudale sont noirâtres, sans aucune tache. La pectorale, la ventrale et l'anale ont leur premier rayon blanc et les autres rouges. Le bout du mu- seau est également peint en rouge. On voit que cette espèce doit être très- voisine de notre Sabiio alpinus si elle en est différente. Le dessin, fait au Kamtscliatka , porte pour dénoinination en langue de ces peuples, Kaniciioïl^oletz. 568 LIVRE XXII. SALMOxNOÏDFS. CHAPITPxE ly. Du genre Eperlan {Osmerus, Cu\.) Ija dentition caractérise très-bien le genre des Eperlans. Les dents intermaxillaires sont petites et crochues; celles des maxillaires sont beaucoup plus petites j celles du vorner sont grosses, coniques et si avancées, qu'on les croirait implantées sur les mâchoires. Il y en a une rangée sur le bord externe du palatin et une autre sur le bord interne du ptéry- | goïdien : on en voit aussi de grosses sur la langue. Du reste, ces poissons ressemblent aux | autres Salmonoïdes par leur petite adipeuse; les ventrales répondent au bord antérieur de la première dorsale; les ouïes sont largement fendues; les parois de la vessie natatoire sont minces et argentées : cet organe communique avec le haut de Fcesophag^e. Les Eperlans res- semblent donc, dans leur constitution géné- rale, à nos truites; ils vivent, comme elles, dans la mer ou à l'embouchure des fleuves. L'espèce, que l'on peut appeler marine, ne remonte pas au delà de l'endroit où arrivent les plus fortes marées. On connaît une seconde, plus petite, qui se tient dans les grands lacs, d'où elle passe dans les rivières. CHAP. IV. ÉPERLANS. 369 Nous désigQons ce genre par la dénomina- tion employée par Artedi; elle vient ôJoafj^s^yjç, odorant. Ainsi caractérisé, ce genre ne com- prend plus les mêmes espèces que cet auteur y avait réunies; en effet, il l'a composé de notre Eperlan et du Saurus. Notre Eperlan a été assez mal représenté dans Rondelet % qui le reconnaît très-bien pour une espèce vivant à Femboucliure des fleuves tributaires de l'Océan, très-commune à Rouen et à Anvers. Cet auteur croit que le nom d'Lperlan vientjle la couleur argentée et brillante, qui rappelle celle des perles. La figure de Relon est sensiblement meil- leure que celle de Rondelet; la description qu'il en donne, prouve que cette espèce était bien mieux connue d'un ichtliyologiste né en Normandie. Il le distingue d'ailleurs très-bien, sous le nom d'Éperlan de mer de l'Éperlan de Seine , appelé aussi par les Rouennais TVelle^ c'est le Leuciscus punctatus. Gesner, qui n'a point copié les figures de l'Eperlan de mer de Relon ou de Rondelet , ne donne que celle de l'Able que je viens de désigner. Schœnevelde a latinisé le nom de la Basse- 1. Rond., De pîsC' fluv,, p. 196, ch. 21. 21. 24 570 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Allemagne eu l'appelant Spirinclius , il a imité ce que Rondelet avait fait tlu mot cperlan. Willugliby ^ a donné une description assez exacte de ce poisson, qui lui était Ibit connu, à cause de son abondance dans les eaux de la Tamise. Linné qui avait adopté, dans le Fciuna suecica le genre OsmeruSy a confondu Tes- pèce dans son genre Sahno, lorsqu'il rédigea la dixième édition du Sjstema naturœy mais en laissant subsister, comme une division, le nom (^iOsmerus , et en rangeant auprès l'un de l'autre l'Éperlan et le Saurus. Il n'y changea rien dans la douzième édition, qui l'ut copiée sous ce rapport dans la treizième. M. de Lacépède reprit le genre Osmère, en le composant des deux espèces d'Artedi, en y ajoutant trois autres saurus qu'il trouvait dans Linné, dans Bloch ou dans les peintures de Plumier, et en y plaçant aussi le Salmo falcatus de Blocb, qui est un Hydrocyon. Le genre primitif d'Artedi, déjà mal com- posé , fut donc gâté plutôt que corrigé , jusqu'à ce que M. Cuvier l'ait réduit dès la première édition du Règne animal à la seule espèce qui pouvait alors former un genre na- i. V.i!!., p. 202. CHAP. IV. ÉPERLANS. 574 turel; ce qui n'a pas empéclié MM. Nilsson et Faber d'associer dans un même genre TLper- îan et le Salmo arcticus ou le Capelan. Depuis la publicalion du Règne animal, les naturalistes ont découvert d'autres espèces que nous allons successivement décrire. Z/'Éperlan de la Seine. {Osmeims eperlanus , Cuv.) Cette espèce, qui abonde sur les marchés de Paris et de Rouen, et qui est surtout cé- lèbre dans cette dernière ville, est un pois- son qui remonte de la mer dans les rivières. On 'la trouve assez abondamment dans toute la mer du Nord ou à l'embouchure des fleuves qui viennent y verser leurs eaux. Je crois de- voir la distinguer du petit Éperlan que j'ai observé dans les grands lacs de la Prusse. L'éperlan a le dos et le ventre arrondis et les flancs un pea comprimés. La hauteur mesure un peu moins que le sixième de la longueur totale. La longueur de la tête est comprise quatre fois et trois quarts dans la longueur totale. Le dessus de la lête est large et arrondi. La mâchoire inférieure dépasse la supé- rieure; ses branches sont larges et arquées, et elles contribuent à rendre l'extrémiié du museau grosse et obtuse. L'œil est de grandeur moyenne j son dia- 572 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. mètre est un peu plus court que le sixième de h longueur de la têtej il est éloigné du bout du mu- seau de deux fois la longueur du diamètre; l'inter- valle qui sépare les deux yeux est aussi long, le cercle de l'orbite n'entame pas la ligne du profil. Les deux ouvertures de la narine ne sont séparées l'une de l'autre que par la simple épaisseur de la mem- brane qui leur sert de cloison ; elles sont au milieu de la distance entre l'exirémité de la mâchoire su- périeure et le bord de l'œil. Les deux intermaxil- iaires sont courts, étroits; l'angle externe atteint un peu au delà du maxillaire, lequel se prolonge de chaque côté de la branche; son extrémité ne dépasse pas le bord postérieur de l'orbite. Ces deux os por- tent des dents crochues sur un seul rang, les dents maxillaires sont excessivement petites; le vomer est très-court, assez large; il a à son extrémité deux ou quatre grosses dents coniques, implantées tout près des inlermaxillaires. Comme le corps du vomer est très-court et que l'os est un peu mobile au-dessous de l'ethmoïde cartilagineux, on pourrait aisément prendre ces grosses dents, comme appartenant aux intermaxillaires. La plus grande partie de l'axe du palais est soutenue par les corps du sphénoïde qui est remarquablement allongé et dilaté dans ce pois- son. La largeur du palais est encore accrue par la dilatation des ptérygoidens qui recouvrent une partie des palatins. Ces deux os sont cependant comme à l'ordinaire très-distincts; ils portent chacun une ran- gée de dents coniques beaucoup plus grosses que celles des mâchoires, mais plus petites que lesvomé- CHAP. IV. ÉPERLANS. 573 riennes. Les dents palatines sont implantées sur le bord externe de l'os et les ptérygoïdiennes sur le bord interne. Les dents de la mâchoire inférieure sont plus grandes auprès de la commissure que vers la symphyse. On en voit manifestement deux ran- gées dont l'extérieure est formée de plus petites. La langue porte des dents sur plusieurs rangs dans toute sa longueur; les trois ou quatre qui sont à l'extré- mité dépassent de beaucoup les autres. Les osselets sous-orbitaires sont petits, étroits et cependant un peu caverneux. Le préopercule a son angle arrondi, l'opercule est trapézoïde, le sousopercule en demi- arc, l'inieropercule remonte assez liaut entre les deux premiers os nommés de l'appareil operculaire. Les ouïes sont très-largement fendues. Il n'y a pas de branchie supplémentaire au dedans de l'opercule. Les râtelures des branchies sont assez grandes. Il y a huit rayons à la membrane branchiostège. Les pec- torales sont pointues, les ventrales insérées sous le commencement de la dorsale. Celle-ci est assez poin- tue. L'adipeuse est petite ; l'anale est trapézoïdale, h. caudale est fourchue. B. 8; D. Il; A. 16; C. 25; V. 8; P. 11. Les écailles sont d'une excessive minceur, cadu- ques. On en compte environ soixante le long des côtés. Ce poisson légèrement teinté de verdàtre sur le dos, brille du plus bel éclat d'argent poli. Il y a un peu de noirâtre à l'extrémité de la dorsale et au bord de la caudale. Le péritoine est non moins brillant que l'extérieur du corps au-dessous de la vessie na- 374 LIVRE XXII. SALMO^'OÏDES. taloire, mais tout le repli qui tapisse les reins est noirâtre parla quantité de points pigmenlaires qui y sont serrés. A l'ouverture de l'abdomen on voit le foie situé derrière le diaphragme et occupant un peu moins du quart de la longueur de la cavité abdominale. Le lobe gauche est beaucoup plus grand que le droit, qui n'est en quelque sorte qu'un petit appen- dice court et obtus de celui-ci. La couleur est d'un rouge très-pale. La vésicule du fiel est petite. L'es- tomac et les intestins sont recouverts par des épi- ploons graisseux, très-épais. La branche montante de l'estomac revient à gauche sous le foiej le pylore est étroit; j'ai compté six appendices cœcales cour- tes et obtuses. Les ovaires sont petits, la vessie nata- toire est grande, à parois peu épaissps; elle commu- nique avec l'œsophage par un canal court, ainsi que cela a lieu dans les saumons. Le squelette de l'Éperlan ressemble à plusieurs égards à celui des saumons. Ainsi les frontaux sont * séparés sur le devant et laissent entre eux un petit trou oblong. Il y a sur les côtés du crâne deux grands trous mastoïdiens. Les surscapulaires sont grêles et arqués, et s'unissent aux scapulaires sous l'angle su- périeur de l'opercule. Je compte soixante vertèbres à la colonne épinière, trente-cinq premières sont ab- dominales; elles portent des côtes grêles et nom- breuses. Celles-ci ont au-dessus d'elles des arêtes transversales, grêles, courtes, qui s'attachent sur la base de l'apophyse épineuse de chaque vertèbre. Nous avons des eperlans de dix pouces de CHAP. IV. ÉPERLANS. 57o long. Les individus de cette taille sont cepen- dant rares; ordinairement ils ont six à sept pouces; on en vend aussi de plus petits. Outre les exemplaires que Ion péclie en si grande abondance à remboucliure de la Seine, nous en avons encore dans le Cabinet du Roi qui viennent de remboucliure de la Somme. Nous en possédons encore de grands individus qui ont été rapportés du Cap Nord par Noël de la Morinière. Ces exemplaires sont importants à étudier, parce qu'ils nous font connaître avec certitude l'espèce d'Artedi. Je rapporte encore à ce poisson les éperlans qui ont été envoyés de Pétersbourg à M. Cuvier par S. A. 1. la grande duchesse Hélène de Russie. Ceux-là auront le mérite de nous fixer sur le Salmo eperîanus de Pallas. On pêclie féperlan en abondance dans la Seine vers son embouchure ; il remonte ce fleuve jusqu'aux environs de Rouen. On en prend quelquefois du côté de Pont-de-F Arche; mais la pèche la plus abondante se fait à Vil- lequier, non-seulement pour le vendre, mais parce que les pécheurs regardent ce poisson comme l'un des meilleurs appâts pour la pêche de l'anguille. Après Fliomme, l'ennemi le plus redoutable de Féperlan, est l'aiguillât ou le chien de mer {squalus acanthias). Quand ce 576 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. squale s'établit à rembouchure de la rivière, il y cause de grands ravages. L'éperlan est aussi très- commun , non-seulement dans la Tamise, mais dans plusieurs autres rivières d'Angleterre. Ainsi, on le trouve dans le Mer- sey, et presque dans toutes les rivières d'E- cosse, îl remonte deux fois par an la Tamise, en mars et en août. Au printemps il s'élève volontiers jusqu'à Piichmond 5 à la seconde époque il ne dépasse guère Blackwall ou Greenvvich. Pendant l'hiver on pèche l'éper- lan dans le Tay, où l'eau est moins salée qu'à Dundee. On les prend dans des guideaux, de la même manière qu'à Tembouchure de la Seine. Le flot les y pousse avec la marée, et on va retirer les éperlans du ûlet à chaque basse-mer. Les pécheurs d'Erskine, comté de Renfrew^, en prennent aussi dans le Clyde, et ceux d'Alloa dans le Forth. On trouve aussi dans le Dee, à Birth, où il est connu sous les deux noms, de Sterling et de Bouhreck. A Londres, et dans presque toute l'Angleterre on l'appelle Smelt. On pèche aussi l'éperlan en Livonie , dans le Sdnt-see, lac auquel le poisson a vraisemblablement donné son nom. On le prend aussi en abondance près de Bernau. Je crois qu'il faut rapporter à l'espèce dont CHAP. IV. ÉPERLANS. "^^ nous nous occupons les figures de Rondelet et de Gesner; celles de Duhamel'; car la grosseur des dents de l'individu, n.° 2, ainsi que la forme de la dorsale , me fait croire que ce naturaliste n'a observé que des animaux de même espèce, mais de taille différente. Blocli avait désigné notre espèce sous le nom de Salmo Eperlaniis marinus, et il l'a figurée^ pi. 28, n.° 1. On trouve dans le Faiina suecica^ que les pécheurs suédois distinguent l'espèce décrite dans cet article sous le nom de Slom. L'Éperlan ne me paraît pas se porter plus au nord 5 car je ne le vois pas cité dans l'Histoire des poissons d'Islande, ni dans les Faunes du Groenland. M. Nilsson^ donne les deux es- pèces comme èimples variétés l'une de l'autre , malgré les distinctions qu'en font les pé- cheurs suédois. Il dit qu'on le trouve prin- cipalement dans la Suède centrale, mais ja- mais en Scanie. Notre Osmère est aussi décrit avec beaucoup de détail dans les Poissons du Morkô de M. Crepling; cet auteur ne croit pas non plus à la distinction de nos deux es- pèces. Mùller a aussi cité ce poisson dans le 1. Duh., ïr. des pèches, part. II, S- Hj pi- 4. 2. Pag. 118, n." 311. 3. Prodr. ichl. scand. , p. 12, n." 2. 378 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Faima suecica. Cest, suivant luî, le Smelt des Danois; mais le Lodde des NoiAvégiens, qui distinguent encore, comme les Suédois, la grande espèce de la petite par un nom par- ticulier. Ils appellent celle que nous traitons Qiiarre, Gern-Lodde, ou Slonime. On conçoit que TEperlan, si commun dans les eaux de l'Angleterre, ait été cité par les successeurs de Pvay ou de Willugliby. On le trouve dans Pennant, qui ajoute au nom anglais de Snielt celui de Spirlingy usité dans le pays de Galles et dans le nord de l'Angle- terre, et qui dérive de la dénomination fran- çaise de ce poisson. Donovan' peut être cité comme l'auteur qui ait donné la meilleure iîgure connue de ce poisson. Je le vois aussi dans Tarton, Jenyns et Fleming; celui-ci a réduit à cette seule espèce son genre Osmerus. M. Yarrell^ a aussi représenté notre Éperlan. Pallas a aussi décrit l'Éperlan, qui est très- commun dans la Néwa; mais il croit avoir re- trouvé la même espèce dans la mer d'Okotsk et du Kamtscbatka où, a cause de son odeur, on dédaigne le poisson : la plupart du temps on le donne à manger aux animaux carnas- 1. Donovnn, Bril. fish. , pi, 48. '2. Yanfll, llrit.fish., p. Ih. CHAP. IV. ÉPERLANS. 379 siers domestiques. Il ne croit pas qu'on lait trouvé dans les autres fleuves de la Sibérie, excepté peut-être dans l'Oby. Ce naturaliste en donne une synonymie vulgaire fort éten- due. Le nom russe KorrucTta, paraît corrompu de Kurvciy il est tiré de l'odeur du poisson. Je renvoie à la Faune russe pour tous les autres noms vulgaires peu connus. M. Noël de la Morinière ' a publié une His- toire naturelle de l'Éperlan dont nous allons extraire les observations suivantes : L'Éperlan, comme nous venons de le dire, habite plus particulièrement les eaux sau- mâtres , puisque nous ne le voyons plus re- monter dans les rivières au delà des lieux où la marée se lait encore sentir. On croit même qu'il y est poussé avec la mer; car dans les grandes marées de l'équinoxe on prend dans la Seine des éperlans un peu plus haut que dans les marées ordinaires. Pennant'' observe que dans la Mersay l'éperlan ne remonte jamais qu'après l'écoulement des eaux prove- nant de la tonte des neiges. Il parait que ces poissons remontent à la file, et que leurs ra- deaux n'occupent jamais une grande largeur. 1. Noël, Hist. nat. de l'Eperlan de la Seine inférieure. 2. Pennanl, Zool hit., III, p. 3M. 380 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. Les pécheurs des bords de la Seine, à Oissel, à Freneuse, croient que la largeur de la co- lonne est si petite, qu'en quelques endroits elle n'est que de quatre a cinq pieds. Aussi, quand ils sont assez heureux pour placer une de leurs nasses sur le trajet de la colonne, les poissons s'y amoncèlent de manière à la rem- plir tout entière. Il arrive souvent qu'il 3^ a au- tour de cette nasse une vingtaine d'autres fdets de même forme dans lesquels il n'est pas entré un seul poisson. Quelques pécheurs préten- dent que l'étroitesse de ces bandes dépend de la division de grandes troupes qui s'enga- gent dans les sillons dont le ht de la Seine se trouve souvent creusé par suite de l'inégalité des falaises de craie sur lesquelles coule ce fleuve. Les pécheurs croient aussi que l'éper- lan , à son entrée dans la Seine , n'a pas la qualité ni la grosseur qu'il acquiert lorsqu'il a demeuré longtemps dans l'eau douce. H y a une grande difterence entre l'éperlan pris au Hoc ou à Berville, et celui qu'on pèche dans les environs de Caudebec ou de Jumiège. De grandes troupes de ces poissons paraissent faire leur résidence sur les bancs de Quillebœuf et de Tancarville , très-probablement à cause de la nature saumâtre de ces eaux. Dans l'équi- noxe du printemps ces troupes se divisent par CHAP. IV. ÉPERLANS. 581 bandes, dont la mon Lee se fait en une di- zaine de jours. Une seconde montée a lieu à l'équinoxe d'automne. A Duclair on regarde Féperlan de la seconde montaison comme plus gros que ceux de la première j mais les pécheurs d'Orival ou de Cléon disent le con- traire. On croit que l'éperlan dépose ses œufs au fond de Peau dans le creux des rochers, sortes de petits réservoirs où l'eau est tran- quille. Un certain nombre de ces points con- nus des pêcheurs de la Seine , s'appelle le grand passage. A l'époque du frai, l'éperlan exhale une très-forte odeur, souvent insup- portable à un grand nombre de personnes, et que les uns comparent à l'odeur du th3an, d'autres à ceEe de la violette, d'autres encore à celle du fumier. Je crois cette odeur très- remarquable propre à tous les individus de l'espèce; car il me semble que les petits ont autant d'odeur que les grands. Il paraît qu'en Ecosse les éperlans se rassemblent en bandes plus nombreuses que dans la Seine ; car les pécheurs de la Mersay, du Tay, du Lamon, et d'autres rivières encore, disent que leur apparition donne une teinte grise aux eaux de la rivière. Shyrley ' rapporte, dans son Traité 1. Slijri., angl. Mus., p. 106. Ilawkins Compt. an^L, p. 186. 382 LIVRE XXII. SALMOxXOÏDES. des pcclies, qu'au mois d'août de l'année 1720, il en entra une si grande quantité dans la Ta- mise, que les femmes et les enfants, au nom- bre de plus de deux mille, en pèclièrent pen- dant plusieurs jours un nombre incroyable, depuis Londonbridge jusqu'à Greenwicb. On a conservé aussi le souvenir de pèches ex- traordinaires aux embouchures de la Vistule, de lElbe, de TEms, de lEscaut; elles se sont renouvelées quelquefois aux embouchures de la Seine, sur les fonds de Freneuse, de Du- clair ou de la Mailleraie ; le produit de la pêche était tel qu'on vendait les éperlans par charretées. 11 est souvent arrivé de prendre jusqu'à vingt mille de ces poissons avec vingt brasses de seine. Tout en citant ces mouvements extraordi- naires des éperlans, il ne faut pas croire qu'il n'y ait pas des individus sédentaires dans les eaux de la Seine ; au contraire , à quelque époque qu'on y pêche, on y trouve toujours de ces poissons, tantôt pleins, tantôt vides, d'autres commençant à développer leur rogue. On peut donc assurer , que ces grands ra- deaux ou lits d'éperlans, sont toujours com- posés de poissons fonciers mêlés aux individus de remonte. Quand le jeune frai est assez fort pour venir s'essayer à la surface de l'eau, on CHAP. IV. ÉPERLANS. 585 le remarque facilement à la couleur légère- ment brunâtre de sa caudale. Les hommes qui, vers la fin du printemps, sont obligés (l'entrer dans leau jusqu'à la ceinture pour lexécution de certains travaux, assurent qu'ils sentent très-souvent leurs jambes chatouillées par les myriades d'éperlans qui passent au- tour de leurs membres, et ils remarquent que de grands individus ne sont jamais mêlés à ces petits, ce qui leur lait croire que les individus adultes sont déjà redescendus vers la mer. La couleur des éperlans varie suivant les fonds. Noël de la Morinière a déjà indiqué ces variétés de couleur dans son petit Traité sur l'Ëperlan. Les pécheurs distinguent TÉpcr- lan blanc et le vert. On pèche des blancs à Villequier, et plus bas, vers la mer, au Hoc ou à Berville on prend des verts. La chair de ceux-ci est maigre et de mauvais goût; cepen- dant, l'Ëperlan vert du Pont-de-l' Arche est d'une excellente qualité. Dans la basse Seine la pèche de l'éperlan se fait avec des lilets sédentaires ou avec des iiiets mobiles, tels que la seine , le tramail, etc. Les bas parcs employés sur quelques points, tel qu'à l'embouchure de fOrne, ne sont pas plus destinés à retenir l'éperlan que beaucoup d'autres poissons. On prend rare- 384 LIVRE XXII. SALMONOÏDES. meut l'operlaii à la ligue. La pèche est, dit-on, meilleure par les veuts doux d'est ou sud-ouest, que par ceux de la partie nord; cela doit tenir surtout à ce que ces derniers agitent beau- coup trop fortement la surface de leau. Les pécheurs de Tancarville préfèrent pécher pen- dant la nuit, et ils aiment, en général, ce quils appellent une eau blonde, c'est-à-dire une eau légèrement troublée -, cependant, à mesure que l'on remonte dans la Seine, on voit donner la préférence aux eaux claires. On regarde , comme le meilleur éperlan , celui qui se prend depuis Caudebec jusqu'au Pont-de-l'Arche, et on assure que le poisson de ces eaux est préférable à ceux de même es- pèce qui habitent la Loire, l'Escaut ou l'Orne. C'est à ce titre que, sur nos marchés, on dit éperlan de Caudebec , de la même manière qu'on dit hareng de Fécamp, ou truite des Andelys, etc. La pêche de ce poisson a été de tout temps une source de richesses pour Caudebec; aussi cette ville porte trois éperlans dans l'écusson de ses armes , comme Enkhuysen , dans la Nord-Hollande, a trois harengs dans le sien, et Anstruther, en Ecosse, un saumon. Il faut cependant remarquer que l'espèce est consi- dérablement diminuée sur ces point